«Les partis démocratiques sont coupables»

«Les partis démocratiques sont coupables»

ALM : Quel regard portez-vous sur ce qui se passe actuellement dans la perspective des élections du 8 septembre 2006 ?
Hassan Tarik : Ce qui se passe est une véritable catastrophe pour le pays et pour la démocratie. Une grande partie de nos élites politiques apporte encore la preuve qu’elle est enfoncée dans la corruption, l’opportunisme de bas étage et les opérations de vente et d’achat de voix. Cela risque encore d’avoir plusieurs répercussions et d’abord fausser le débat autour de l’opportunité d’avoir une deuxième Chambre et autour des nécessaires réformes constitutionnelles.
Ce qui se passe actuellement risque surtout de radicaliser les positions de ceux qui appellent à la suppression de cette Chambre. Ensuite, notre champ partisan, déjà fragile, subit encore plus grave : l’absence de toute conscience politique, de toute éthique et même l’absence de l’esprit de citoyenneté combien vital pour un pays comme le nôtre. Il y a, enfin, ce paradoxe qui fait que tous les partis condamnent les pratiques de corruption à travers leurs journaux alors que les responsables de ces mêmes pratiques ont été d’abord élus et se portent candidat à un autre mandat sous les couleurs de ces mêmes formations qui jouent à qui crierait le plus fort. Comment pourrait-on prêter crédit à l’offuscation générale de ces partis alors qu’on n’a entendu parler d’aucune sanction prise à l’encontre des contrevenants connus et plutôt encouragés par leurs partis.

Votre parti, l’USFP, a présenté des candidats qui n’ont jamais fait partie de votre famille politique. Manquez-vous à ce point de cadres pour ce genre d’échéances ?
L’USFP a toujours eu des difficultés dans ce genre de scrutins indirects comme cela a toujours été le cas pour les partis social-démocrates du monde entier. Ces élections n’obéissent pas aux orientations pouvant fédérer l’opinion publique ou les grandes masses d’électeurs. C’est dans ce sens que les premiers bénéficiaires de ce genre d’élections ne sont autres que les partis conservateurs et ceux disposant généralement de vastes réseaux d’influentes notabilités régionales. Il faut ajouter à cela les différentes pratiques de corruption. Les partis qui veulent préserver leur crédibilité refusent de prendre part à ce jeu. Malheureusement, nos partis démocratiques sont en train d’ébaucher les contours d’une nouvelle stratégie électorale qui se base non pas sur la recherche du bon et honnête candidat, mais de celui qui présente le plus de chances de remporter un siège quitte à recruter en dehors des compétences organisées au sein du parti.
Ce phénomène peut être abordé comme un aspect positif, celui de l’ouverture, quand il s’agit de recruter des gens honnêtes. Mais, d’un autre côté, cela aggrave le phénomène de la transhumance dont a longtemps fait les frais notre champ politique national. Cela devient encore pire, condamnable et inacceptable, quand des partis démocratiques recourent à des personnes infréquentables.

La vieillesse de ses membres est l’une des caractéristiques de la deuxième Chambre. Un rajeunissement de cette institution ne serait-il pas opportun ?
Ce qui est décisif dans cet aspect, outre la loi qui fixe l’âge du candidat à 30 ans révolus, est une certaine sociologie des élections pour cette Chambre.
Le candidat doit avoir la qualité, être élu dans une commune par exemple, et être accrédité par son parti. Tous ces facteurs font que la moyenne d’âge est assez élevée dans cette Chambre. Toutefois, la question d’âge n’est pas la plus importante dans ce genre de Chambres dont les membres sont considérés comme des "sages". Le problème réside dans la corruption d’une bonne partie des conseillers.

D’après vous, les autorités ne disposeraient-elles pas d’assez de moyens pour arrêter cette hémorragie ?
L’Etat n’a pas assumé toutes ses responsabilités pour arrêter la mascarade qui se déroule sous nos yeux et qui aura de graves répercussions sur les élections de 2007. Il y a un avant-goût qui n’est guère rassurant. Il est impossible, avec le règne de ce genre de comportements, de convaincre les Marocains d’affluer vers les bureaux de vote et surtout de se réconcilier avec la politique. La majorité considère qu’un candidat à des élections ne recherche que ses propres intérêts personnels en l’absence de tout enjeu politique réel. La politique, comme on le constate ces derniers jours, est devenue un véritable marché aux voix et non un espace de concurrence loyale entre des programmes et des projets de société. Le débat d’idées, qui nous faisait déjà défaut, n’est pas pour demain.

Un courant au sein du PSU (Parti socialiste unifié) a décidé de faire du 8 septembre une journée de revendication pour la suppression de cette Chambre. Partagez-vous cette option radicale ?
À mon avis, il faut que cette Chambre soit supprimée. Dans plusieurs pays démocratiques, une telle Chambre n’est pas contradictoire avec le concept constitutionnel en place : une représentation générale avec un scrutin universel aux côtés d’une représentation pour les régions, les collectivités locales et les corps professionnels.
Il y a des milieux conservateurs et des milieux d’affaires qu’il est plus utile pour la démocratie de rassurer. Dans le cas du Maroc, nous ne disposons pas d’une deuxième Chambre comme c’est le cas pour les autres systèmes parlementaires bicaméraux que ce soit pour les prérogatives qui lui sont dévolues ou la manière d’y accéder. Cette Chambre finit par représenter une grave atteinte à la crédibilité des institutions élues, de leur légitimité et de leur action.
On ferait œuvre d’utilité publique en dispensant le Maroc et les Marocains de cette Chambre dont on n’entend parler que lorsqu’une partie de ses sièges sont mise aux enchères publiques.

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