Les prisonnières de Beggara racontent

Les prisonnières de Beggara racontent

«J’ai grandi dans ce douar et je le connais comme ma cuisine. Ce lopin de terre a toujours appartenu aux Beggara et il le restera pour nos petits-fils et nos arrières petits-fils. Nous continuerons à défendre notre gagne-pain!», martèle Hajja Hlima, une septuagénaire qui a mis au monde 12 enfants. Dans le hall d’une grande maison de douar Beggara, à quelques kilomètres de la ville de Larache, des femmes de différents âges se sont rencontrés autour d’un thé en cette matinée ensoleillée du vendredi 16 septembre. Les discussions ont tout de suite glissé sur les derniers développements qu’a connus le désormais célèbre procès de Larache. Pour rappel, ce douar s’est retrouvé du jour au lendemain sous les feux de la rampe avec les événements de 15 août dernier (voir ALM n°972). Depuis, les 775 habitants de Beggara sont sur le qui-vive. Accusées de violence à l’encontre des forces de l’ordre, d’attroupement non autorisé sur la voie publique et de détérioration de biens publics, treize femmes ont été condamnées à un mois d’emprisonnement. Libérées provisoirement lundi dernier, les filles et les petites-filles des Beggara persistent et signent : les quatre hectares, objet de litige, leur appartiennent. Et elles ne ménageront aucun effort pour les défendre.
«Nous survivons grâce à cette terre. Nous avons empêché les travaux de construction parce que nous sommes sûres et certaines que nous en sommes les propriétaires», ajoute Hajja Hlima avec beaucoup d’énergie. Douar Beggara doit par ailleurs son nom aux activités de ses anciens habitants connus pour être d’excellents éleveurs de vaches. Des vaches, le doura n’en garde en fait que l’appellation. Durant ces dernières années de vaches maigres, les Beggara ont été contraints de vendre leurs bétails parce qu’ils avaient du mal à leurs assurer du fourrage. «Pour subvenir à nos besoins, nous cultivons également des légumes. Nous travaillons aussi bien dans les champs qu’à la maison», précise Malika El-Enabi. Et d’ajouter, « la journée de 15 août dernier restera à jamais graver dans nos mémoires. En posant des pierres, ils voulaient nous mettre devant le fait accompli. Mais, nous nous ne sommes pas laissés marcher sur les pieds ». Les femmes ont pris à bras le corps cette affaire, éclipsant ainsi leurs époux et frères. Pourquoi se mettent-elles, à leur risque et péril, au-devant de la scène ? «Généralement, les autorités sont plus sévères à l’égard des hommes. C’est donc pour cette raison que nous avons préféré les laisser en dehors de cette histoire et affronter, nous mêmes, les forces de l’ordre», rétorque Rhimou Aloua, une vraie « Beggaria » de fille en père. Cette mère de quatre jeunes filles, qui a purgé une peine d’emprisonnement d’un mois, ne semble guère affectée par cette condamnation. De cette expérience, elle parle avec un ton mâtiné à la fois d’amertume et de détermination. «Je ne savais pas auparavant qu’est-ce que c’est un commissariat, un poste de police, encore moins un tribunal…Ces événements ont changé de pied en cap la vie de notre douar. Durant le mois que j’ai passé en prison, c’était mon mari qui s’occupait de mes enfants», note-t-elle. Avec la même tonalité, une autre «Beggaria» relate son séjour en prison et exprime sa ferme volonté d’aller jusqu’au bout. «Notre survie dépend de ce procès. En cas de perte de cette terre, nous n’avons d’autres choix que de se jeter à Oued Loukous», dit-elle, sans ciller. Le procès de Beggara, dont la prochaine audience est fixée pour jeudi prochain au tribunal de première instance de Larache, promet de nouveaux et spectaculaires rebondissements. 

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