Les services d’hygiène sur le qui-vive

Les services d’hygiène sur le qui-vive

13h45. Au deuxième étage de la préfecture Casablanca-Anfa, Mohammed Agha, le chargé du contrôle, enfile sa veste très vite, prend des documents et va rejoindre une équipe en bas du bâtiment. «Il ne manque plus que Hafdane, notre pompier. Je l’ai contacté et il m’a dit qu’il sera là dans quelques minutes», lance Sidi Hassan Amrani, enquêteur représentant les autorités locales. Chaque membre de l’équipe appartient à un service différent : Khalil Maâzouzi vient du bureau d’hygiène de Sidi Belyout, Abdenbi Bendriss est, lui, technicien du service vétérinaire. Voilà Hafdane qui débarque enfin avec son uniforme de la Protection civile. C’est bon, l’équipe des experts du contrôle est à présent au complet. Elle est l’une des commissions mixtes qui traquent tous les jours les produits avariés et les violations des droits des consommateurs. En règle générale, la visite est inopinée ! «Au mois de Ramadan, ce sont les commerces des produits alimentaires qu’on vise en majorité. C’est le mois où augmente la consommation», explique M. Agha, l’un des vétérans du secteur puisqu’il y travaille depuis plus de vingt ans. D’ailleurs ses collègues ont, pour lui, un grand respect : «C’est lui qui nous a formés et nous a beaucoup appris», affirme M. Amrani.
Aujourd’hui, M. Agha sort exceptionnellement avec la commission mixte pour ce contrôle de routine. «On va au marché central ! Là-bas il y a plein de commerces alimentaires et des pâtisseries qui connaissent une affluence particulière pendant le Ramadan», décide M. Agha.
Les experts débarquent dans les quelques minutes qui suivent. Rassemblement à l’entrée du marché, ensuite commence la visite des commerces. «Il faut scruter l’état des lieux, vérifier si le personnel est en bon état de santé en jetant un coup d’œil sur le bilan annuel obligatoire, examiner la conservation des aliments, leur date de péremption, leur lieu de provenance en nous référant aux factures», explique M. Bendriss. Les experts entrent au marché central. Les marchands de fruits et légumes les suivent des yeux. «Où est l’affichage des prix ?» demande M. Agha. Des jeunes en blouse bleue lui répondent que le propriétaire est absent. Les contrôleurs s’arrêtent tout près devant un grand local de produits alimentaires. M. Agha regarde un peu partout comme à la recherche de quelque chose : «Pas d’affichage. C’est tout le temps le défaut d’affichage des prix qu’on constate en premier dans la majorité des commerces. Monsieur, pourquoi vous ne mettez-pas les prix sur ce que vous vendez ?». Le propriétaire, un vieillard, ne répond pas. «Donnez-moi votre carte d’identité», lui ordonne M. Agha. Il se met à remplir une convocation. Au même moment, les autres membres de l’équipe passent au peigne fin le local et les produits. Le technicien vétérinaire semble très suspicieux face aux divers fromages qu’il a trouvés dans le réfrigérateur. Ce n’est pas une fabrication locale et aucune indication de péremption n’y est. «Où sont les factures de ces fromages, Monsieur ?», interroge M. Bendriss. Pas très bavard, le propriétaire reconnaît qu’il n’en a pas : «C’est une marchandise de contrebande. Je l’ai achetée de Derb Ghallef et là-bas, on ne donne pas de factures. Que voulez-vous ? Que je vous mente ?», lance le propriétaire qui n’est plus aussi calme. M. Amrani trouve aussi des boîtes de conserves impropres à la consommation : «Regardez ça ! La boîte de sardines est marqué 6 août 2006 !». Le propriétaire, sous le coup de la surprise, avoue tout simplement qu’il ne peut pas faire attention à tout.
Le sapeur pompier, lui, cherche l’extincteur, mais il n’en trouve pas. «Personne ne l’a», dit-il, sans surprise. M. Maâzouzi n’a pas non plus noté de bons points. Pas de dossier médical pour les employés et le local est complètement encombré de poussière du plafond jusqu’au sol. Un petit coin au fond du local qui sert de débarras ne fait qu’aggraver la situation : «Mais, il ne faut pas laisser cela ici. Tout doit être propre, Monsieur !» lance M. Maâzouzi.
Les contrôleurs se montrent intransigeants. «Il faut être sévère et ne pas laisser passer de telles choses !», affirme M. Agha qui vient de donner la convocation au commerçant en lui recommandant de se présenter demain matin à 10h au 2ème étage de la préfecture d’Anfa pour son procès verbal. «Le défaut d’affichage des prix entraîne une amende de 5000 DH», annonce M. Agha.
Les fromages et les boîtes de conserves, étant de contrebande, sont saisis illico.
«Il ne faut pas s’approvisionner à bas prix au détriment de la santé du consommateur. Nous devons saisir ces paquets de fromage», indique M. Bendriss, alors que M. Amrani est en train d’inscrire sur un papier chaque produit saisi. Un bilan quotidien du contrôle effectué est envoyé à la wilaya. Les contrôleurs recommandent au propriétaire de ne plus avoir recours au marché noir. «Il ne faut pas oublier que notre rôle est avant tout de sensibiliser», tient à souligner M. Agha.  Le commerçant ne semble pas vouloir entendre ce que les contrôleurs lui conseillent: «Pourquoi moi ? Allez voir à Derb Ghallef, ces marchandises se vendent par centaines !». Le ton monte: «Et vous, vous vous permettez de mettre la vie des gens en danger ?», lui rétorquent les contrôleurs.
La marchandise saisie, 30 kg de fromage et 700 g de sardines en conserve, coûtera à ce vieux commerçant à peu près 20.000 DH. «La marchandise saisie devra être incinérée. S’il s’avère que l’un de ces fromages pouvait entraîner des intoxications, le commerçant pourra se retrouver en prison pour quelques mois», indique M. Agha. Les contrôleurs transportent les produits saisis dans leur voiture après avoir délivré au concerné un bon de saisie de produits d’origine douteuse. 
Leur passage chez le vieux commerçant a fait du bruit dans le marché central. Certains se sont empressés d’afficher les prix sur des cartons découpés n’importe comment. Les contrôleurs le savent et ils sont habitués à ce jeu du chat et de la souris. Petit tour dans quelques boucheries et épiceries du marché central. Pas de cas catastrophique cette fois-ci, les vendeurs présentent leurs factures et les bilans de santé de leurs employés. Ils ont déjà fait l’objet d’inspection et ils ont bien retenu la leçon. Mais le défaut d’affichage des prix, plusieurs n’y prêtent aucune attention. D’autres commerçants se voient donc délivrer la convocation, au passage.
Les contrôleurs sortent de l’intérieur du marché et se dirigent vers l’une des pâtisseries se trouvant à l’extérieur. La caissière les accueille et leur montre la cuisine. Il faut monter des escaliers très étroits qui donnent sur une salle d’où se dégage une chaleur infernale. Le lieu est aussi étroit que les escaliers et tout est rangé n’importe où et n’importe comment. «C’est quoi ce lavabo. Vous lavez les ustensiles et vos mains, ici ?», demande M. Maâzouzi. Les employés restent silencieux et continuent à faire des petits gâteaux aux amandes. C’est une jeune responsable qui affirme que pour se laver les mains, il faut descendre en bas. «Rangez ces paquets et ces emballages vides. Il faut veiller à l’organisation pour mieux travailler», recommandent les inspecteurs. Seul a être agréablement surpris c’est Hafdane qui a trouvé un extincteur : «C’est bien ça !»
La journée n’est pas encore terminée. Il est 15h30, direction marché Benjdia. A l’entrée, l’odeur de la volaille est asphyxiante. Les contrôleurs font un tour «toujours ce problème de volaille. Les viandes et les poulets vivants sont mis dans les mêmes caisses. Avec cette grippe aviaire qui prend de l’ampleur, c’est très grave ce que l’on voit ici», constate M. Bendriss. Et de préciser : «Il y a un dahir et une décision municipale qui l’interdisent et pourtant rien ne change dans ce marché». Les contrôleurs réalisent, chaque jour, que c’est la conscience de ces commerçants qui arrivera à faire évoluer les choses. «Le consommateur aussi y est pour beaucoup. Il est de plus en plus avisé et cela est une bonne chose», estime M. Agha.
Aujourd’hui, huit locaux ont été visités au hasard et demain d’autres le seront. Pas de répit pour les experts de Casablanca.

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