Les soldats de l’ombre

Les soldats de l’ombre

Les provinces du Sud du Maroc sont assez spéciales. Les habitants originaires de cette région, comme ceux, venus des autres villes du Royaume, font preuve d’un véritable militantisme.
En fait, en visitant les provinces du Sud, on remarque aisément que la vie y est particulièrement rude. Le désert est à perte de vue. Point de loisirs. L’heure est à la construction.
En dépit des avantages fiscaux que présentent les provinces du Sud, il est très difficile de convaincre un (ou une) jeune cadre du secteur public ou privé, de s’installer pendant plusieurs années dans une ville du Sud. « On est loin de nos familles »: c’est la phrase qui ressort à chaque reprise.
L’éloignement est, effectivement, un grand handicap à l’attrait des cadres nationaux, surtout que le billet d’avion, aller-retour, Laâyoune-Casablanca coûte pas moins de 4.000 DH.
Pourtant, on ne manque de rien dans nos provinces du Sud. En plein milieu du désert, des villes jaillissent grâce à l’effort financier de l’Etat, certes, mais aussi grâce à l’abnégation de centaines de milliers de Marocains. Laâyoune, par exemple, est une ville d’une extrême beauté. Ses avenues et ses ruelles sont beaucoup plus propres que celles des grandes villes du pays.
L’armée, tout d’abord. Des bataillons entiers sont postés tout au long de la frontière. Malgré le cessez-le-feu, on ne baisse pas la garde. Nos soldats, excellemment bien armés et entraînés, veillent au grain.
La police, ensuite. Toujours dans la ville de Laâyoune, prise uniquement comme exemple, il est tout à fait banal de trouver une femme ou même une jeune fille, se promener dans la rue sans qu’elle ne soit inquiéter, dans la sérénité et la quiétude. La sécurité y est quasi-totale. Au Sahara, nous sommes loin des agressions et des pickpockets, hélas, assez répandus dans nos grandes villes.
En plus de ces aspects, assez apparents. Des centaines de Marocains font un travail remarquable, dans l’anonymat le plus complet.
Les fonctionnaires et cadres des établissements publics, dans les provinces du Sud, agissent comme des militants. « A Rabat ou à Casablanca, on construit une carrière, mais, ici, au Sahara, on participe à la construction d’une région chère à tous les Marocains », avoue un cadre installé à Laâyoune. Cette phrase, récurrente, illustre bien l’idée avec laquelle un fonctionne débarque au Sahara. L’esprit de la marche verte est toujours perceptible.
Des jeunes comme Zouhair Sil, Salima El Moutarajji et El Alamine Bouassam, tous des cadres à l’ODEP de Laâyoune. « Nous travaillons tous les jours, même les week-ends et les jours fériés », expliquent-ils. C’est vrai que les loisirs sont rares à Laâyoune. « Mais le travail à une autre saveur, ici », poursuivent-ils.
Les hommes politiques, aussi, comme les walis, les gouverneurs, les pachas ou les caïds. Tous travaillent d’arrache-pied pour que leur passage au Sahara ne soit pas du « temps perdu ».
A PhosBoucraâ, on lit aisément de la fierté patriotique dans les yeux des jeunes ingénieurs. Ces derniers, fraîchement diplômés, considèrent le Sahara comme « une grande école ».

• Abdelmohsin El Hassouni
[email protected]
Envoyé spécial à Laâyoune

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