Les soupçons mortels

Lahcen s’asseoit dans l’un des pavillons de la prison Oukacha à Casablanca, attend qu’il soit châtié le plus tôt possible et que son cauchemar soit fini.
Les images de ses deux petits enfants, de dix et sept ans, le hantent et celle de sa femme l’obsède. Il ignore les raisons pour lesquelles sa vie était devenue sombre. Il risque la peine de mort.
«Quelle maudite vie» dit-il, en attirant l’intention de ses camarades de cellule. Ils respectent sa solitude et savent tous son histoire. Il leur avait raconté sa mésaventure lors d’une longue nuit : Il est né en 1964 à Chichaoua où il a passé les premières années de son enfance. Sa famille s’est installée à Casablanca et elle a occupé un trois pièces à Riad Elâli, N°18, rue 14. Il a poursuivi ses études jusqu’à ce qu’il décroche le certificat d’études universitaires en Droit privé (DEUG). Après, il a quitté les études, sans raison. Il a chômé durant quelques mois. Mais il n’a pu supporter d’être inactif. Il est devenu marchand ambulant, errant dans les souks de Casablanca, à Marrakech et à Chichaoua. Il n’avait pas honte de ce qu’il faisait : «C’est mieux que de rester à la maison à demander l’aumône à mes parents».
Lahcen se marie avec une fille de son douar à Chichaoua, Khadija, 30ans. Ses parents meurent. Il reste avec sa femme et son frère cadet, Mohamed. La présence de son frère sous le même toit le gêne. Il lui demande, de se marier. «Je suis libre et c’est à moi seul de décider et de choisir le moment opportun», lui répond-il à chaque fois. Les soupçons taraudent Lahcen. Il demande à son épouse d’aller à Chichaoua. Elle refuse. «Je dois t’aider et en plus, nos enfants doivent continuer à aller à l’école», lui explique-t-elle. Cette réponse a rajouté l’huile sur le feu. Alors il décide de l’enfermer dans sa chambre.
La nuit du vendredi 3 mars 2000, des soupçons martèlent la tête de Lahcen. Il n’arrive pas à dormir. Le lendemain, vers 8h du matin. Il sort de sa chambre avec sa femme et ses deux enfants. Ils emmènent leur fille aînée à l’école et retournent chez eux. Lahcen se rend chez un ami à lui à souk Koréâ, emprunte vingt dirhams, achète un couteau et retourne chez lui. Il avait l’intention de trouver sa femme dans les bras de son frère. Mais Mohamed dort encore. Il entre chez sa femme, demande à son enfant de sortir et verrouille la porte. Il se jette sur elle, ne lui laissant pas une seconde pour crier. Il la crible de coups de couteaux. Hors de lui, il arrive à la larder de neuf coups. Son frère se réveille, mais ne se rend compte de rien. Il sort de la maison. Un voisin lui demande : «Avez-vous un problème, j’ai vu ton frère qui quittait la maison en courant ?». Sans lui répondre, Mohamed revient sur ses talons, appelle son frère et tape à la porte de sa chambre. Pas de réponse. Il ouvre alors la porte. Il ne croit pas ses yeux. Le spectacle qui s’offre à lui est atroce, abominable. Qui a tué sauvagement sa belle-soeur ? Il alerte la police. Les éléments de la deuxième brigade criminelle de la PJ de Derb Soltan-El Fida quittent leur bureau et cherchent le suspect n°1 : le mari. Le soir, ils l’ont trouvé. Il occupait un siège au jardin du Hay El Masjid, la tête entre ses mains et les larmes aux yeux. Au commissariat, il a appris de la bouche de son frère qu’il n’a jamais eu de relation avec Khadija qui était comme sa soeur.

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