Les syndicats se rebiffent

Les prochaines échéances électorales apporteront-elles un nouveau coup de théâtre de la trempe de la fracassante scène de ménage USFP-CDT qui avait occulté les travaux du sixième congrès national du parti socialiste ? La précoce et fébrile conjoncture du pré-électoral au Maroc le laisse supposer. Le malaise est de plus en plus palpable entre syndicats et partis. Le mettre cependant uniquement sur le compte de calculs électoraux serait aller vite en besogne. En fait, la contestation syndicale semble avoir été, contre toute attente, véhiculée par l’alternance. Le premier cabinet formé par le Premier ministre Abderrahmane Youssoufi n’était pas encore installé que des conflits sociaux se déclaraient ici et là, dans des secteurs en principe contrôlés par la CDT, centrale syndicale issue du parti au pouvoir l’USFP. Dès les premiers jours de l’alternance, les syndicats historiquement liés aux partis du mouvement national, la CDT en tête, laissaient pointer une sorte de désarroi politique illustré par de spectaculaires appels à la grève. Histoire de se chercher de nouvelles marques et d’éviter de s’accommoder de la nouvelle situation, peu confortable s’il en est, de syndicats générés, évolués, dans le creuset de l’opposition, qui se retrouvent alliés, «à l’insu de leur plein gré», aux nouvelles sphères dirigeantes du pays. Autant enlever aux centrales syndicales, leur raison même d’être en coupant le courant de la contestation, moteur de l’engouement des masses. L’équation posée dans ces termes ne pouvait avoir qu’une seule voie de solution, un divorce à terme entre partis politiques au gouvernement et « leurs » centrales syndicales. La CDT de Noubir Amaoui, dont le bureau executif est désormais imprégné par des courants de la gauche radicale, est allée jusqu’au bout de cette logique, donnant à l’occasion du sixième congrès de l’USFP, pleine envergure à des ailes développées le long de trois années de contestation façon alternance. L’UGTM de Abderrazak Afilal, gravitant traditionnellement dans le giron du parti de l’Istiqlal, partie prenante des deux gouvernements de l’alternance, risque de lui emboîter le pas. Du moins, si l’en en croit les signes annonciateurs. Le secrétaire général de la centrale istiqlalienne, qui au lendemain du premier gouvernement Youssoufi confiait la nécessité de « chercher ses marques » et de « définir une stratégie d’action plus adaptée à la nouvelle donne », semble tâter du bout des pieds le terrain défriché par son pair de la CDT. Sa récente sortie sur les colonnes de notre confrère arabophone Assahifa, révèle au grand jour « des divergences doctrinales avec le gouvernement », s’en prend à une loi de finances jugée « électoraliste » et remet en question l’alliance du PI avec l’USFP qualifiée de «contre-nature ». Faut-il y voir l’ultime étape d’un processus d’émancipation ou prêter l’oreille aux mauvaises langues qui mettent à l’origine de ce désamour des raisons tout simplement personnelles ? Le proche avenir le dira. Finalement c’est l’UMT de Mahjoub Benseddik qui aura fait l’économie d’équations embarrassantes en s’en tenant à la même ligne de conduite, opposée à tout gouvernement qui ne bénéficierait pas de « la pleine confiance des classes laborieuses ». Une porte fermée qui, paradoxalement, n’a jamais empêché les va et vient des uns et des autres. Histoire de se rafraîchir aux sources de l’opposition syndicale.

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