Les unes et les autres

La femme marocaine est plurielle. Il n’a y a pas que la femme citadine. Celle-ci a réussi certes à conquérir des espaces non négligeables dans différents domaines de la vie active au nom de l’égalité entre les deux sexes. Elle est parvenue par la même occasion à améliorer sa situation socio-économique. Des acquis qu’elle n’a pas volés, mais qu’elle a arraché par sa compétence et son engagement.
Toutefois, la prédominance de la cause féminine citadine, qui ne représente pas l’ensemble de la femme marocaine et de ses problèmes, a occulté parfois la condition de la femme rurale. Les difficultés et les aspirations de cette dernière, relégués ainsi au second plan, ne sont pas forcément ceux de la femme moderne, émancipée.
La femme rurale, loin d’être privilégiée, souffre d’une multitude d’handicaps : un taux élevé d’analphabétisme qui avoisine les 80%, accès très limité à la formation professionnelle, faiblesse de la scolarisation de la fille en milieu rural. Ces facteurs et d’autres accentuent l’isolement de la moitié de l’homme dans les campagnes marocaines. L’absence des équipements de base de cette partie du pays ajoute, bien entendu, à la gravité de la condition des rurales, notamment en matière de grossesse. La carence des centres sanitaires dignes de ce nom et leur éloignement, quand ceux-ci existent met en danger la vie des nouveau-nés ou celle de la mère. La plupart du temps, les accouchements ont lieu au foyer dans des conditions hygiéniques catastrophiques.
En plus, la femme rurale doit travailler dur, à l’intérieur de son foyer et dans les champs, pour subvenir aux besoins de sa famille dans des conditions des plus difficiles. Un labeur difficile et souvent ingrat. Ici, la notion de temps de travail n’existe pas. Ça trime sans relâche, depuis le lever du soleil jusqu’à une heure tardive de la nuit. Préparer les repas, chercher l’eau, donner à manger au bétail, s’occuper de la marmaille… Ni divertissement, ni loisirs, ni confort. Dans le monde rural, la femme est plus que la moitié de l’homme, elle est tout. Elle doit prêter main forte dans n’importe quelle besogne. Un calvaire au quotidien.
La condition très difficile de la femme rurale, qui n’a rien à voir avec celle de sa soeur des villes, n’est évoquée qu’occasionnellement. Force est de constater que l’une est beaucoup plus désavantagée en tout point par rapport à l’autre. La première, enfoncée dans un travail de routine éreintant, dépourvue de perspectives d’avenir, dépendante de l’homme jusqu’ à la soumission, ne comprend certainement en rien le combat de la deuxième.

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