Les victimes du 20 juin interpellent le CCDH

Les victimes du 20 juin interpellent le CCDH

Le torchon brûle entre le Conseil consultatif des droits de l’Homme et l’Association des victimes des événements du 20 juin 1981. Dimanche 31 octobre dernier, le président de l’association adressait une lettre plutôt amère au secrétaire général du Conseil, afin de le sensibiliser à la situation particulière de son association et surtout à celle de ses membres ainsi que leurs familles.
Depuis la fin du mois de Ramadan en effet, deux nouveaux décès sont venus s’ajouter à la liste des victimes directes et indirectes de la répression qui a suivi les émeutes de Casablanca, dans des conditions de nature à donner à Saïd Masrour, président de l’association, le sentiment que ces hommes ont été négligés. Il s’agit de Mohammed Hazhaz et Mohammed Boussif.
Pour sa part, le CCDH en la personne de son secrétaire général, M. El Hiba, répond sereinement que les revendications de l’association ont été entendues et que des dispositions ont été prises afin de les faire aboutir. Et surtout que les services en charge du suivi médical ne ménagent pas leurs efforts, rejetant ainsi les accusations de négligence.
Quant au processus d’identification des victimes enterrées dans la fosse commune de la caserne des pompiers de Hay Mohammadi, déclare un autre membre du CCDH, il a été engagé et les familles concernées ont déjà commencé à effectuer les prélèvements d’ADN nécessaires. En rappelant à M. Masrour la logique de réparation communautaire dans laquelle s’inscrit également l’action du CCDH et la nécessité de privilégier le traitement collectif aux intérêts particuliers.
Ce à quoi le président de l’Association 20 juin répond qu’il n’a jamais cessé de proposer au Conseil une voie de collaboration, dans le sens d’une juste et rapide application des recommandations de l’Instance Equité et Réconciliation, dont le CCDH a la charge. Mais que les cas de Abdelhaq Taouil, Aziz Baazzioui, Jamal Derraz, Jamal Hachad, Mohammed Siraj, Azzeddine Nechaf, Chafii Ghazzou, Noureddine Daïf et Ismaïl Marmar sont suffisamment dramatiques pour légitimer l’insistance avec laquelle il les évoque. Quant à la couverture médicale et à l’intégration sociale, il estime « que tout reste à faire et que la promesse de l’AMO vaut à peine mieux à nos yeux que les prestations garanties par le ministère de la Santé publique sur la base d’un certificat d’indigence… » «Il importe plus que jamais, affirme M. Masrour, que le CCDH tienne les promesses faites à notre association ». Notamment celle de l’aider à disposer d’un local qui lui permettrait enfin d’officialiser son existence, dans la mesure où il ne dispose toujours pas de son récépissé de dépôt de dossier. Cela n’a certes pas empêché l’association d’être active sur le terrain ni même de bénéficier des prestations du CCDH, notamment par le biais des colonies de vacances organisées dans le cadre de la réparation communautaire (Cf ALM n° 1197). Encore moins de participer, samedi dernier, aux côtés du Forum Vérité et Justice et de l’AMDH, à une manifestation devant la wilaya de Casablanca de commémoration de la disparition de Mehdi Ben Barka. Donnant ainsi raison à ceux qui semblent craindre de voir l’Association des victimes du 20 juin être instrumentalisée dans le cadre d’une stratégie de confrontation systématique avec les pouvoirs publics. Ce à quoi M. Masrour répond paisiblement qu’il s’est toujours efforcé, depuis sa libération suite à la grâce royale de 1994, de faire valoir la spécificité de sa démarche militante : ni revanchisme ni stigmatisation, uniquement le souci de tourner sereinement la page des exactions commises par le passé et aborder sereinement l’avenir. «Nous avons pour objet, souligne-t-il, d’entretenir le souvenir de ces événements, afin qu’ils ne se reproduisent plus jamais. Mais dans une logique d’apaisement. Autrement dit, nous voulons faire du 20 juin le symbole d’une refondation du pacte social entre l’Etat et les citoyens, et contribuer, sur le terrain, à faire renaître l’espoir dans les cœurs. Mais en attendant, il faudrait que les gens dont l’association a la charge n’aient plus le sentiment d’être considérés comme quantité négligeable, voire comme de simples numéros de dossiers».

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