L’escroc aux quarante victimes

Vendredi 30 août 2002 dans l’après-midi. La petite salle de la chambre correctionnelle près le tribunal de première instance de Hay Mohammadi-Aïn Sebaâ, à Casablanca, est archicomble. Bouchaïb est absent car, en première instance, l’accusé ne s’est pas présenté pas devant la cour lors de la prononciation du verdict.
Bouchaïb était à ce moment-là derrière les murs de la prison Oukacha attendant qu’un responsable arrive pour lui révéler le verdict rendu par le tribunal. Seuls des membres de sa famille s’y trouvent. Quelques-uns d’entre eux affirment qu’il est innocent, «Il n’a rien fait…C’est un coup monté contre lui, mais je ne sais pas pourquoi…», annonce une femme. Souâd, une jeune fille qui se trouvait près d’elle s’est révoltée quand elle a entendu ces mots.
«Est-ce qu’on est tous des menteurs ? Pour quelles raisons l’accuserait-on à tort ?…Il est escroc, oui, escroc…», répond-elle, à l’adresse de la femme précitée.
Elle se souvient de ce jour où elle passait au centre- ville de Casablanca. Un jeune d’environ trente ans, bien habillé et parfumé, la suivait comme son ombre. S’en étant rendue compte, elle accroît la vitesse de ses pas. Non parce qu’elle avait peur, mais elle fut seulement gênée par ce comportement. Le gentilhomme insiste et ne veut pas la quitter. Il lui souffle des mots dans ses oreilles, lui explique qu’il est de bonne foi, qu’il la désire pour le mariage. «Je suis le fils de l’ex-wali du grand Casablanca, Ahmed Fizazi, nous sommes très aisés, grâce à Dieu…je gère deux sociétés à Casablanca…», lui déclare-t-il. Elle a succombé à ses paroles sérieuses, lui a donné son numéro de portable. Une semaine plus tard, il arrive chez elle, accompagné d’une femme. «C’est ma soeur, elle est comme ma mère qui est malade…», dit-il au père de Souâd, avant de céder la parole à la femme.
«Nous sommes chez vous pour demander la main de votre fille…Elle a plu à mon frère. Il a son appartement, dirige deux sociétés de notre père, l’ex-wali du grand Casablanca…», lance la femme. Depuis, Bouchaïb commence à rendre visite à la famille de Souâd, se considérant comme un membre intégré dans la famille. Une fois, il arrive dans un état lamentable, perturbé, inquiet. Souâd l’accueille chaleureusement, tente de le calmer, de lui demander ce qu’il lui arrive. «…Ils m’ont volé, ils m’ont subtilisé l’argent de mon père et je ne sais pas quoi faire…», lui dit-il avec un ton craintif. Elle essaie une fois encore de le consoler.
«Arrête tes conneries, tu n’es pas un enfant, je vais me débrouiller, combien as-tu perdu?», lui demande-t-elle. «Vingt mille dirhams», lui répond-il. La fille baisse la tête, puis se lève, rejoint sa mère dans l’autre chambre, lui chuchote quelques mots dans l’oreille et retourne auprès de lui. «Enfin, on va résoudre ce problème, allez, calme-toi…» lui dit-t-elle. Bouchaïb s’apaise. Il sort avec elle. Quelques minutes plus tard, ils reviennent. Le père de la fille lui livre un chèque de 20 mille dirhams. «Tu es comme mon fils, voilà la somme que tu ne me remettra qu’une fois que tu aura été à l’aise…» lui dit-il avec un grand sourire. Bouchaïb sort, accompagné de Souâd. Ils ont fixé rendez-vous pour le lendemain. Depuis, il n’a plus donné signe de vie.
«Et moi aussi il m’a filoutée en me subtilisant 30 mille dirhams…Mais en se faisant passer pour un Saoudien…», leur dit Jamila, l’une des quarante victimes, qui attend aussi le verdict. Le président du tribunal entre avec ses deux assesseurs et rend le verdict : Un an de prison ferme assortie d’une amende de 40 mille dirhams. Le premier commentaire sortant de la bouche d’une victime non contente du verdict fut : «C’est certain qu’il récidivera.»

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