«L’Etat n’est pas un marchand»

Aujourd’hui le Maroc : A-t-on toujours besoin de définir qu’est-ce qu’un service public?
Nadir Boumaza : D’abord, un service, c’est une prestation. C’est une prestation qui est faite par un organisme public. Elle est censée être l’émanation de l’ensemble de la société. Elle est censée être au service de tous et non pas des intérêts privés. Elle doit toucher tout le monde.
La rencontre-débat se fera sur la base d’un ouvrage collectif. Pouvez-vous développer le contenu de cet ouvrage ?
Il porte sur les services publics. C’est une question d’urbanisme et d’équipements, une question qui relève des sciences sociales.
Qu’est-ce qu’un service public ? Comment est-il rendu ? Quelles sont ses qualités ? telles sont quelques-unes des questions auxquelles essaie de répondre cet ouvrage. Il faut savoir que le service public est indispensable à la vie moderne. La carence des services publics engendre des situations graves. Supposons un bidonville où il n’y a pas de service public. Ça veut dire qu’il n’y a pas d’eau potable, pas d’évacuation des eaux usées et qu’il y a donc des problèmes de santé graves. Dans les pays du Sud, c’est d’abord une question de distribution et de répartition. Ensuite, il y a un problème de qualité, de localisation et d’évolution des services.
Vous avez des exemples concerts?
Pour l’eau, nous avons des configurations contemporaines intéressantes. L’alimentation en eau potable est un service inégalement rendu. C’est un service qui est souvent déficient dans les bouts de réseau et un certain nombre d’enclaves dans les coins de la ville qui sont éloignés. Par ailleurs, c’est un service qui touche à des choses vitales ; par conséquent, il pose des problèmes de coût et d’accessibilité. Si on ne donne pas de l’eau potable aux gens, on entraîne de graves dysfonctionnements. Si les gens ne peuvent pas installer un compteur d’eau ou s’ils ne peuvent pas payer la redevance d’eau, qu’est-ce qui va se passer ? Si le prix de l’eau est trop bas par rapport au coût élevé, soit du fait de la rareté de l’eau, soit parce que les réseaux sont vétustes et qu’il y a beaucoup de pertes d’eau dans les sous-sols, le prix de l’eau, à ce moment-là, doit être augmenté. S’il est augmenté, les gens ne peuvent plus payer. Dans un tel cas, on peut se demander si l’eau est un bien indispensable auquel tout le monde doit accéder ou si c’est un bien marchand.
La distribution de l’eau est un service que l’Etat doit rendre…
Là se pose le problème du rôle de l’Etat. Que doit-il rendre comme services ? Est-ce qu’il y des services incontournables qu’il doit absolument rendre, et de façon presque gratuite ? Est-ce que l’Etat est en mesure de le faire? On constate aujourd’hui la délégation du service de l’eau à des sociétés privées, et ce pour des raisons diverses.
Suite notamment aux injonctions du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale qui ont imposé aux pays du Sud, pour des raisons économiques justifiables, mais selon des méthodes critiquables, voire rejetables, la liberté des prix et le retrait de l’Etat d’un certain nombre de choses qui ne le concernent pas. Parce que, effectivement, l’Etat n’est pas un marchand, n’est pas un industriel et il n’a pas à faire ce qu’il ne sait pas faire.
Comment évaluez-vous l’état des services publics au Maroc ?
Il y a des domaines où le service public est excellemment assuré. Par exemple la sécurité dans l’espace public est très bien assurée. Pour des raisons politiques certes, mais elle est assurée. C’est important ! La distribution de l’eau est également bien assurée.
Et pour les carences ?
Les quartiers périphériques manquent pratiquement de tous les services : eau, transports en commun…

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