L’étreinte mortelle

Goulmim : Un habitant de la localité entre précipitamment chez le conservateur du mausolée. Il lui chuchote quelques mots à l’oreille. Celui-ci se lève et se dirige vers le puits, enlève le couvercle, sent une odeur qui lui pique le nez. Il se bouche les narines avec le pouce et l’ index, fait lagrimace. « Ce n’est pas normal, cette odeur nauséabonde qui exhale du puits… On dirait l’odeur d’une charogne… ». C’est la sonnette d’alarme.
Nous sommes au mois de mai 2001. Douar Kasbat Aït Harbel, à Goulmime, au mausolée de Sidi Brahim Tamanarati.
Les autorités locales se dépêchent sur les lieux. De quoi s’agit-il ? D’où vient cette odeur ?
«Un cadavre en décomposition avancée ? », s’interroge le chef des éléments de la brigade de la Gendarmerie Royale qui étaient sur les lieux en s’adressant à son collègue qui consigne les premiers éléments du constat.
Le cadavre d’une jeune fille, à pieds nus et ligotés, vêtue d’une chemise bleue et d’un pantalon noir. Les investigateurs arrivent à identifier la victime : Farida, dix-sept ans, élève, demeurant au Caïdat Tamanarte, préfecture de Tata. Son domicile est à une cinquantaine de kilomètres du mausolée. « S’agit-il d’un suicide ou d’un crime ? ».
«Il s’agit d’un crime ! », tranche un élément de la brigade. « C’est certainement son meurtrier qui lui a ligoté les pieds avant de la jeter au fond du puits… », ajoute-t-il.
Tous les éléments de la brigade chargée de l’enquête semblent convaincus qu’il s’agit d’un crime. Ils commencent à recueillir les témoignages concernant son entourage et ses fréquentations.
«Ce type, Allal, a quelque chose à voir dans cette affaire…Son nom a été évoqué à maintes reprises par les interrogés…Seule sa femme ignore sa relation avec Farida… », fait remarquer le chef de la brigade après avoir lu tous les témoignages consignés dans les documents du dossier. Allal est conduit au poste des gendarmes, confronté par tous les éléments et les témoignages recueillis. «Mais je n’ai rien à voir avec elle ! »…
« Mais tu l’as tuée ?
«Non, je ne l’ai pas tuée !… »
« Raconte-nous alors comment elle est morte… ».
Allal, trente-six ans, agent au Caïdat, marié commence à relater son histoire avec Farida. Leur relation remonte à trois mois environ. Ils se rencontraient de temps à autre loin des yeux des habitants du douar. Ils se contentaient de s’embrasser et de s’échanger des caresses. Ont-ils jamais eu des relations intimes ?
Allal répond par la négative. Le résultat de l’autopsie n’y répond pas. Il précise seulement que la fille était, avant sa mort, toujours vierge.
«Ma femme a accouché dernièrement de notre premier enfant…J’ai décidé de faire une offrande au mausolée de Sidi Brahim Tamanarati… ».
Le jour J. Allal rencontre Farida, lui demande de le rejoindre au mausolée. Elle accepte de faire l’école buissonnière.
Vers midi, ils se rencontrent, marchent un peu, ils prennent leur déjeuner chez un gargotier en échangeant des mots. Ils rentrent au mausolée au soir, s’assoient l’un près de l’autre.
« Elle est restée à attendre que j’accomplisse la prière d’Al Maghreb…une fois que je l’ai rejointe, elle a demandé à partir…je lui ai demandé de rester encore un petit moment… on était tout seuls… personne n’était avec nous à ce moment…“.
Farida ne voulait plus rester. Elle devait rentrer chez elle. Allal la supplie de rester au moins quelques minutes. Pourquoi ? Pour faire l’amour avec elle au mausolée ? Nul ne peut juger les intentions des gens.Farida essaie de se lever. Elle veut partir. Allal tend sa main, saisit avec force Farida par la nuque, tente de l’attirer vers lui. Quelques secondes plus tard, il la relâche. Farida tombe à terre, inerte. «Farida! Farida ! Farida ! … », crie-t-il, désemparé. Mais Farida n’est désormais plus qu’un corps sans vie. Affolé, il pense à se débarrasser d’abord de ce cadavre, lui ligote les pieds et il jette Farida au fond du puits.

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