Lettre au directeur : Doctorats français : un nouvel appel de détresse

Lettre au directeur : Doctorats français : un nouvel appel de détresse

Cher Monsieur Khalil Hachimi Idrissi,

En mon nom personnel, et celui des Enseignants-chercheurs marocains lauréats des Universités françaises, grévistes de la faim et en sit-in ouvert depuis le 1er novembre 2006, au sein du siège du Syndicat national de l’enseignement supérieur à Rabat, nous tenons à vous adresser nos vifs remerciements de nous avoir ouvert les colonnes de votre organe de presse, tout au long de cette crise qui nous oppose au ministère de l’Enseignement supérieur. Nous profitons de cette occasion pour vous exprimer nos félicitations pour l’éditorial que vous avez signé personnellement, dans la rubrique «Petit bonjour», du mercredi 6 décembre 2006. Elle est vraiment lourde de sens. Nous vous demandons de bien vouloir transmettre nos sentiments de reconnaissance à tous vos proches collaborateurs, et particulièrement à Mlle Khadija Skalli et à M. Driss Messaoudi.

Merci de votre soutien et de votre bonne compréhension du fond du problème. C’est une injustice flagrante et insensée. Vous n’êtes pas sans savoir que la France, dans le cadre de l’amitié qui la lie au Maroc, a ouvert ses universités, tout particulièrement entre les années 1984 et 1997, à des dizaines voire des centaines d’étudiants marocains méritants et ce, pour la préparation du plus haut diplôme délivré par ses universités. Il s’agit du doctorat d’Université, qui est de surcroît, de l’avis des connaisseurs, d’un niveau scientifique le plaçant au 1er rang par rapport à l’ensemble des PH-D  et Doctorats occidentaux.
 
Dès lors, les enseignants-chercheurs marocains détenteurs d’un diplôme, classé mondialement 1er dans sa catégorie, peuvent se targuer de disposer dans leur savoir d’une qualification à même de leur garantir une carrière confortable. Ces docteurs dans leur majorité (environ 1700), en bons citoyens, ont regagné leur mère patrie tout en étant animés de la volonté de contribuer au développement de ce pays qui est le leur et qui leur est très cher. L’Université marocaine à son tour avait grand besoin d’eux : enseignement, recherches…
Ils se sont pleinement et déferrement investis dans leur travail tout en sachant que leur recrutement au Maroc ne s’est pas fait sur la base du niveau du diplôme qu’ils ont, à savoir le Doctorat d’Université, d’où l’injustice qui les pénalise.

Pis, il se trouve que le Doctorat français est le seul diplôme étranger au Maroc qui ne soit pas passé devant une commission d’équivalences, et ce contrairement à la loi de la Fonction publique, qui stipule que l’on ne peut recruter aucun lauréat de diplôme étranger sans qu’il y ait d’équivalence de son diplôme. Ses détenteurs sont recrutés sur la base d’un déplorable et détestable vice juridique à savoir une lettre, émanant du secrétaire général du ministère de l’Enseignement marocain, en date du 2 mai 1986. En effet, selon cette lettre, le doctorat français est provisoirement considéré comme l’équivalent du DES en attendant que la commission d’équivalences se réunisse pour statuer sur la valeur de ce diplôme.
 
Ironie du sort, 22 années entières se sont écoulées sans que l’on daigne réunir cette commission. Pourquoi? La question reste posée…
 
Cela étant, il reste à savoir que tous les PH-D anglo-saxons et tous les Doctorats uniques obtenus à l’étranger à savoir des pays de l’Europe de l’Est, pays arabes, pays d’Amérique latine et pays d’Europe occidentale à l’exception de la France, donnent droit à leurs détenteurs d’être recrutés au Maroc en tant que Maître de Conférences et 4 ans plus tard, ils accèdent au grade de professeur d’Enseignement supérieur. Il s’agit d’une discrimination incompréhensive de la part du ministère de l’Enseignement supérieur marocain.
 
Ce qui est paradoxal, c’est que nos collègues ayant étudié en Belgique, en Yougoslavie, en Roumanie, en Tchécoslovaquie, en Bulgarie, en Hongrie,  en Espagne, au Canada, aux Etats-Unis, en Egypte, en Jordanie, en Irak, en Europe de l’Est et en République de l’ Ex- Union Soviétique, sont à des grades académiques beaucoup plus élevés que nous.
De fait, quel écart commis à l’égard de ceux qui ont choisi la France pour y acquérir une qualification supérieure ! Ils ne méritent pas cela. L’Université française ne mérite pas non plus que son illustre diplôme soit dévalorisé et de surcroît dans un pays considéré grand ami de la France.

Par ailleurs, que ce préjudice sévisse 22 années entières est en soi un affront à l’égard de 1697 bons citoyens. Et si au moins ces derniers n’ont rien fait pour le faire savoir, on aurait pu dire que les concernés sont consentants. Bien au contraire, en junte cultivée et responsable, nous nous sommes regroupés en association et cela fait 8 ans que nous menons un combat serein et sans relâche. Nous avons usé de tous les moyens possibles et imaginables de dialogue, des années durant. Nous avons fait preuve de beaucoup de pondération et de patience. Pourtant, nous ne voyons rien venir qui soit concret, juste et équitable…
 
Ainsi, le mouvement que nous menons depuis le 1er novembre et la grève de la faim que mène un brave groupe de volontaires parmi nous survient à un point nommé pour clamer notre indignation et notre détermination d’aller jusqu’au bout, jusqu’au rétablissement de notre droit. L’exclusion abusive qui nous frappe doit tomber parce qu’elle est, on ne peut plus, injuste.
 
Il va sans dire que cette exclusion est de nature à interpeller la France, dans le cadre de l’entente exemplaire et des bonnes relations qui la lient au Maroc, pour susciter qu’un sort équitable et juste soit réservé au plus haut diplôme délivré par l’Université française. Le Doctorat français mérite un meilleur traitement et ce, pour la qualité qui est la sienne.

Les thèses de Doctorat soutenues en France seraient-elles moins bonnes que celles soutenues ailleurs dans le reste du monde ?!!
 
En déniant la juste valeur scientifique et académique au Doctorat français, nous considérons que notre ministère de tutelle– qui s’est contenté de nous classer, provisoirement, dans un grade inférieur à celui mérité– a porté un préjudice sans précédent, non seulement à la reconnaissance du diplôme en question mais aussi à la valeur universelle de la langue et de la culture françaises.
 
Est-il trop demander, que les concernés réclament d’être mis sur le même pied d’égalité, ni plus ni moins, avec leurs homologues ayant obtenu leurs diplômes dans des pays tiers… ?
Nous atteignons le 44ème jour de la grève de la faim : 26 hospitalisations d’urgence, 6 grévistes, dont deux femmes enseignantes, ont été admis aux Urgences médicales pour la troisième fois dans un état très critique. Un des grévistes a été victime, le  24 novembre dernier, d’une hémorragie cérébrale aigue, qui a nécessité son hospitalisation d’urgence, et admis dans le service des Urgences neurologiques du Centre Hospitalier Universitaire Avicenne, en réanimation et soins intensifs. Malgré que sa vie ne soit  pas en danger, il n’est pas à l’abri d’une récidive.
L’état des grévistes de la faim  est déplorable, voire alarmant et nécessite une intervention en urgence. Nous craignons le pire pour les jours à venir. Notre appel de détresse est un cri fort pour faire reconnaître le Doctorat français, nous  sollicitons vivement votre soutien et une action de sensibilisation au sein  des instances   politiques et gouvernementales de notre pays. En agissant ainsi, vous contribuez à la  reconnaissance  du diplôme de Doctorat français, le titre dont nous sommes fières et que nous défendons corps et âme.
J’ose espérer qu’une  intervention à haut niveau peut mettre fin à ce drame humanitaire.
Enfin, je vous prie d’agréer, Monsieur Khalil Hachimi Idrissi,  l’expression de ma considération très distinguée et vous prie d’excuser la liberté que j’ai prise en m’adressant à vous.

Mohamed Mahassine
Président de l’AMECLUF

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