Lettre ouverte à Ariel Sharon

Monsieur le Premier ministre,
Peut-on vous rappeler avec tout le respect dû à votre rang de Premier ministre, quelques vérités sur les devoirs et les motivations d’un chef d’Etat. A la tête d’un gouvernement, le premier d’entre eux se doit de diriger le pays dans l’unique souci du bien-être et du devenir de son peuple, nulle animosité ou haine personnelle à l’égard d’un quelconque chef d’Etat ou de leader d’un peuple ne doit dicter la politique ou la stratégie du gouvernement.
Force est de constater qu’au-delà de la recherche bien légitime de la sécurité des Israéliens, votre action à la tête du gouvernement d’Israël est grandement influencée par l’inimité que vous avez à l’encontre du leader palestinien Yasser Arafat.
Pourtant, quoique vous fassiez, il est et reste le seul interlocuteur possible pour une recherche de la paix. Il est le partenaire incontournable capable des sacrifices nécessaires pour aboutir à une paix dans l’intérêt de son peuple.
Si vous recherchez une paix juste et équitable dans le respect l’un de l’autre et dans le désir sincère d’une coéxsistence pacifique vous devez abandonner cette guerre d’usure cherchant à affaiblir l’Autorité palestinienne et la mise hors-jeu d’Arafat. On ne peut que constater la consolidation du leadership de Yasser Arafat, grâce d’ailleurs à certaines de vos décisions pour le moins injustifiables telle que l’interdiction faite au Président palestinien de se rendre à la messe de Noël à Bethlehem. Un nombre de juifs, d’Israël et de la diaspora, dont je suis, épris de paix et de justice, baignés depuis l’enfance dans une coexistence pacifique et harmonieuse avec le monde arabe, soucieux de la pérennité de l’Etat d’Israël et de sa sécurité, vous demandent solennellement d’arrêter votre politique du pire, de reconnaître qu’il n’y a pas de solution militaire, et que seule la négociation peut mettre un terme à la violence et la haine.
Il est grand temps de reconnaître au Président Arafat sa légitimité qu’il tient du vote populaire et de rechercher avec lui les voies de la réconciliation.
Monsieur le Premier ministre, nous désirons sincèrement oublier que vous avez voté contre le traité de paix avec l’Egypte en 1979, que vous avez voté contre le retrait du Sud-Liban en 1985, que vous vous êtes opposé à la participation d’Israël à la conférence de Madrid sur la paix en 1991, que vous vous êtes opposé au vote de la Knesset sur les accords d’Oslo en 1993, que vous vous êtes abstenu lors du vote sur la paix avec la Jordanie en 1994 enfin que vous avez voté contre les accords de Hébron en 1997. Il faut reconnaître que ce palmarès ne fait pas de vous un homme épris de paix. Si c’est au-dessus de vos possibilités de rechercher la paix, alors prenez en considération l’intérêt supérieur de la Nation et céder la place à d’autres plus aptes à négocier la paix, à rechercher la coexistence pacifique et à lutter contre la haine.

• Gabriel Banon,
ancien conseiller de Yasser Arafat

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