L’héritage qui mène au meurtre

Quand le patriarche de la famille D. au douar Aït K’dada, à Kasbat Tadla meurt, il a laissé d’importantes terres agricoles et une maison à ses deux fils. Ces derniers, ayant chacun sa propre famille, ont convenu de garder cet héritage en commun, sans partage, afin d’éviter tout éventuel litige. Ils souhaitaient rester en bons termes après la mort de leur père et garder unie la famille, qui vivait sous le même toit depuis leur naissance. Une décision qu’ils respectent durant toute leur vie, sans le moindre petit nuage à l’horizon. Au fil des années, les deux frères meurent à leur tour et laissent derrière eux des enfants vivant sous un même toit.
Les cousins et les cousines vivent comme frères et sœurs au point que les habitants du douar n’arrivent pas à les distinguer. Ils les considèrent comme issus d’un seul père et d’une seule mère. Les enfants commencent à grandir en même temps que leurs besoins, leurs rêves et leurs préoccupations. Quelques-uns d’entre eux commencent à penser qu’il n’est pas logique de posséder ses propres terres et de ne pas jouir directement de leur rendement. Ils ne veulent plus de la terre, ils n’ont besoin que d’argent.
La raison est qu’ils rêvent de quitter le douar à destination de la ville, voire même de l’Europe. Un rêve qui peut être réalisé en un clin d’œil si je pouvais disposer de mon argent, pense Abdelkader, vingt-quatre ans. Et pour en avoir, il lui faut vendre sa part d’héritage. Et pour avoir sa part, il faut partager. Mais, qui oserait proposer cette idée ? Personne. Chacune des deux familles évite soigneusement ce sujet et fait mine de n’avoir aucune velléité de partage. Seulement, Abdelkader perd patience. Il rêve d’aller au-delà de son douar et, pour cela, il a besoin d’argent. Il décide d’aborder le sujet avec sa mère. Cette dernière tente de le dissuader et lui conseille de ne plus parler de partage de l’héritage. Mais Abdelkader n’en a cure. Il s’adresse à ses cousins pour leur proposer de partager leur héritage afin que chacun puisse en disposer à sa guise.  Quelques-uns le soutiennent, d’autres lui font des reproches. Mohamed est l’un de ces derniers, qui rejette catégoriquement cette idée. Pour lui, il faut garder toute la famille unie sous le même toit et garder l’héritage sans partage comme cela était le cas avant la mort de leurs pères. Mohamed, trente et un ans, va même plus loin en menaçant de liquider quiconque penserait au partage.
Les habitants du douar interviennent pour apaiser les nerfs des cousins de la famille D. Mais en vain. Mohamed ne veut plus que Abdelkader parle de partage et ce dernier est obnubilé par sa part qui lui permettrait de réaliser ses rêves. Il s’adresse à son cousin Mohamed, tentant de lui parler calmement, de le convaincre de procéder au partage. Seulement la réponse de Mohamed est violente : une gifle. Abdelkader retourne aussitôt chez lui, se plaint à sa mère du comportement de son cousin à son égard. Elle se contente de lui conseiller une fois encore de ne plus penser à cette histoire de partage. Un conseil que ne peut pas suivre Abdelkader, qui pense à liquider celui qui barre le chemin à ses rêves.
Aveuglé par le besoin d’argent, il ne mesure pas les conséquences du geste qu’il s’apprête à commettre. Mardi 27 mai, dans l’après-midi, Abdelkader saisit un couteau et sort de chez lui pour attendre l’arrivée de son cousin, Mohamed. Dès que ce dernier apparaît, il se porte au-devant de lui et lui assène un coup de couteau au niveau du cœur. Mohamed s’effondre et passe de vie au trépas. Abdelkader est arrêté.

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