L’honneur sauvé

Fatima n’a en ce jour d’octobre 2001, que seize printemps. Elle a quitté douar Dbirate Fakra, province de Berrechid, où elle est née, à l’âge de sept ans pour devenir bonne à tout faire au sein d’une famille, au quartier Sidi Bernoussi, à Casablanca. Depuis, elle touche un salaire dérisoire de cinq cents dirhams par mois. Elle aide sa mère, qui trime dans les champs, à nourrir ses quatre petits frères et soeurs. Son père est décédé depuis des années. Depuis sept mois, sa mère a loué une chambre au n°44, bloc G, rue Meknès, quartier Raha, Hay Hassani à Berrechid. Elle lui a rendu visite, le vendredi 28 octobre. Pas loin, à la rue Taza, n°1, bloc O, sa cousine Kaltoum, plus âgée qu’elle de quatre ans, y occupe une chambre. Elle s’est rendue chez elle, ce lundi, vers 11h du matin. Elles sont parties au Souk hebdomadaire et sont retournées vers 15h. Ce sont là quelques rares moments qu’elles passent ensemble. 16h30mn. Kaltoum s’occupe de la vaisselle. Fatima, sa cousine est à côté d’elle. «Attention» alerte Kaltoum. Mustapha, fils de la propriétaire, un boucher de dix-neuf ans arrive. Il était dans un état d’ivresse avancé, un couteau à la main. Il s’avance vers Kaltoum, l’attrape par les cheveux, la jette par terre et tente de la violer. Elle se dégage, laisse sa cousine Fatima seule devant Mustapha. Il ne pensait qu’à assouvir son désir sexuel. Il la saisit par son épaule, la tire violemment, la fait rentrer dans une chambre mitoyenne, la dénude et la jette par terre. Il était déjà tout nu. Son oncle maternel, Omar, l’appelle. Il ouvre la porte pour lui répondre. Fatima saisit l’occasion, se remet debout, prend le couteau et lui assène un premier coup. Mustapha se retourne vers elle, essaie de lui enlever le couteau. Fatima le saisit violemment. Emportée, elle le poignarde une deuxième puis une troisième fois. Mustapha tombe par terre, se traîne, quitte la chambre et sort dans la rue. Fatima s’habille, le suit, le couteau toujours à la main. Il était encore nu. Elle se venge d’être humiliée, lui assène d’autres coups de couteau. Mustapha tombe. Fatima court follement en criant: «Je l’ai tué, je l’ai tué, j’ai sauvé mon honneur». Personne n’a pu l’arrêter. Une heure plus tard, elle s’est présentée devant les éléments de la brigade locale de la police judiciaire à Berrechid. Le lendemain, mardi 2 octobre, le médecin gynécologue l’examine et atteste que son «hymen est intact sans aucune autre lésion apparente» et le médecin légiste effectue une autopsie sur le cadavre et conclut que Mustapha est mort «par choc hémorragique suite à une plaie profonde abdominale».

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