Libération de l espace public à Mohammedia

Libération de l espace public à Mohammedia

«On a détruit ma seule source de revenu, la boutique que j’occupe depuis 23 ans. Aujourd’hui, je n’ai plus de quoi vivre, je suis endettée, je ne sais plus comment et où liquider ma marchandise», déclare Fatima, une veuve qui vit dans une pièce avec ses enfants. Mohamed, vêtu d’une blouse bleue qui témoigne de son parcours de 11 ans de réparateur de vélos, confie, les larmes aux yeux : «Debout toute la journée, je gagne 30DH aujourd’hui. Comment pourrai-je me procurer du lait, des couches pour mon nourrisson, faire vivre ma famille avec une telle somme ? Si je vole c’est la prison. Comment vivre dignement sans le lieu de travail que j’avais?».
Les témoignages poignants de familles désormais sans ressources, tombées dans l’oubli depuis la destruction de leurs magasins à El Kasba à Mohammedia, étaient nombreux, mardi 15 janvier à Mohammedia, lors de la conférence de l’OMDH autour du thème «Libération du domaine public: entre l’application de la loi et l’approche sociale».
Et pour cause, la campagne de libération de l’espace public orchestrée depuis plus de trois mois à Mohammedia par les autorités locales bien qu’elle ait été bien accueillie par nombre de citoyens, a aussi occasionné des dégâts sociaux qui restent jusqu’à maintenant sans traitement.
A qui revient donc la responsabilité de résoudre cette crise sociale, de proposer des solutions pour limiter l’impact de l’application brusque et stricte de la loi ? Qui est responsable de l’occupation anarchique de l’espace public qui a atteint une ampleur catastrophique à Mohammedia, à tel point que les piétons ne savaient plus marcher sur les trottoirs? Où sont les élus locaux dans tout cela et quel est le rôle de la société civile? Des acteurs associatifs, des associations professionnelles, un universitaire et un membre du conseil de la préfecture de Mohammedia ont tenté de répondre à ces questions lors de ladite conférence.
Pour Mohamed Zineddine, professeur de droit à l’Université Hassan II de Mohammedia, ce problème ne concerne pas que la ville de Mohammedia. «L’Etat perd 94% de ressources financières à cause de l’occupation illégale de l’espace public et l’impact de son côté informel sur l’économie nationale». Ainsi, il a souligné qu’il est du rôle des autorités locales de veiller à l’application de la loi pour libérer l’espace public, l’entretenir et l’élargir, étant donné que cet espace appartient à tous, et il est du droit de tous les citoyens de l’utiliser de manière égale et gratuite. Et d’ajouter que le citoyen peut même aller jusqu’à recourir à la justice contre les autorités locales au cas où il jugerait que ces dernières n’ont pas accompli leur rôle. Toutefois, il a insisté sur le fait que l’application de la loi ne doit pas occulter la gestion de la crise. «Ceci impose la prise en compte de la dimension sociale, par concertation, le consensus et le dialogue avec les potentielles victimes de la libération de l’espace public ainsi que l’implication de tous les intervenants, élus locaux et société civile».
Pour sa part, Ismail Hamdane, conseiller communal USFP (opposition) de Mohammedia, a déploré le fait que le conseil communal n’ait pas été associé à la campagne de libération. Il a également estimé que «la majorité au sein de ce conseil est restée passive ne prenant aucune initiative, ne formulant aucune proposition afin de résoudre la problématique sociale et ignorant tous les appels à la tenue d’une assemblée extraordinaire».
De son côté, Mounir Belmaghraoui, président de l’Association Mohammedia des propriétaires de cafés, estime que la campagne aura un effet négatif sur les cafés qui emploient un nombre important de personnels, ainsi que sur les revenus que tire la commune. Il a aussi appelé les autorités locales à s’ouvrir au dialogue et la commune à assumer sa responsabilité en élaborant un cahier des charges pour ces cafés qui permettrait l’exploitation de l’espace public de manière claire.

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