Libye : Kadhafi inverse la tendance

Libye : Kadhafi inverse la tendance

Une à une, les villes contrôlées par les opposants libyens retombent aux mains des troupes de Mouammar Kadhafi, qui ont inversé la tendance en moins d’une semaine grâce à leur supériorité militaire et à la répression rapide dans l’ouest de la Libye. Après près de trois semaines sous le contrôle des insurgés, les fidèles du «Guide» libyen ont repris le 9 mars au soir Zawiyah, ville de 250.000 habitants à 40 km à l’ouest de Tripoli, jugulant ainsi la principale menace pesant sur la capitale et le dernier point de sédition dans la partie occidentale du pays. «La chute de Zawiyah est significative et importante», constate Molly Tarhuni, analyste indépendante basée à Londres. Si dans le reste de l’Ouest et à Tripoli, la rébellion n’a pas pu s’imposer, c’est en raison de la rapidité de la répression dans cette région où l’Etat est nettement plus puissant. A contrario, dès le départ, la géographie a servi les rebelles dans la partie orientale. «Les distances entre Tripoli et l’Est sont immenses», explique Mme Tarhuni. Benghazi, bastion rebelle, est ainsi située à quelque 1.000 km de la capitale. Dès lors, après la chute de Zawiyah, l’Ouest était consolidé et les pro-Kadhafi ont eu les mains libres pour attaquer l’Est, alors que la communauté internationale se perdait en conjectures sur l’éventualité d’une zone d’exclusion aérienne. «Le monde est contre Kadhafi, mais il perd du temps à agir. Or, dans toute l’histoire du régime Kadhafi, en plus de 40 ans, il a toujours remporté la partie en jouant la montre. ça lui permet d’agir, d’avancer ses pions», relève Shukri Al Sinki, un opposant libyen basé au Caire. Par ailleurs, contrairement aux régimes en Tunisie et en Egypte, tombés après des manifestations monstre, le pouvoir libyen n’a jamais formulé des promesses de réformes susceptibles de galvaniser les foules et de réduire le facteur peur. Enfin, plus fort militairement, les forces de Tripoli avancent: à chaque jour sa défaite pour les insurgés, qui se replient à grande vitesse vers Benghazi. «Le morale des troupes n’est pas en baisse, mais malheureusement, la puissance tactique, humaine, financière et militaire (de Kadhafi) est tellement plus élevée…», relève Mme Tarhuni. Ras Lanouf et ses installations pétrolières stratégiques sont repassés sous contrôle du régime vendredi. Dimanche, c’était au tour de Brega (240 km de Benghazi) et lundi, de premiers bombardements ont visé Ajdabiya, dernier verrou situé à 80 km de la «capitale» rebelle. Alors que les troupes de Kadhafi se rapprochent, Tripoli a assuré que les tribus de l’est du pays allaient se liguer contre les insurgés pour prendre en étau Benghazi. La bataille risque d’y être redoutable : «toute la population de Benghazi s’est soulevée et elle va devoir se battre jusqu’au dernier», relève Shukri Al-Sinki. Même analyse pour Mme Tarhuni, qui note aussi qu’en trois semaines, M. Kadhafi a pu «travailler en sous-main» pour «infiltrer» les villes rebelles, «étendant les tentacules des vastes» réseaux de ses services de renseignements. Mais pour les analystes, la partie n’est pas pour autant perdue. D’ailleurs jusqu’à présent, les «victoires» de Kadhafi ont été loin de susciter la ferveur populaire dans les villes «nettoyées» des «terroristes d’Al-Qaïda», responsables de la révolte, selon Tripoli. Zawiyah, Ben Jawad et Ras Lanouf étaient désertées de leurs habitants, et seuls des miliciens armés y circulaient, a constaté un journaliste de l’AFP qui s’est rendu dans chacune de ces villes juste après qu’elles soient repassées sous le contrôle de Tripoli.

  Antoine Lambroschini (AFP)

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