Libye : Kadhafi l’insaisissable, ses bunkers, cachettes et solutions de repli

Libye : Kadhafi l’insaisissable, ses bunkers, cachettes et solutions de repli

Les insurgés se sont emparés mardi de son QG de Bab  Al-Aziziya, mais Moammar Kadhafi reste introuvable. Il dispose en effet de nombre d’endroits où disparaître, que ce soit dans des bunkers souterrains à Tripoli même, ou dans les zones de Libye toujours acquises à sa cause. Il est de notoriété publique que sous Bab Al-Aziziya existent des bunkers souterrains. Et la place forte du régime kadhafiste est, selon des transfuges reliée par de longs tunnels à plusieurs lieux stratégiques de la vieille ville, mais aussi à des endroits éloignés des environs de Tripoli. Un réseau secret qui permettrait une fuite rapide. Si rares sont ceux qui ont vu ces tunnels, dont on n’est même pas certain qu’ils existent, cette «ville souterraine» colle en tout cas bien avec l’image entretenue par Kadhafi, entre rumeurs, légende et subterfuges, destinée à semer la confusion et tromper l’ennemi. Pendant les six mois de l’insurrection contre son régime, le colonel Kadhafi a pratiqué une sorte d’illusionnisme, apparaissant soudainement par surprise en public, avant de disparaître à nouveau pendant des semaines, suscitant rumeurs et interrogations. Dès le début de la bataille de Tripoli, le colonel s’est une fois de plus transformé en fantôme, s’évanouissant dans la nature. Nombre d’insurgés le croyaient terré quelque part dans l’immense Bab Al-Aziziya. Et selon un haut responsable, Fathi al-Baja, la rumeur courait même que le presque septuagénaire avait eu une attaque cardiaque et serait alité. Mais lorsque les forces rebelles ont pris le complexe mardi, Kadhafi s’était volatilisé. Impossible de savoir d’ailleurs s’il avait pris la fuite, ou s’il y avait d’ailleurs jamais été… «Il y a tellement de cachettes à Tripoli. Nous le cherchons dans tous les trous», note le colonel Ahmed Bani, porte-parole militaire des insurgés. Tout comme son fils Seïf al-Islam avait resurgi en chair et en os et tout sourires pour narguer ceux qui le croyaient aux arrêts, c’est depuis l’une de ces cachettes que le dirigeant libyen a resurgi mardi soir, via un message sonore, jurant qu’il se battrait jusqu’à la victoire ou la mort, appelant ses fidèles à reprendre Tripoli. Car tant que Kadhafi n’est pas arrêté, son régime garde la possibilité de riposter. Selon les insurgés, les forces kadhafistes toujours dans les environs de la capitale peuvent frapper n’importe quand, et on ne sait pas non plus où sont les fils de Kadhafi commandant des unités d’élite, Khamis et Mouatassim. Deux autres grandes villes restent aux mains des pro-Kadhafi: sa ville natale de Sirte, sur la côte méditerranéenne à l’est de Tripoli, et son bastion de Sebha, dans le Fezzan, en plein désert, à 650 km plus au sud. Sebha, fief des Kadhafa, la tribu du dirigeant, est une place forte militaire qui compte également une importante base aérienne. De là, Kadhafi aurait la possibilité de prendre l’option d’une sortie facile vers le Niger ou le Tchad voisins. Que Kadhafi se trouve à Sebha est, selon Bani, «juste une possibilité parmi de nombreuses autres». Depuis la chute de Tripoli, la ville du désert serait le théâtre d’affrontements entre loyalistes et opposants. Ces derniers mois, avec les frappes de l’Otan, Kadhafi aurait été perpétuellement en mouvement, estiment les insurgés, bien qu’il soit une fois de plus difficile de séparer la réalité de l’illusion, Kadhafi lui-même cultivant le mystère. Comme lorsqu’il avait surpris ses partisans, en apparaissant sur les remparts du Fort rouge pour galvaniser la foule de ses fidèles en contrebas. Un tunnel relierait ce fort, sur la place principale de Tripoli, à Bab Al-Aziziya, à trois kilomètres de là. Selon Mohammed Ganbawa, militant de l’opposition à Tripoli, les insurgés pensent que ces dernières semaines le «Guide» aurait circulé entre les maisons de ses fils, dormi dans un hôpital et même à l’hôtel Rixos, où sont bloqués les journalistes de la presse étrangère… Dans Bab Al-Aziziya, un bunker construit par des ingénieurs allemands il y a des années, pourrait en tout cas soutenir une attaque massive. Le chirurgien esthétique brésilien ayant opéré Kadhafi en 1995 est un des rares à y avoir pénétré: le docteur Liacyr Ribeiro y a été escorté en pleine nuit, découvrant une résidence souterraine comportant notamment deux blocs opératoires ultramodernes, une piscine, une salle de sport…
Le vétéran du régime Abdel-Moneim al-Houni, qui participa au coup d’Etat de 1969 ayant porté Kadhafi au pouvoir et occupa de nombreuses fonctions officielles avant de faire défection, dit n’avoir jamais vu ce soi-disant réseau souterrain. Mais Moussa Koussa, ancien chef de la diplomatie et membre du premier cercle, le lui avait décrit, évoquant notamment un tunnel entre Bab Al-Aziziya et l’hôtel Rixos. «Il avait transformé tout un étage (de l’hôtel) en centre de commandement», raconte Al-Houni. Le secret, les tunnels, la méfiance même envers ses plus proches alliés, la paranoïa… typiques d’un homme qui en 42 a survécu à de nombreux complots. Selon Bani, qui était colonel dans l’armée de l’air avant de passer à l’opposition et de devenir son porte-parole militaire, Kadhafi aurait échappé à au moins 52 tentatives de putsch ou d’assassinat. Et aura répondu par la terreur à chaque fois, faisant pendre des dissidents par dizaines sur les places publiques, pour dissuader quiconque d’essayer à nouveau.


L’héritier du Trône de l’ex-royaume de Libye  «prêt à servir son peuple»

L’héritier du trône de l’ex-royaume de Libye, Mohammed al-Senoussi, en exil depuis 23 ans, s’est déclaré «prêt à servir» son pays, si le peuple le désire, dans un entretien à l’hebdomadaire allemand Die Zeit à paraître jeudi.  «C’est le peuple qui doit décider», a dit Mohammed al-Senoussi, âgé de 49 ans, réclamant un «Etat démocratique», dans cette interview, rapportée partiellement au style indirect. «Nous devons maintenant poser les fondements pour un Etat démocratique», a-t-il indiqué. «Voir le drapeau de la liberté flotter sur Tripoli me rend incroyablement heureux et fier de mon peuple», a-t-il dit au magazine. Al-Senoussi a déclaré avoir mené, ces derniers jours, des discussions avec des personnalités «officielles» en France et rencontré l’ambassadeur français et britannique à Tripoli. Et il a ajouté avoir reçu «beaucoup d’invitations en provenance de Libye».  Selon Al-Senoussi, la Libye ne risque pas d’être un pays indirigeable. «Non ! La Libye n’est pas l’Afghanistan ou l’Irak ou le Yemen. Le système des clans est totalement différent. Les clans ne veulent pas le pouvoir, ils veulent une vie raisonnable. Les Libyens ne sont pas des musulmans fanatiques», a-t-il déclaré. Il n’est cependant certain que ce soient des démocrates, écrit Die Zeit : «Naturellement, le réveil est lent», a estimé M. Al-Senoussi. Ce dernier s’était adressé au Parlement européen en avril dernier. Petit-neveu du roi Idriss Ier, destitué en 1969 par Mouammar Kadhafi, il est le fils de Hassan al-Senoussi, désigné en 1956 par Idriss Ier comme prince-héritier, décédé en 1992. La famille princière, après avoir d’abord continué à vivre en Libye, s’était exilée, avec l’aval de Kadhafi, en 1986. Depuis, le prince-héritier vit aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et en France.

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