Libye : Renseignement humain et technique à la base de la traque de Kadhafi

Libye : Renseignement humain et technique à la base de la traque de Kadhafi

Délation, utilisation de documents trouvés dans le quartier général du «Guide» à Tripoli, puis recoupements par des écoutes ou des drones: le renseignement humain et technique reste la clé qui permettra l’arrestation de Mouammar Kadhafi et de ses fils, estiment des experts. Pour un ancien officier du service action de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE, services de renseignements français), «il faut concentrer les efforts sur son fief de Syrte». Les rebelles se trouvaient dimanche en fin de matinée à une trentaine de km de la ville de Syrte dans la région natale du colonel Kadhafi, à 360 km à l’est de Tripoli. «Il faut travailler sur l’environnement de Kadhafi et sur ses proches car il s’appuie sur des réseaux familiaux et tribaux et écouter les téléphones et les transmissions radios pour tenter de le localiser», explique à l’AFP cet ancien agent. Evoquant la récompense de près de 1,7 million de dollars promise pour retrouver mort ou vif l’ancien chef d’Etat, ce spécialiste est dubitatif. «La délation ça ne marche pas toujours», dit-il, évoquant les longues années nécessaires pour retrouver les criminels de guerre dans l’ex-Yougoslavie, comme Ratko Mladic, arrêté en mai après 15 ans de cavale alors que les Etats-Unis promettaient depuis 2000 quelque 5 millions de dollars pour des informations le concernant. «Pas grand monde ne résiste au cri du dollar, c’est motivant», tempère l’ex-chef d’un service de renseignement, rappelant que le leader irakien Saddam Hussein avait été arrêté après avoir été vendu. Mais, ajoute ce spécialiste, il faut «trier le bon grain de l’ivraie car les promesses de prime attirent beaucoup de gens qui ne savent rien». Cet ancien responsable remarque que des documents ont probablement été découverts ces jours derniers lors de la fouille du QG de Kadhafi de Bab Al-Aziziya à Tripoli. «Ces documents vont permettre d’aider à localiser l’ensemble des très nombreuses planques de Kadhafi», ajoute-t-il. Les interceptions de conversations par téléphones satellitaires peuvent ensuite donner des éléments mais l’entourage de Kadhafi est «depuis très longtemps méfiant», d’autant plus que lorsque celui-ci recevait des invités, ceux-ci lui étaient amenés avec des «luxes de précaution». «Comme on ne peut pas balayer l’immense désert libyen avec des satellites, des avions d’observation ou des drones, explique ce spécialiste, il va falloir faire la classique +manœuvre du renseignement+ en utilisant ces capteurs techniques pour recouper les renseignements humains». «Tant que les rebelles du CNT ne contrôleront pas la totalité du pays, ils n’attraperont pas Kadhafi», assure Eric Denécé, directeur du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R) qui a passé plusieurs semaines au printemps, à Tripoli et dans les zones rebelles. L’ex-chef de l’Etat libyen «faisait toujours circuler d’autres convois identiques au sien lorsqu’il se déplaçait par la route», souligne Eric Denécé ajoutant qu’il dispose «encore de caches dans des zones urbaines ou dans le désert». Le directeur du CF2R «ne voit pas du tout Kadhafi se terrer comme Saddam Hussein dans sa fuite car il dispose encore de soutiens tribaux et n’a pas généré autant de haine dans son pays que le dictateur irakien». De plus, estime Eric Denécé, les moyens mis en oeuvre par les services de renseignements des grands pays occidentaux pour traquer Kadhafi sont «bien inférieurs» à ceux qui ont permis d’arrêter Saddam Hussein. «Les services occidentux vont mener la chasse mais laisseront aux Libyens le soin de l’arrêter», conclut-il.

  Pierre-Marie Giraud (AFP)

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