L’imam qui aimait l’argent

Qui ne connaît pas l’imam de la mosquée au douar Issaken, aux environs de Nador ? Mohamed est connu par tous les habitants du douar. C’est un imam de quarante ans, qui guide les fidèles lors des cinq prières. Tout le monde au douar le respecte depuis son arrivée de sa ville natale, Taounate.
Certes, cette profession ne lui rapporte pas grand-chose. Mais elle lui vaut l’estime, la considération et la déférence. «Est-ce que je vais donner de l’estime à mes trois enfants pour en manger?» se dit-il de temps en temps.
Cette vie d’imam ne lui plaît plus. «Elle ne m’expose qu’à la pauvreté et à la misère», se dit-il quand il remarque la bonne situation de quelques fidèles, surtout ceux qui s’adonnent au trafic de drogue. «Les voilà qui font du bien sur terre et le font aussi pour le jour de la résurrection», conclut-il. Est-il atteint d’un mal qui commence à le ronger insidieusement ? Ou bien sa foi n’est-elle pas aussi solide qu’il n’y paraît ?
Personne ne peut en juger. Car l’indigence peut jeter, parfois, l’être dans l’enfer sans qu’il s’en rende compte. Elle a aveuglé l’imam Mohamed au point qu’il ne perçoit l’avenir que couvert de gros nuages noirs. «Je dois me tirer de cette situation de misère», pense-t-il. Il commence à se rapprocher de quelques trafiquants de drogue. Et il fait la connaissance de Saïd, le fils du propriétaire d’une station d’essence.
Saïd lui verse de temps à autre des sommes d’argent sans compter. Il se montre très généreux avec lui. Les habitants du douar ignorent le mobile de ce rapprochement entre les deux hommes et méconnaissent également la raison de la générosité de Saïd envers leur imam. Ce dernier commence à voyager en compagnie de Saïd, négligeant la mosquée. Les fidèles du douar ont fait la remarque entre eux. Ils choisissent parfois quelqu’un d’entre eux pour les guider lors de la prière. Car «l’imam Mohamed est en voyage avec Saïd» se disent-ils entre eux.
«Pourquoi ne travaillerais-tu pas avec nous en échange d’une commission très importante pour chaque client et chaque kilo de cocaïne et d’héroïne vendu ?» propose Saïd à l’imam alors qu’ils sont à l’intérieur d’un café à Nador. Mohamed accepte aussitôt, sans la moindre hésitation. «Ton fief sera Tanger. C’est là où tu chercheras les clients», lui précise-t-il. Mohamed oublie qu’il est imam, il oublie ses obligations envers Dieu. Il a jeté tout cela derrière lui pour regagner Tanger avec un échantillon de quatre grammes de poudre. Là, il a commencé à chercher des clients. D’une rencontre à l’autre, il fait connaissance d’un client. «J’ai besoin d’un kilo d’héroïne», lui demande celui-ci. «Donc tu dois m’accompagner à Nador pour contacter directement les fournisseurs», lui répond l’imam. Trois jours plus tard, le client arrive à bord d’une Mercedes avec trois de ses amis. Il a une mallette à la main. Mohamed monte à bord de la voiture. Le chauffeur s’arrête dans un lieu de la région de Laâroui, à Nador. Les quatre trafiquants et l’imam attendent que les fournisseurs arrivent.
Quelques minutes plus tard. Une BMW arrive, avec quatre personnes à l’intérieur. Une seule d’entre elles descend, avec une petite valise à la main renfermant la marchandise. De la Mercedes, deux personnes sont descendues, dont l’une porte la mallette. Une fois le trafiquant près des deux acheteurs, ces derniers se jettent sur lui et l’attrapent. En un clin d’oeil, les deux autres se jettent sur l’imam. Les trois fournisseurs, qui sont restés à bord de la BMW, démarrent et disparaissent en un clin d’oeil. «Nous sommes les éléments de la police judiciaire de Tanger», leur affirme le chef de la brigade. L’imam et son ami sont restés bouche-bée.
Deux autres éléments de la bande ont été arrêtés trois jours plus tard. Les quatre membres d’un réseau qui introduisent les drogues dures par Mellilia et qui ont été mis hors d’état de nuire, dont l’imam Mohamed, ont été traduits devant la chambre correctionnelle près le tribunal correctionnelle de Tanger. Et voilà l’imam, qui a oublié les bonnes moeurs pour s’enrichir, qui se retrouve condamné, pour sa première opération avec les trois autres suspects à 10 ans de prison.

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