L’incontrôlable pulsion des violeurs

ALM : On dit que l’acte «sexuel est souvent secondaire dans le viol» qu’en est-il ?
Aboubakr Harakat : L’acte sexuel ne se limite pas uniquement à une pénétration ou attouchement d’organes génitaux. Les caresses, les jeux érotiques et d’une manière générale tout ce qui peut procurer une excitation sexuelle dans le corps ou les attitudes de l’autre peut être interprété comme un acte sexuel.
Quel plaisir peut bien éprouver une personne qui abuse d’un enfant de deux ans ?
Un fétichiste peut fantasmer sur les parties du corps ou sur des choses qui n’ont rien d’érogène pour les autres mais c’est la recherche de plaisir sexuel qui va le conduire à satisfaire ce plaisir par tous les moyens possibles. Concernant la relation du pédophile à l’enfant, elle n’est pas stéréotypée. Il y a des personnes qui se livrent à des caresses sur les parties génitales de l’enfant, d’autres qui se frottent contre les fesses ou les cuisses de l’enfant ou bien lui demandent de leur caresser l’organe sexuel, enfin il y a ceux qui cherchent le rapport pénétrant quitte à traumatiser gravement l’enfant.
Qu’est-ce qui pousse un violeur à commettre un crime aussi ignoble?
Pour le violeur, la satisfaction de la pulsion sexuelle peut se réaliser de différentes manières comme je viens de la mentionner. Celui qui commet un viol sur un adulte ou sur un enfant agit sous la pression d’une pulsion incontrôlable. Souvent il sait en son fort intérieur qu’il ne doit pas faire ce qu’il a envie ou en train de faire mais le fait quand même pour soulager une tension psychique qui s’accumule en lui.
Peut-on définir un profil type du pédophile ?
Il n’y a pas de profil type physique ou psychologique du violeur. Il peut avoir une apparence hideuse et un comportement répulsif comme il peut paraître le plus gentil et prévenant des personnage mais être un vrai monstre. Cependant dans l’anamnèse de chaque violeur, on peut trouver des éléments qui nous renseignent sur la tendance pédophile et/ou agressive de cette personne. Des faits en relation avec l’éducation qu’il a reçue, la relation parentale, les traumatismes affectifs ou sexuels subits nous permettent de mieux comprendre les agissements du violeur. On peut rajouter dans certains cas des facteurs biologiques sans pour autant parler des génétiques car jusqu’à présent aucune gène qui serait à l’origine de l’agressivité, de la pédophilie ou de l’homosexualité n’a été mis en évidence.
Que ressentent les victimes d’un abus sexuel ?
La pénétration qu’elle soit commise sur un garçon ou une fille est un acte hautement traumatisant par la douleur physique et la peur que ressent l’enfant face à la force de l’autre. Certaines personnes peuvent refouler cet épisode au fond de leur mémoire. Elles se protégent. Mais d’une manière ou d’une autre, et tôt ou tard, le souvenir traumatisant refait surface soit en tant que tel, soit sous forme de symptômes névrotiques voire même agressifs.
D’une manière générale, les enfants conscients de ce dont ils sont victimes au moment où cela arrive auront un comportement modifié. Ils peuvent devenir introvertis avec tendance à l’isolement, peureux ou agressifs, ils font des cauchemars, mutilent leur corps…
Je dirais que cela dépend de l’âge de la personne, de ses facultés mentales et du degré d’abus et si le viol a été accompagné de violence physique et/ou morale.
Que faire alors ?
Les enfants chez qui le traumatisme est flagrant (traces de violences, peur, mutisme…) doivent bénéficier d’urgence d’une aide psychologique adaptée, aussi bien eux que leur proche entourage qui devrait apprendre à communiquer avec eux par rapport à l’événement et comment le dépasser. Si des poursuites judiciaires sont engagées, et elles doivent l’être, il faut veiller à ce que l’enquête et les interrogatoires (chez la police et devant un juge) soient les moins traumatisants possibles. Il faut faire éviter à l’enfant le sentiment de culpabilité qui le pousse à s’auto-punir.
à quel âge peut-on briser le silence et parler ouvertement à l’enfant des risques d’abus sexuels ?
L’éducation sexuelle des enfants commence dès l’âge de 3 à 4 ans. Si on leur parle de leurs organes génitaux en les nommant, si on leur explique pourquoi ils ne doivent pas jouer d’une manière qui peut les endommager, si on leur dit pourquoi ils ne doivent pas se montrer nus devant tout le monde, on peut leur parler des risques d’abus sexuel. Briser le tabou sexuel ne concerne pas uniquement le risque d’abus ou de viol mais toute la sexualité de l’enfant et de l’adolescent.
Comment inciter les enfants à parler en cas d’abus ?
Quand un enfant est traité par ses parents et sa famille comme un être entier et qu’on a l’habitude d’accorder de l’importance à ce qu’il dit, l’enfant parlera de ce qu’il a vécu de manière spontanée. Si au contraire, l’enfant ne bénéficie d’aucune attention, il lui est difficile de se confier. Ce sont ses changements de comportement qui révèlent son traumatisme. Et les parents doivent être attentifs à cela.
D’où vient cette irrépressible suspicion devant les déclarations des enfants ?
Beaucoup d’enfants ont l’habitude de fabuler. Donc les adultes ont du mal à faire la part des choses quand il s’agit de faits graves comme l’abus sexuel. Les parents ont parfois du mal à croire l’enfant quand il désigne comme étant l’abuseur un adulte connu de la famille ou qui en fait partie, au cas d’inceste. Les parents préfèrent s’aveugler et éviter d’être traumatisés. Il y a aussi et surtout la peur du scandale.

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