L’Inde, le second dragon asiatique

L’Inde, le second dragon asiatique

L’Inde se place incontestablement comme la seconde puissance asiatique après la Chine. Disposant d’un immense territoire (3,2 millions de Km2), et d’une population supérieure à 1 milliard d’habitants, ce pays a fait depuis une décennie des progrès considérables sur les plans politique, économique et social.
Sur le plan politique, et après l’indépendance acquise en 1947, l’Inde s’est dotée d’une Constitution en 1950, qui fait de ce pays la plus grande démocratie du monde. L’Union indienne est une République fédérale, laïque et multireligieuse. Elle est constituée de 28 Etats, disposant chacun d’un gouvernement et d’un Parlement, de 6 territoires, et de la capitale fédérale New-Delhi. Les langues officielles sont au nombre de 22, mais les langues les plus utilisées sont le hindi et l’anglais. La Constitution réaffirme l’égalité de tous les citoyens indiens sur le plan juridique. Le pouvoir législatif est composé de deux Chambres : la Chambre du peuple élu au suffrage universel, et le Conseil des Etats, élu par les députés des Assemblées des Etats. L’exécutif est assuré par le Premier ministre, désigné par le Parlement, et qui dispose des pouvoirs réels. Le président de l’Union, élu au suffrage indirect pour cinq ans, n’a qu’un rôle représentatif.
Sur le plan diplomatique, l’Inde qui a rompu avec l’approche tiers-mondiste de Nehru, s’affirme comme une puissance émergeante de premier plan. Disposant de l’arme nucléaire, elle souhaite devenir membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, et joue un rôle important dans les instances internationales, et notamment à l’OMC dans le cadre des négociations de Doha. Elle entretient de bonnes relations avec les Etats-Unis d’Amérique, avec qui elle vient de conclure un important accord de coopération nucléaire civile. Elle consolide également ses relations avec la Chine, le Japon, l’Union européenne et l’ASEAN. Le seul point noir de sa politique étrangère est le conflit territorial qui l’oppose à son voisin le Pakistan concernant le Cachemire : quatre guerres ont opposé l’Inde au Pakistan depuis 1947.  Sur le plan économique, à partir de 1991, et suite à une grave crise monétaire et à un déficit commercial important, l’Inde s’est lancée dans une série de réformes. Ces réformes ont concerné la libéralisation des investissements étrangers, la réduction des tarifs douaniers, la modernisation du secteur financier, et l’ajustement des politiques monétaires et fiscales. Ces réformes ne tardèrent pas à porter leurs fruits : taux de croissance plus élevés, baisse du déficit budgétaire et de l’inflation, augmentation des investissements étrangers. C’est ainsi que la croissance a connu un taux moyen de + 5% depuis 1991, et a culminé à + 8,4% en 2004, et + 7,5% en 2005. De même, les investissements directs étrangers (IDE) ont atteint 10,7 milliards $ en 2005, et il est prévu 7 milliards  $ en 2006. Les réserves de changes ont atteint en 2005 144 milliards  $, ce qui a amené les autorités indiennes à envisager la convertibilité totale de la Roupie (monnaie nationale) en Juillet 2006. Enfin le taux d’inflation a été réduit à 3,8% en 2003, et le déficit budgétaire à 4,1% pour l’exercice 2005/2006.
Ces résultats ont permis à l’Inde d’atteindre un PNB de 692 milliards$ en 2004, la plaçant en valeur absolue à la dixième position mondiale. Ils sont dûs aux réformes précitées, et à l’explosion des services, qui culminent à 51% du PIB. L’Inde est reconnue actuellement comme l’un des premiers pays en matière d’offshoring et de nouvelles technologies de l’information. Des centaines de milliers d’ingénieurs informaticiens sortent chaque année, et le Groupe IBM dispose dans ce pays d’un effectif de près de 39.000 agents. L’industrie, très diversifiée, représente 25% du PIB et se distingue particulièrement par le développement considérable des génériques (industrie pharmaceutique) et des pièces détachées automobiles. L’agriculture qui représente 24% du PIB est en pleine restructuration. Cependant, l’économie indienne souffre encore d’infrastructures insuffisantes, d’une bureaucratie encore pesante, et de taux d’intérêt élevés. Sur le plan social, les bons résultats économiques ont permis au pays de s’enrichir globalement, et de constituer une classe moyenne de quelque 300 millions de personnes, disposant d’un pouvoir d’achat appréciable. Cependant, étant donné la démographie du pays, le PNB nominal par habitant de l’ordre de 600 $ reste très faible, et classe l’Inde au 160ème rang mondial en 2003. Le taux de pauvreté de 30% est encore élevé, et traduit une disparité importante entre le monde rural et le monde urbain, et entre les catégories sociales. En effet, en dépit des dispositions de la Constitution de 1950, le système des castes, qui traduit une stratification sociale rigide et ancienne, n’est pas totalement aboli dans la pratique. Les différents gouvernements qui se sont succédé depuis l’indépendance ont dû prendre des mesures de « discrimination positive» pour venir en aide aux « intouchables» (scheduled casts), aux aborigènes (scheduled tribes), et autres parias de la société (other backward casts). Un autre facteur qui obère le développement social, est l’analphabétisme qui concerne encore 50% de la population. Enfin, si l’enseignement public est gratuit et ouvert à tous, il existe en Inde un enseignement privé de haut niveau, mais qui n’est fréquenté que par les catégories hautes de la Société. L’exemple de l’Inde est intéressant à plusieurs titres. Voilà un immense pays, par la surface et la démographie, qui a choisi la démocratie, et qui l’applique effectivement. Les réformes courageuses de libéralisation de l’économie, prises à partir de 1991, ont permis un développement économique et social très important. L’Inde bénéficie avec la Chine d’un taux de croissance parmi les plus élevés du monde. Du fait de son taux de fécondité (3,1 enfants par femme), plus élevé que celui de la Chine, il est prévu que l’Inde devienne le pays le plus peuplé du monde en 2035.Il est certain que son rôle ne fera que s’accentuer durant ce 21ème siècle. Les objectifs à atteindre durant les décennies à venir sont la continuation du développement économique, mais surtout la promotion sociale par la lutte contre l’analphabétisme et le système des castes.
Qu’en est-il des relations maroco-indiennes ?  
Sur le plan politique, elles sont bonnes, surtout depuis le retrait de la reconnaissance de la RASD par l’Inde en juin 2000. Des visites de haut niveau ont eu lieu des deux côtés, couronnées par la visite officielle du Roi Mohammed VI en Inde en 2001. De son côté, le Maroc appuie la demande de l’Inde pour son intégration au Conseil de sécurité de l’ONU.
Sur le plan économique, de multiples accords et conventions ont été signés pour développer les relations entre les deux pays. Outre la Commission mixte gouvernementale, un Conseil d’affaires maroco-indien a été créé, et regroupe les organisations patronales des deux pays. Malgré tous les efforts entrepris, les échanges commerciaux restent modestes, de l’ordre de 400 millions$ avec un excèdent de 200 millions $ en faveur du Maroc, du fait des importantes exportations d’acide phosphorique et de phosphates. Sur le plan industriel, à part  le partenariat entre l’OCP et la Société BIRLA dans la fabrication de l’acide phosphorique, peu de projets communs ont été réalisés. Le Maroc devrait intensifier ses initiatives vis-à-vis de ce grand pays d’avenir, particulièrement vers quatre secteurs prioritaires : les industries pharmaceutiques (génériques), les nouvelles technologie de l’information, l’immobilier et le tourisme.

Par Jawad Kerdoudi
Président de l’IMRI (Institut Marocain des
Relations Internationales)
[email protected]

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