L’invention souffre au Maroc

L’invention souffre au Maroc

L’invention et l’innovation constituent un important levier de développement. Malheureusement, au Maroc, ce domaine très prometteur souffre de plusieurs handicaps qui freinent son développement : absence de stratégie politique pour l’invention, faiblesse des ressources consacrées à la recherche-développement et manque de structure favorisant la promotion des résultats de recherche et d’invention. Cependant, les inventeurs marocains, de plus en plus nombreux, sont très actifs.
«Ils ont élaboré des technologies et des produits appropriés répondant aux besoins de la population marocaine et d’ailleurs», souligne Bennani Lotfi, inventeur et directeur de l’Agence marocaine pour la valorisation des inventions et la promotion de l’innovation. Et d’ajouter : « ces inventions portent généralement sur les systèmes de production, de conservation et de transformation dans les différentes branches d’activités de l’agriculture, l’agro-industrie et la médico-pharmacie. ». Parmi les œuvres des inventeurs, on peut citer l’invention de Magid El Bouazzaoui.
Elle consiste à faire de la visiophonie via un téléphone mobile GSM classique de 2ème génération. Ainsi, On pourrait parler à un correspondant tout en le regardant sur l’écran du GSM. Certes, la visiophonie mobile est possible aujourd’hui avec les téléphones de 3ème génération (UMTS), mais elle coûte plus cher. Deux autres inventions qui démontrent du grand génie marocain, signé cette fois-ci Lotfi Bennani. Il s’agit du système informatisé de gestion des serres agricoles et de fertilisant commandé par GSM ainsi que le système électronique de télégestion et télésurveillance via GSM. Cette dernière invention permettra notamment la gestion à distance des systèmes d’alarme contre l’intrus et des procédés industriels, agricoles et environnementaux.
La liste des noms des inventeurs est longue et révèle le grand potentiel humain inventif dont dispose le Royaume. Selon les données fournies par l’Office marocain de la propriété industrielle et commerciale (OMPIC), 561 demandes de brevets d’invention ont été déposées au cours de l’année 2004 contre 483 durant l’année 2003 soit une augmentation de 16 % par rapport à l’année 2003.
En 2004, le nombre des demandes d’origine marocaine sont de l’ordre de 104 dont 86 sont des personnes physiques (individuelles) et 18 seulement sont des personnes morales. Les 457 demandes restantes sont d’origine étrangère (Etats-Unis, France, Allemagne..). «Ces chiffres ne reflètent pas le vrai nombre des inventions marocaines car plusieurs inventeurs ne déposent pas une demande de brevet d’invention soit par manque de moyens, soit par ignorance des procédures de dépôt ou par peur d’être piraté. », explique B. Lotfi. Par ailleurs, le nombre total des brevets délivrés en 2004 s’élève à 1097 brevets contre 349 en 2003 soit une augmentation de 214 %. L’analyse sectorielle des dépôts révèle que le secteur prédominant est celui de la médecine-hygiène avec 35 %, suivi des secteurs des industries chimiques (19%) et de la physique-électricité (12%). Le domaine des industries textiles n’a eu droit qu’à 2 % du nombre total des dépôts. De ces chiffres dénote une certaine dynamique en matière de création et d’invention dans le domaine pharmaceutique et médical. «Ceci s’explique par la mise en vigueur de la loi 17/97 concernant le dépôt du brevet d’invention pour les pharmaciens. Grâce à cette loi, les produits pharmaceutiques sont désormais protégés. Chose qui n’était pas possible avec l’ancienne loi», indique Harmouch Benali, chef de service du brevet d’invention à l’OMPIC.
Par ailleurs, le nombre des inventions qui ont pu voir le jour est très faible : 5 % seulement des brevets d’invention ont pu être exploités.
Et ce sont les inventeurs, eux-même, qui ont financé leurs projets. «Cette situation est due au manque de moyens d’investissement, d’une part, et de l’absence d’une entité d’interfaçage entre l’inventeur et l’investisseur. C’est pourquoi, j’ai créé l’Agence marocaine pour la valorisation des inventions et la promotion de l’innovation (AMVIPI)», se félicite B. Lotfi. «L’agence a pour vocation en particulier la promotion de l’invention et l’encouragement de l’inventeur marocain.
A ce sujet, un magazine bimestriel gratuit baptisé « Carnet de l’inventeur » verra le jour en septembre prochain. Il permettra la publication des résultats de recherche et les œuvres des inventeurs.  L’agence jouera également le rôle d’intermédiaire entre l’inventeur et l’investisseur», ajoute-t-il.
La valorisation des brevets d’invention constitue une autre difficulté qui entrave les inventeurs à réaliser leurs projets. « Le vide juridique sur la valorisation des brevets est un véritable handicap. Aucune entité étatique ou privée n’existe qui a la compétence de livrer un acte juridique valorisant le brevet d’invention. Ceci décourage les banques à investir dans ce domaine.
A l’étranger, il y a une agence internationale des inventions et de la recherche qui délivre, après étude du dossier, une sorte de « visa », un cachet qui prouve que tel brevet est faisable techniquement, industrialisable et banquable. Elle donne aussi une estimation du coût du brevet», explique-t-il.
En somme, les inventeurs marocains ont un rôle capital à jouer dans la création d’une technologie endogène. Vu la mondialisation et la compétitivité ardue, le développement économique et social d’un pays est tributaire de sa capacité créatrice et innovatrice. Ainsi, la mise en place d’une véritable politique de promotion de l’invention est vitale pour le Maroc.

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