L’Italie face aux voyages du désespoir

«Il y a au moins un à 1,5 million de personnes prêtes potentiellement à quitter le nord de l’Afrique pour gagner l’Europe via le détroit de Sicile », a mis en garde récemment Nicolo Pollari, directeur des services de renseignements militaires italiens (SISMI). Mais la lutte contre l’immigration clandestine « ne se fait pas en mer où on ne peut que prêter secours à des désespérés », a relevé de son côté l’amiral Eugenio Sicurezza, commandant du corps des capitaineries de port. « Le plus important, c’est le travail en amont, le renseignement et les accords de réadmission avec les pays de provenance des immigrés clandestins », a ajouté l’amiral. Même son de cloche au ministère de l’Intérieur où le secrétaire d’Etat Alfredo Mantovano a jugé que « la meilleure défense est la prévention». L’Italie tente ainsi de multiplier les accords bilatéraux de réadmission des immigrés clandestins. Elle a signé ce type d’accord avec un total de 28 pays et certains ont été un franc succès, comme celui avec l’Albanie, mais elle n’en a pas avec la Libye, considérée comme une plaque tournante de l’immigration clandestine avec l’Europe. Rome a signé en juillet avec la Libye un accord prévoyant des mesures concrètes pour la lutte contre l’immigration clandestine, mais les dirigeants de ce pays refusent de jouer le rôle de « gardes-frontières » de l’Europe. L’Italie essaye en même temps d’impliquer davantage l’UE, financièrement surtout, dans la protection de son immense frontière maritime, 7.000 km de côtes, jugeant que cette frontière représente également celle de toute l’Union. Cet appel à l’UE est relayé par Salvatore Cuffaro, président de la région Sicile, la plus touchée ces dernières années par le phénomène de l’immigration clandestine, et qui réclame « un nouveau plan Marshall ». « L’Europe ne peut pas se charger seule du problème des étrangers qui viennent de plus en plus nombreux frapper à nos portes. Il faut faire intervenir les pays dont proviennent ces personnes, en leur donnant la possibilité d’y rester, de travailler et de vivre dans leur patrie. Il faut que l’UE investisse davantage pour mettre fin, une fois pour toute, à ces voyages du désespoir », a dit M. Cuffaro. Rome va tenter de plaider dans ce sens sa cause lors du sommet des dix pays de la Méditerranée occidentale, dénommé « Dialogue 5+5 ».

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