L’oeil des américains sur notre démocratie

Il y aurait évidemment trop à dire sur le fait qu’un Etat s’autorise à établir des rapports sur la démocratie des autres. Cela suppose que la situation dans cet Etat est un modèle de démocratie pour les autres. Or, c’est loin d’être le cas. Et un rapport sur la situation des droits de l’homme aux USA révélerait bien des failles dans le système de ce pays… Le rapport sur le Maroc se compose d’une synthèse de trois pages et des détails qui ont fondé la formulation de cette synthèse en cinquante-six pages. Force est de constater que l’introduction-synthèse est plus virulente dans le ton que les détails qui ont présidé à son élaboration.
La démarche est saugrenue, parce que l’on déduit une vue d’ensemble des parties constituant cet ensemble, et non pas l’inverse. Ce qui donne l’impression que ce rapport est bicéphale : une introduction accablante pour la situation des droits de l’homme au Maroc, et des faits qui reconnaissent la marche du pays vers la démocratie. On dirait que le rapport a été rédigé par deux personnes. Une qui était présente au Maroc et qui a tout noté, en enregistrant les événements qui ont marqué l’année, et en mentionnant les évolutions. Et une autre, probablement habituée à des rapports négatifs sur notre pays, et qui a résisté au changement opéré dans le ton. Cette façon de faire peut être préjudiciable à l’image du Maroc, si l’on considère que nombre de personnes se contentent de lire la synthèse sans entrer dans les détails.
Au demeurant, ce rapport répertorie les arrestations arbitraires, les scènes de violence perpétrées par les hommes de l’ordre, les rares cas de torture, les violences contre les manifestants et les personnes qui ont défrayé la chronique judiciaire: Ahmed Boukhari ou le capitaine Adib. À signaler que les ONG pour la défense des droits de l’homme au Maroc et surtout la presse restent dans une très large mesure les sources sur lesquelles repose ce rapport. Cela porte en soi une indication sur la situation des droits de l’homme au Maroc. Si la presse peut aborder nombre de sujets jugés épineux pour le pays, c’est que les choses ne vont pas aussi mal que ça. Par ailleurs, il serait aberrant de considérer ce rapport avec une hostilité préalable. Le regard de l’autre, quelles que soient ses intentions, peut attirer le nôtre sur des problèmes auxquels on ne confère pas toujours la gravité qu’elles méritent. Ainsi la présence des «petites bonnes» dans certaines maisons est considérée comme un «trafic d’êtres humains» dans ce rapport. La formule est choquante, mais elle mérite qu’on s’y arrête. Ce rapport attire également l’attention sur les inégalités dont sont l’objet les femmes, comparativement aux hommes. 3 sièges sur 600 sièges au Parlement son occupés par des femmes, souligne le rapport.
Mais l’autre se révèle aussi dans la fixation qu’il fait sur certains sujets. Ainsi plusieurs pages ont été consacrées au fonctionnement de l’appareil judiciaire dans notre pays. Ces pages sont bien documentées. On y lit des phrases de ce type : «Bien que le ministre de la justice désigne un avocat aux frais de la communauté dans les cas sérieux (peine supérieure à cinq ans), les avocats commis d’office, qui ne sont pas rémunérés correctement, offrent souvent une défense inadéquate». Le ou les rédacteurs du rapport se révèlent dans leur intérêt pour la justice. Personne n’ignore l’importance du système judiciaire dans la vie des Américains. En voulant retrouver la présence excessive de l’appareil judiciaire ici, les rédacteurs de ce rapport trahissent leur espérance de rencontrer partout les modèles en vigueur dans leur pays.

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