L’opposition se prononce : La déclaration du gouvernement est jugée imprécise et incohérente

Loin d’être un plan d’action, c’est une « déclaration de vœux ». C’est en somme ce que soutient la nouvelle opposition parlementaire. Que ce soit auprès du PJD ou du MP, la déclaration du Premier ministre n’est plus ni moins un discours d’intentions et d’aspirations. «Depuis l’amendement de la Constitution de 1996, la déclaration de politique générale du gouvernement n’est plus une déclaration, mais un programme gouvernemental», affirme Mohand Laenser, secrétaire générale du Mouvement Populaire. Or, ajoute-t-il, «le contenu du discours du Premier ministre reste celui d’une déclaration générale d’intentions et d’aspirations, concernant le gouvernement, la moralisation de la vie publique, le renforcement des valeurs, … Bref, tout est passé en revue».
Même son de cloche chez l’autre grand parti de l’opposition, le PJD. Le parti islamiste auteur d’une sortie pour le moins spectaculaire, au début de la séance, en la personne de son président du groupe, Mustapha Ramid, pour un soi-disant non-respect de l’horaire, estime que la déclaration de Abbas El Fassi manque de «cohérence et de précision». «Ce n’est pas une déclaration générale du gouvernement, mais un peu de chaque ministère. Le discours du Premier ministre manque de cohésion et de vision», affirme Lahcen Daoudi, secrétaire général- adjoint du PJD. «Le Premier ministre ne sait pas ce qu’il dit », tranche-t-il. «Il nous a parlé, explique-t-il, d’un plan quinquennal 2008-2012 alors que nous sommes à deux mois de 2008. Le gouvernement pourra-t-il préparer un plan sérieux, qui s’étend sur une durée de cinq années, en seulement deux mois?». Interrogation que soulève également le MP en la personne de son secrétaire général. Pour M. Laenser, «l’on nous parle aujourd’hui d’un plan quinquennal pour les collectivités locales, d’un autre pour les routes, …, alors que tout le monde sait que la politique de la planification a été abandonnée partout. Cela, d’autant plus que la préparation d’un plan n’est pas une affaire du jour au lendemain. Elle nécessite au moins deux années».
Ce qui est encore plus grave, estime M. Laenser, c’est que la déclaration gouvernementale ne comporte aucune «mesure concrète». «J’aurais bien aimé relever 4 ou 5 mesures concrètes sur lesquelles s’engage le gouvernement», affirme-t-il.
«Nous ne pouvons pas parler aujourd’hui de politique de mobilisation de l’eau alors que c’est une refonte de la politique de l’eau qu’il faut mettre en place. De même pour l’agriculture. Pour ce qui est de l’emploi l’on nous ressort les mesures déjà testées par l’ancien gouvernement et qui ont montré leur limite», soutient M. Laenser. Et d’ajouter, «je ne vois pas sur quoi l’on peut juger le gouvernement».
«Nous n’allons pas mettre la charrue devant les bœufs», lance M. Daoudi. Néanmoins, s’interroge-t-il, «maintenant est-ce que le gouvernement va réaliser les engagements de M.El Fassi, notamment les 250.000 emplois à créer chaque année, le maintien du pouvoir d’achat, la réforme de l’agriculture, … on le veut bien. Mais, nous ne pouvons pas nous prononcer pour le moment. Nous allons le juger au fur et à mesure».
Le secrétaire général du MP relève, pour sa part, qu’il y a «très peu de chiffres» dans la déclaration. Et lorsqu’il y en a, «l’on se demande comment le gouvernement va faire pour les concrétiser».  Et ce, d’autant plus, estime-t-il, qu’il est très difficile d’atteindre une croissance moyenne de 6%, Le chiffre de 5% annoncé comme base «est une fausse moyenne», estime-t-il. «La baisse des impôts, des droits de douane, le maintien du pouvoir d’achat et de l’intervention de la Caisse de compensation… tout cela, la déclaration ne nous indique pas les ressources sur lesquelles le gouvernement peut compter pour le financer», renchérit-il.
«Pour atteindre une croissance de 6%, il va falloir réaliser un taux à deux chiffres cette année. Ce qui est impossible», tranche M. Daoudi. Ce dernier estime par ailleurs que le discours du Premier ministre «n’est pas une déclaration de politique économique du gouvernement, mais une simple déclaration politique». «Elle contient beaucoup d’imprécisions et d’incohérences. Il a touché à tout et veut tout faire. D’ailleurs, je me demande comment l’USFP et les autres formations, la continuité du gouvernement à l’extérieur, qui ont annoncé leur soutien critique à l’exécutif vont voter cette déclaration», note-t-il.
En somme, soutient M. Laenser, ce gouvernement n’est qu’une «continuité» de celui sortant. «J’émets l’espoir et le souhait qu’il continue dans la voie de ce qui a été fait», affirme-t-il. Et de conclure, «dans une déclaration de vœux et de souhaits, tout le monde peut s’y retrouver et ce n’est pas pour cela que l’on va la voter». Ainsi, et si au sein du PJD l’on estime que le sens du vote de la déclaration du gouvernement est une évidence en soi, au MP «c’est au groupe parlementaire d’en décider», tempère M.Laenser.

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