L’USFP en rangs serrés

L’USFP en rangs serrés

Samedi dernier, le nouveau Premier secrétaire de l’Union socialiste des forces populaires, Mohamed Elyazghi, a tenu une conférence de presse au siège central de son parti, considérée, selon plusieurs observateurs comme un premier essai de l’application d’une démarche dialectique critique à l’égard de la gestion interne du parti mais ouverte sur son environnement extérieur. Entouré de plusieurs membres du Bureau politique, dont en premier lieu, Abdelouahed Radi, Premier secrétaire adjoint du parti, Fathallah Oualalou, ministre des Finances, et Driss Lachgar, président du groupe socialiste dans la Chambre des représentants, M. Elyazghi a tenu à faire passer un message à la fois de modération et de réconciliation, mais assez critique vis-à-vis de l’action du parti et surtout de ses instances décisives. « Toutes les structures de l’USFP, y compris son Bureau politique, doivent faire l’objet d’une réforme globale », a-t-il déclaré, après avoir insisté sur l’importance de l’adoption des principes de transparence et de franchise, au niveau du comportement entre les dirigeants du parti. Les évènements du 16 mai dernier, a-t-il ajouté, nécessitent l’obligation d’oeuvrer pour l’immunisation de la démocratie et des institutions du pays et d’amorcer un débat national sur l’avenir du pays. Un projet cher au nouveau premier secrétaire national qui n’a pas cessé d’appeler à fournir plus d’efforts dans le sens de l’approfondissement de la réflexion sur les questions intéressant la société. Dans la déclaration présentée au nom du Bureau politique, mais qui porte ses propres marques, outre les questions portant sur l’intégrité territoriale du Royaume, l’unité du Maghreb et les défis de la mondialisation, l’accent a été mis sur trois facteurs qui marquent nuisiblement le champ politique marocain, à savoir l’altération des élections, l’effritement du champ politique et l’absence de référents théoriques et idéologiques. D’où la nécessité pour l’USFP de mettre en application les résolutions et recommandations de son dernier congrès national et de mettre un terme à la tradition consensuelle qui a prévalu au niveau du comportement à l’égard des autres partenaires politiques, notamment au sein du gouvernement, et au niveau de la vie interne. « Il est temps de mettre en oeuvre les règles de la gestion démocratique et de garantir les droits de la minorité au sein du parti », a annoncé l’orateur avant de faire état d’un net recul du parti en ce qui concerne le recrutement des nouveaux adhérents ; lequel recrutement, précise-t-il, ne se fait guère de manière constante, planifiée et en dehors de la pression électorale. Et de lancer un appel à cet effet dans le sens de la réconciliation avec tous les membres du parti, y compris ceux de l’Association Fidélité à la démocratie, puisque ces derniers « n’ont jamais été exclus ou dénoncés », affirme M. Elyazghi dans une réponse à une question d’un journaliste. L’appel à la restructuration, par l’introduction de nouveaux mécanismes, notamment en ce qui concerne la gestion des différends au sein du parti, à l’analyse des failles touchant à l’usure de l’autorité morale de ses instances dirigeantes et au redressement de l’état de ses courroies de transmission médiatique, a été constamment suivi d’un message insistant sur la consolidation de sa ligne politique. Plus question de laisser un brin de doute planer sur l’appartenance engagée au gouvernement de Driss Jettou, ni à la Koutla ou à la gauche socialiste. C’est donc d’un véritable jeu de dialectique constructive qu’il s’est investi au cours des deux séances de la conférence précitée, c’est-à-dire lors de la lecture de la déclaration du Bureau politique et au cours de la partie réservée à la réponse aux questions des journalistes. Ceux qui s’attendaient à un changement de cap sont restés, bien entendu, sur leur faim. A une question portant sur une éventuelle réforme constitutionnelle, le nouveau patron de l’USFP s’est contenté de rappeler que sa formation avait été la première à soulever ce sujet avec feu SM Hassan II, et qu’en fin de compte, ce ne sont pas les textes qui font la démocratie. Car, dit-il, sur un ton qui rappelle les réflexes des polémiques d’antan, « Staline avait présenté en 1936 la meilleure constitution du monde, mais dans la pratique, elle restait lettre morte et sans effet ». A ceux qui voulaient pousser ses dires à leurs bouts, notamment concernant les dangers d’une éventuelle crise politique, il a tenu à ramener les choses à leurs dimensions réelles, en se contentant d’annoncer l’émergence de certains facteurs nuisibles qui se sont manifestés lors des dernières élections, mais qui restent limités dans le temps et l’espace; ils peuvent donc être combattus et éradiqués. Aussi, aucune date n’a été donnée au sujet du prochain congrès socialiste, étant donné qu’il s’agit d’une décision qui relève des attributions de la Commission administrative. Mais tout porte à indiquer qu’il se tiendra le printemps prochain. Or, d’ici là, la Commission administrative doit changer de méthodes de travail, au même titre que le Comité central qui doit s’ériger en tant que véritable Parlement du parti. Un programme peu ambitieux politiquement mais rénovateur et audacieux sur le plan de la gestion partisane interne.

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