Mandari, l’homme qui en a trop fait

Hicham Mandari fait encore parler de lui. Celui-ci vient d’être finalement extradé des Etats-Unis où il était détenu depuis août 1999 vers la France qui le réclame depuis juin 1998. Ici, de très forts soupçons pèsent sur lui comme étant membre important d’un gigantesque réseau de trafic de la monnaie bahreïnie. En fait de la fausse devise.
La falsification porte sur la bagatelle de 140 millions de dinars, soit l’équivalent de quelque 370 millions dollars américains. La justice française instruit l’affaire depuis juin 1998. Dès son arrivée à Paris, samedi 4 mai, le juge en charge du dossier lui a notifié les charges qui pèsent contre lui avant de l’envoyer à l’ombre en attendant d’être interrogé. De quoi s’agit-il?
Tout commence lorsque l’agence de voyages Thomas Cook à Paris dépose plainte. Elle venait de réaliser qu’elle a converti pour près de 660000 FF en dinars bahreïnis. De faux billets. Alertée, la police française arrive à saisir l’équivalent de 50 millions de FF. Hicham Mandari est soupçonné d’avoir activement participé à l’écoulement d’une partie de ce magot dans certains pays d’Europe et du Moyen-Orient. Interpol se saisit à son tour du dossier.
À Manama, capitale de Bahreïn, l’agitation est à son comble. Tout de suite, les services spéciaux américains s’en mêlent. D’investigation en investigation, les choses se précisent : on est en face d’un gigantesque réseau de falsification de devises Les autorités françaises convoquent en juin 1998 dix personnes, arrêtées en possession des faux dinars. Il s’agit d’une bande hétérogène : un Congolais du nom de Jean-Pierre Kimbangala, qui se dit conseiller de l’Arabie Saoudite, un certain Claude Sokolovitch et son fils Marc acquitté par la suite, ainsi que trois ressortissants français, Jean-Pierre Charriou, Jacques Milliet et Jocelyne Lagalice-Gromenil. L’enquête remonte jusqu’à Richard Nozy Mwamba, président de la fédération de Football du Congo-Kinshasa.
Interrogé, il s’est présenté comme quelqu’un qui a ses entrées auprès de certains chefs d’État africains et autres princes du Golfe. C’est M. Mwamba qui se charge de trouver l’imprimerie pour la fabrication des faux billets. Il entre en contact avec Ciccone Caligraphica en Argentine avec la complicité d’un Saoudien du nom de Mohamed Ben Saâd Al Ajmi, qui se fait passer pour le chef de cabinet du directeur de l’agence monétaire bahreïnie (BMA). Ce dernier est muni d’un contrat officiel délivré par les autorités bahreïnies pour la production de la somme de 140 millions de dinars, en coupures de 20 dinars. Les autorités de Bahreïn diront plus tard que ce document est un faux et que le soi-disant directeur de cabinet de la BMA n’est qu’un escroc. En tout cas, la commande sera livrée par Ciccone en trois temps.
L’enquête n’a toujours pas permis de connaître les commanditaires et les cerveaux de cette grosse opération d’escroquerie. Le témoignage de Hicham Mandari aidera certainement à tirer cette affaire au clair. Professionnel de la magouille, ce dernier a sévi aussi au Maroc où il s’est signalé brusquement à l’opinion publique nationale et même internationale par une lettre ouverte à feu S.M le Roi Hassan II, publiée dans le Washington Post, du 6 juin 1999, où il menace de révéler des « informations compromettantes » sur la monarchie marocaine. Un coup de bluff. Ce maître-chanteur en rupture de ban se faisait passer pour un conseiller spécial du palais royal dans certaines sphères du pouvoir et dans des milieux bourgeois de Rabat pour pigeonner des personnalités et non des moindres.
En fuite depuis septembre 1997 -date à laquelle il a obtenu un visa américain- Mandari pensait que la bienveillance des autorités américaines était éternelle et qu’il ne serait jamais inquiété. Prenant goût à la vie de farniente en Floride avant d’être écroué deux ans plus tard, il a cru jusqu’à la dernière minute que les autorités américaines allaient lui accorder l’asile politique pour échapper à la justice. La France, une fois l’enquête terminée, procédera-t-elle, à son extradition au Maroc ? L’avocat français de l’accusé, William Bourdon, a expliqué à l’AFP que son client avait “accepté son extradition en raison de l’assurance donnée par la France qu’il ne serait pas extradé vers le Maroc“.

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