Marc Fawe : «Le non-refoulement des réfugiés est la plus grande avancée légale pour le Maroc»

Marc Fawe : «Le non-refoulement des réfugiés est la plus grande avancée légale pour le Maroc»

Les réfugiés et demandeurs d’asile au Maroc ont de grandes difficultés à rejoindre physiquement le HCR. N’envisagez-vous pas de décentraliser votre service?
Marc Fawe : La situation idéale serait bien évidemment d’avoir dans tous les points d’entrée sur le territoire un représentant du HCR qui veille à l’enregistrement des demandeurs d’asile. Cependant, nous sommes une équipe assez réduite et ceci ne peut pas se faire. Ce qu’on pourrait néanmoins envisager c’est d’avoir une sorte de point focal au sein des forces de l’ordre pour enregistrer ces personnes et les rediriger vers une institution centrale.

A quel niveau ça bloque? Et à quel degré l’Etat marocain honore-t-il ses engagements?
Difficile de dire. Plusieurs facteurs font que le Maroc tarde à mettre en place un arsenal adéquat pour la protection des réfugiés. C’est tout un processus législatif et institutionnel et ça demande du temps. Ça fait plus de 50 ans que le Maroc a ratifié la Convention de Genève, mais ce n’est que depuis 5 ans que le HCR est ici en discussion avec le gouvernement marocain. Il y a une partie du chemin qui a été faite pour protéger les réfugiés et leur permettre de construire leurs vies. Toutefois, il faut dire que le dossier des réfugiés n’est clairement la priorité ni du gouvernement précédent ni de l’actuel.

Le HCR délivre une carte censée protéger les réfugiés. A quoi sert-elle concrètement?
Pour les associations qui œuvrent pour la protection des demandeurs d’asile et migrants, la reconnaissance en tant que réfugié est tout de même un aboutissement des choses. Dans les circonstances actuelles, l’avantage majeur du détenteur de cette carte est le non-refoulement. C’est la plus grande avancée légale pour le Maroc qui applique et respecte ce principe à 100%. A côté de cela, le HCR a une série de partenariats avec des ONG pour offrir des services aux réfugiés. Nous travaillons en partenariat avec «Action Urgence», la Fondation Orient Occident, l’Association marocaine d’appui à la promotion de la petite entreprise (AMAPPE) et l’OMDH pour élaborer des programmes de formation et d’appui psychosocial des réfugiés, des microprojets générateurs de revenus et d’assistance juridique et médicale. 

Certains disent que le HCR ne fait qu’appliquer un diktat européen, en poussant le Maroc à construire un système d’asile. Qu’en pensez-vous?
On peut être considéré comme un instrument au service de la politique d’immigration de l’Union européenne qui préfère maintenir tous les étrangers dehors y compris les demandeurs d’asile. Je préfère dire que c’est le HCR qui utilise tous les moyens possibles y compris l’UE pour faire avancer le dossier des demandeurs d’asile au Maroc parce que ce dernier s’est engagé à accueillir un certain nombre de réfugiés en fonction de ses ressources. 729 réfugiés c’est très peu par rapport à ce qu’accueillent d’autres pays comme l’Iran, le Pakistan ou la Syrie qui ont des centaines de milliers de réfugiés. L’idée n’est pas de dire que le Maroc devrait en accueillir davantage mais il doit assurer des conditions de vie convenables à ceux vivant déjà sur son sol.

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