Mehdi Echafî : «Je suis désespéré mais je ne ferai pas marche arrière»

Mehdi Echafî : «Je suis désespéré mais je ne ferai pas marche arrière»

Entretien avec Mehdi Echafî, chirurgien pédiatre   

Au lendemain du verdict prononcé à son encontre par le tribunal de première instance de Tiznit, Aujourd’hui Le Maroc a pu rencontrer le jeune chirurgien Mehdi Echafî qui défraie la chronique depuis quelques semaines. A coup de vidéos et de déclarations diffusées sur les réseaux sociaux, le jeune médecin qui exerce à l’hôpital public de Tiznit s’est retrouvé au centre d’une polémique doublée d’un bras de fer avec sa hiérarchie.

Dans plusieurs de ses sorties, Docteur Mehdi Echafî, surnommé «le médecin des pauvres», dénonçait les dysfonctionnements au sein de l’hôpital où il exerçait. Il accusait également sa hiérarchie directe, la direction de l’hôpital, de ne pas le laisser accomplir correctement son travail et, disait-il, «de l’empêcher d’aider les enfants malades». Dans la foulée des événements, un procès lui a été intenté par le directeur de l’hôpital pour diffamation et injures en public. Le verdict est tombé cette semaine : le jeune chirurgien a été condamné à verser une amende de 30.000 DH. Interview.

ALM : Le tribunal de première instance vient de vous condamner à une amende de 30.000 DH pour diffamation et injures publiques. Quel commentaire faites-vous ?

Mehdi Echafî : Le jugement prononcé par le tribunal de première instance de Tiznit a porté sur des faits à l’encontre du directeur de l’hôpital provincial, notamment des délits de diffamation et injures publiques. On m’a déclaré coupable de l’avoir insulté alors qu’il n’y avait, en réalité, aucune insulte sur ma publication Facebook. Il s’agit d’une page personnelle et il est de mon droit de publier toutes informations et tous commentaires concernant mon entourage sans, bien entendu, porter atteinte ou préjudice à quiconque. Le directeur en question a estimé avoir été insulté. Et c’est ce que le tribunal semble avoir approuvé en me condamnant à verser une amende de 30.000 DH.

La condamnation vous paraît-elle juste ?

Je ne veux pas rentrer dans le débat juridique. Pour moi, le plus important c’est le débat sur les valeurs et les principes. J’ai dénoncé la corruption dans le secteur de la santé. J’ai tenté de soigner des enfants ici à Tiznit à l’hôpital public. Jai refusé de les envoyer faire des opérations dans des cliniques privées. On m’a privé des moyens pour travailler et pour soigner les jeunes malades mais je n’ai pas cédé. Mais visiblement, ce n’est pas ce qu’on attendait de moi. J’aurais dû adhérer moi aussi au système… En réalité, aujourd’hui, j’écope de cette amende parce que justement j’ai refusé de le faire.

Quelle a été la position du ministère vis-à-vis de cette affaire ?

Le ministère a malheureusement estimé qu’il s’agissait d’une affaire privée entre personnes, en l’occurrence entre le directeur de l’hôpital et moi-même.

On est tenté de croire, en effet, qu’il s’agit d’une affaire personnelle…

Pas du tout. Il ne s’agit pas d’une simple affaire privée ou d’un litige entre personnes.
Le ministre est informé. J’ai diffusé des vidéos personnelles où je dénonçais les pratiques mafieuses. Le ministre de la santé était au courant de tout cela quand il était venu inaugurer lui-même le service des urgences de Tiznit. Et je vous le réaffirme aujourd’hui encore : il y a des pratiques mafieuses avec des complicités au détriment de la santé des enfants malades.

Et quand bien même ce serait une affaire personnelle, du moment qu’il s’agit de deux fonctionnaires du ministère de la santé, le ministre, en tant que premier responsable du département, devait intervenir. Ceci est d’autant plus vrai que la délégation provinciale et la direction régionale de la santé sont concernées par cette affaire.

Vous avez précédemment annoncé avoir déposé votre démission. Mais le ministère l’a refusée…

J’en ai déjà parlé dans une de mes déclarations filmées. Je maintiens toujours ma décision de démissionner et je ne compte pas faire marche arrière. J’ai abouti à la conclusion que je n’avais plus rien à faire dans le secteur de la santé publique. Si un ministère n’arrive même pas à assumer ses responsabilités administratives, notamment pour défendre ses fonctionnaires, comment pourra-t-il régler les problèmes du citoyen ?

Comptez-vous toujours quitter le Maroc ?

Je n’ai jamais soulevé une telle idée. Je tente simplement de faire correctement mon travail de chirurgien pédiatrie et de venir en aide aux enfants démunis malades qui viennent à l’hôpital. Je ne peux pas du jour au lendemain laisser tomber ces enfants. Mais c’est un vrai dilemme. Vous avez d’un côté des patients qui ont grandement besoin de l’hôpital public et de l’autre un manque de moyens, d’équipements et de soutien.

Un dernier mot…?

En tant que jeune citoyen marocain, je suis malheureusement désespéré.

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