Meurtre dans un jardin

Juillet 2002, un brouhaha règne dans la salle de la Cour d’appel de Rabat au début de l’audience. Après qu’un agent a demandé le silence lors de l’arrivée de la Cour, les chuchotements reprennent dans l’assistance. «Que Dieu nous garde de Satan…Je ne sais pas si ce sont des garçons ou des filles», commente une vieille femme. «Ce sont des garçons qui ressemblent à des filles même dans leurs comportements et leurs gestes», lui explique une fille assise juste à côté. . D’autres spectateurs n’attendent qu’une chose : savoir ce qui s’est passé, et quelle condamnation les trois jeunes accusés vont avoir. Ce sont les membres de la famille et des amis du défunt qui se sentent souillés par toutes les rumeurs qui ont suivi la mort de Hassan. Des voisins du quartier ont en effet répété que le défunt était homosexuel, qu’il avait l’habitude de fréquenter les jeunes garçons. Certes, sa femme, ses deux enfants et ses parents ne croient pas à ces calomnies. «Il était d’une grande bonté et bon vivant, pieux, sympathique, je ne pourrai jamais concevoir cela», confiait souvent l’épouse à sa belle-mère, inquiète des médisances.
«Mais pourquoi a-t-il été tué par trois homos ?» s’interrogeaient les voisins. «Non, M. le président, Hassan n’était pas homosexuel. J’étais souvent avec lui car il était chauffeur d’un camion de la société de boissons gazeuses. Et moi j’étais son adjoint. Ses trois assassins m’ont malmené moi aussi mais j’ai réussi à m’enfuir », explique ce jour-là à la Cour l’ami et bras droit du défunt. Hassan, le chauffeur, et son adjoint rentraient de leur boulot, fatigués, quand ils sont passés par ce jardin de Rabat. Un jeune, Saïd, de belle allure, les appelle alors tout en s’approchant. Son ami, Samir, rejoint le trio pour se mêler à la conversation. Le chauffeur et son adjoint ralentissent le pas avant de se rendre compte que les deux jeunes sont en fait homosexuels. Ils reprennent donc leur chemin tandis que Saïd et Samir continuent de les suivre et de leur parler. Hassan et son ami accélèrent, préférant éviter les problèmes. Mais les deux hommes persistent. Que veulent-ils d’eux? Hassan et son adjoint ne comprennent rien. Surgit alors un troisième jeune, Najib, qui rejoint les deux autres. «Mais qu’est-ce que vous voulez ?», finit par leur demander Hassan, qui recule de quelques pas. «Je veux que tu couches avec moi», lui répond l’un des trois. Hassan rougit, recule une fois encore, reste bouche-bée et interpelle du regard son adjoint.
Samir, Saïd et Najib sont issus de trois quartiers différents de Salé et de Rabat. Leurs familles, au courant de leur homosexualité, ne savaient que faire. «On n’a pas choisi notre vie et nos comportements», confiait l’un d’eux à sa mère quand elle le lui reprochait. Leur homosexualité a d’ailleurs été la raison de la rencontre de ces trois jeunes qui ont fini par se voir régulièrement. Samir, Saïd et Najib ont tous les trois fini par basculer dans la prostitution masculine. Ils ont commencé à avoir des clients, à les accompagner chez eux . Ils racolaient à tour de rôle.
Ce printemps-là, les trois garçons se sont retrouvés dans leur jardin habituel en quête d’un client. Personne. «Qu’est-ce qu’on va faire ? on a besoin d’argent», s’est demandé l’un d’eux. Le plus jeune, Saïd, lui a répondu qu’il fallait se procurer de l’argent par n’importe quel moyen, et s’est mis à racoler les quelques personnes qui se promenaient dans le jardin. Quand il a vu Hassan et son adjoint, Saïd a donc essayé de racoler un nouveau client. Il a même provoqué les deux hommes qui ont tenté de garder leur calme. Mais Saïd et ses deux amis ne pensaient qu’à l’argent. Ils se sont avancés vers Hassan et son adjoint et ont tenté de les immobiliser. En vain. Samir brandit alors un couteau, a commencé à menacer Hassan et son ami. Ce dernier a été blessé au visage. Hassan est intervenu pour le défendre et son adjoint a réussi à prendre la fuite. Hassan s’est retrouvé seul entre les mains des trois jeunes qui ont commencé à lui asséner des coups de poing et de pied et à lui donner des coups de couteaux. Ils ne l’ont relâché qu’une fois le corps sans âme. Et l’argent ? Ils n’ont trouvé que quelques pièces de monnaie. Samir, Saïd et Najib n’ont pas trouvé la moindre raison de se disculper. La Cour les a condamnés à 25 ans de réclusion chacun. Des années de détention qui ne valent en rien la vie de ce père de famille.

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