Migration : Rabat, terre des Hommes

Migration : Rabat, terre des Hommes

La conférence euro-africaine sur la migration et le développement a ouvert ses travaux, lundi 10 juillet 2006 à Rabat, par une série d’interventions de représentants des pays participants et qui sont directement touchés par le phénomène de l’immigration pour leur statut de pays émetteurs, de transit ou d’accueil. Pour l’Europe, la France et l’Espagne disent opter pour une immigration contrôlée, mais qui soit en même temps profitable à tout le monde. Les représentants de la France poussent les choses jusqu’à parler d’"immigration concertée". Ces options trouvent preneurs chez les représentants de plusieurs pays africains qui parlent pour leur part de la nécessité de contrer la fuite des cerveaux et même du retour des compétences pouvant aider au développement de leurs pays d’origine.
La conférence de Rabat a été l’occasion pour Nicolas Sarkozy, ministre français de l’Intérieur, de s’expliquer sur l’"immigration choisie" affirmant que son approche a été "mal comprise ou caricaturée". Pour M. Sarkozy, «l’immigration "doit être choisie par le pays de destination comme par le pays d’origine» comme il l’a rappelé devant les participants à cette conférence ministérielle. Pour lui, il n’a jamais été question d’organiser une sélection unilatérale des migrants sur la base de leurs diplômes. «L’immigration doit résulter d’un accord de volonté entre le pays de départ et le pays d’arrivée», a-t-il souligné.
Selon le ministre français de l’Intérieur, «l’immigration clandestine est une atteinte à l’ordre public des Etats européens et à la stabilité de leur pacte social», ajoutant que la situation, aujourd’hui en europe, est devenue "intenable".
Comme prévu, le volet sécuritaire est très présent à la conférence de Rabat, une première dans le genre. Plusieurs intervenants, tout en affirmant que cette approche à elle seule n’était pas suffisante, ont appelé à renforcer les mesures sécuritaires et le contrôle des frontières pour, encore une fois, que l’immigration soit profitable à tous les pays. La France et l’Espagne, entre autres, ont notamment appelé à renforcer la lutte contre les filières et les réseaux mafieux de l’immigration clandestine qui ont fait du désespoir de larges franges des populations subsahariennes un véritable commerce. Le Maroc, par la voix de son ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, affirme privilégier une approche "positive et dynamique de la migration", mais aussi une vision globale qui pourrait déboucher sur une adéquation entre les besoins de l’Afrique et de l’Europe en matière d’emploi.
Le chef de la diplomatie marocaine affirme que le Royaume opte pour une vision pragmatique et une responsabilité partagée entre tous les pays concernés. Pour le Maroc, pays organisateur et hôte de cette conférence, il est temps d’agir directement sur les causes profondes du phénomène de l’immigration clandestine pour en éviter les fâcheuses conséquences pour les deux continents. La conférence ministérielle euro-africaine sur la migration et le développement devra clôturer aujourd’hui ses travaux ce mardi avec l’adoption de la "Déclaration de Rabat" et qui devra retracer, selon plusieurs sources, les aspects d’une nouvelle approche, globale et innovante, de l’immigration et du co-développement. Les critiques à l’encontre de cette conférence ne manquent pas. Dans un appel conjoint, la FIDH (Fédération internationale des droits de l’Homme), la Plate-forme Euromed et le Réseau euro-méditerranéen des droits de l’Homme s’insurgent contre l’absence de l’asile de l’agenda de cette conférence. Mais aussi du fait que seulement 10 des 57 pays participant aient ratifié la Convention internationale sur la protection des droits de tous les migrants et des membres de leurs familles. Les trois associations s’élèvent aussi contre ce qu’elles appellent une "mise à l’écart" de la société civile des travaux de cette conférence.


 CADRAGE

La conférence euro-africaine sur la migration et le développement qui se tient à Rabat est en soi une excellente initiative. Mais il faut aller au-delà des clichés et des idées convenues pour apporter une réponse efficace au problème de l’émigration clandestine. Certes, la dimension sécuritaire, en termes de contrôle accru des frontières, souvent perméables, et de coopération entre les pays émetteurs, de transit et d’accueil, est nécessaire pour réduire l’ampleur du fléau. Mais il serait illusoire de prétendre en finir avec ce dernier par la mise en place d’un dispositif répressif fut-il draconien. Rien ni personne ne peut empêcher un être humain à la recherche d’un avenir meilleur de se déplacer vers sous d’autres cieux plus cléments. Il est naturel de fuir l’enfer sur terre pour ce qui est considéré comme un Eldorado. Submergée par des flots incessants de clandestins désespérés alors même qu’elle a tout tenté pour devenir une forteresse imprenable, l’Europe est en train de l’apprendre à ses dépens. Elle cherche aujourd’hui une solution pour sortir du bourbier.     
À y regarder de plus près, tout le monde est d’accord sur un fait :  l’émigration n’est soluble que dans le développement. Mais comment? Là est toute la question. À supposer même que les nations riches accordent une aide conséquente dans ce sens, les  États africains, principaux “fabricants“ des candidats au départ, n’ont pas les moyens de l’utiliser à bon escient car ils manquent de l’essentiel : la bonne gouvernance et la stabilité politique. Comment des régimes corrompus et non démocratiques -souvent installés avec la bénédiction de l’ancien colonisateur- qui ont pris l’habitude de livrer leurs populations civiles à la guerre et à la misère, peuvent-ils devenir de véritables acteurs de développement et de progrès ? Cette question de fond, sauf à faire preuve d’hypocrisie, ne saurait évidemment être résolue par un simple déblocage de fonds.

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