Miguel Angel Moratinos : «Ce qu’a fait le Maroc, c’est prendre le taureau par les cornes»

Miguel Angel Moratinos : «Ce qu’a fait le Maroc, c’est
prendre le taureau par les cornes»


ALM : Quelle lecture faites-vous de la nouvelle Constitution ?
Miguel Angel Moratinos : Je fais une lecture très positive de l’initiative concrète prise par SM le Roi Mohammed VI compte tenu du contenu de la Constitution et la réponse que le gouvernement et le peuple marocain a donné à cette Constitution. Le Maroc est une grande nation avec une histoire très riche, il y a toujours eu des points d’inflexion, des rendez-vous historiques. Cette réforme constitutionnelle marque une nouvelle étape. Evidemment chaque nation, chaque pays a sa propre histoire, son contexte social, historique, culturel, religieux. La Commission consultative pour la réforme de la Constitution qui a rédigé le projet de Constitution était consciente de ces enjeux. Chacun peut interpréter à sa façon cette nouvelle Constitution. Si on traverse l’autre rive de la Méditerranée, les analystes et les hommes politiques diront que cette réforme constitutionnelle n’est pas suffisante. Mais la réponse a été donnée par le peuple marocain qui a voté massivement en faveur de cette Constitution. Les Marocains ont répondu «Oui» avec un taux de participation au référendum qui a dépassé les 98%. Avec cette nouvelle Constitution, le Souverain a élevé le peuple marocain et le gouvernement à un niveau supérieur à celui qui existait auparavant. C’est un nouveau chapitre dans l’histoire du Maroc. Maintenant, c’est au futur gouvernement de s’engager dans cette nouvelle dynamique.

Pensez-vous que le Maroc avec ces nouvelles réformes constitutionnelles constitue un modèle à suivre dans le monde arabe ?
Chaque pays prend note des réalisations effectuées dans les pays voisins. Ce qu’a fait le Maroc, c’est prendre le taureau par les cornes, c’est-à-dire qu’il a agi avec détermination. SM le Roi a fait un pas en avant. Je pense que cette réforme constitutionnelle peut servir de modèle. Pourquoi attendre si l’on sait d’ores et déjà qu’il y a un processus de changement, de démocratisation, de modernité politique. Avec le printemps arabe, plusieurs pays ont du mal à avancer dans leur changement politique et social.

Le Maroc et l’Espagne ont célébré le 4 juillet dernier le 20ème anniversaire de la signature du traité d’amitié, de coopération et de bon voisinage. Vingt ans après, où en sont les relations entre les deux pays ?
Je tiens à mentionner que j’ai rédigé une dizaine d’articles de ce traité à l’hôtel Hilton à Rabat en 1991. J’étais à l’époque sous directeur général pour l’Afrique du Nord. Je garde de ces négociations un très bon souvenir. Je suis fier de ce traité. Vous savez dans les relations entre le Maroc et l’Espagne, il y a toujours eu des hauts et des bas. L’histoire nous a montré que les relations étaient parfois compliquées. Quand j’étais ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, il y a eu des périodes de tension entre les deux pays. Aujourd’hui on peut dire que les relations entre le Maroc et l’Espagne sont au beau fixe. On a consolidé l’amitié, la coopération, le voisinage. Et on peut dire avec beaucoup de fierté que le traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération se porte bien. Ce traité a marqué la direction de notre futur commun.

Par rapport à la question du Sahara, où en sont les choses actuellement ? Et selon vous, quelles seraient les perspectives pour l’avenir ?
La bonne nouvelle c’est que les deux parties se parlent. Il est important de relever cette volonté de dialogue. Il y a eu plusieurs réunions informelles visant à trouver une solution politique à ce conflit. Comme il a été signalé lors du Conseil de sécurité au mois d’avril 2011, il est question de parvenir à une solution politique mutuellement acceptable qui prévoit l’autodétermination du peuple du Sahara. Nous sommes dans un contexte de changement dans toute la région, les peuples veulent travailler ensemble, s’intégrer et aspirent à un Maghreb unifié, chose qui ne peut pas se faire en raison du conflit du Sahara. La jeunesse marocaine et algérienne veut une nouvelle unité maghrébine. Ce conflit a duré trop longtemps. Il faut trouver une solution au plus vite. J’espère que les parties vont être assez mûres et assez engagées pour parvenir à un accord.

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