Mohamed Essaïd Benkiran : «Le ministère de l’Éducation nationale met la dimension environnementale en bonne place»

Mohamed Essaïd Benkiran : «Le ministère de l’Éducation nationale met la dimension environnementale en bonne place»


ALM : Que pensez-vous du Programme d’urgence 2009-2012 ?
Mohamed Essaïd Benkiran: Le système d’éducation et de formation est la pierre angulaire d’une société juste, productive et solidaire. Les avantages que tire la société de son système éducatif ne se limitent pas seulement à la qualification professionnelle et à la socialisation, mais englobent aussi l’épanouissement des individus : formation d’un citoyen autonome, responsable et compétent qui contribue de façon active au devenir de son pays. En effet, les progrès dans le secteur de l’éducation et de la formation conditionnent les progrès dans tous les autres secteurs. Conscient de ces enjeux, le ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur, de la Formation des cadres et de la Recherche scientifique a élaboré un Programme d’urgence ambitieux et innovant. Ce programme s’organise autour d’un principe directeur fort qui en constitue la pierre angulaire et témoigne d’une approche à la fois novatrice et pragmatique «Placer l’apprenant au coeur du système d’éducation et de formation et mettre les autres piliers à son service» et ce à travers des apprentissages recentrés sur les connaissances de base permettant de favoriser l’épanouissement de l’élève. Les enseignants travaillant dans des conditions optimales et maîtrisant les méthodes et les outils pédagogiques nécessaires, des établissements de qualité offrant à l’élève un environnement de travail propice à l’apprentissage. De fait, le Programme d’urgence 2009-2012 traduit concrètement la volonté solide et la vision ambitieuse du ministère de gagner le défi de «L’école de la réussite», une école qui enseigne et éduque, et qui prépare tous les bénéficiaires à une intégration sociale et professionnelle.

Le Programme d’urgence tient compte de la dimension environnementale dans la construction des établissements scolaires. Qu’est-ce qui explique cet intérêt pour le respect de l’environnement ?
En effet, la construction de nouveaux établissements scolaires et la mise à niveau des établissements existants sont des préoccupations importantes du Programme d’urgence 2009-2012. A l’instar des autres préoccupations, ce volet du Programme d’urgence a été analysé avec la même pertinence et un nouveau guide de conception des établissements scolaires a été élaboré par le ministère. Celui-ci est basé sur les connaissances et les documents les plus actuels en la matière, notamment les études concernant les normes scolaires faites par l’Unesco, l’analyse et la synthèse de documents et ouvrages concernant la construction scolaire faites par l’Unesco et par l’IIPE, ainsi que les directives concernant l’intégration des handicapés et la prise en compte de la dimension environnementale dans la construction, entre autres. La prise en compte de la dimension environnementale dans la construction est aujourd’hui largement convenue dans ce programme novateur, le ministère la met en bonne place pour la conception des établissements scolaires. Elle a pour objectif de maîtriser les impacts des bâtiments sur l’environnement extérieur : relations des bâtiments avec leur environnement immédiat, chantiers à faibles nuisances, gestion de l’énergie, gestion de l’eau, gestion des déchets, gestion de l’entretien et de la maintenance, confort hygrothermique, acoustique, visuel et olfactif, qualité sanitaire des espaces, de l’air et de l’eau…

Combien d’établissements sont concernés ? Et quel est le montant alloué à ce vaste projet ?
Le Programme d’urgence 2009-2012 comprend la construction de plus de 1000 établissements scolaires, comprenant des écoles primaires, des collèges et des lycées. Je ne connais pas le budget alloué à l’opération, cependant, je l’estime à plus de 15 milliards de dirhams.
La gestion d’une partie de ces projets a été confiée aux Académies régionales. Près de 600 projets de construction d’établissements scolaires sont gérés au niveau central et ont fait l’objet d’un appel à candidature des architectes organisés en groupements de 5 cabinets ou plus. Il est à noter que cette initiative du ministère est une première au Maroc à laquelle plus de 150 groupements d’architectes ont répondu (plus de 850 cabinets concernés).

Qu’en est–il de l’architecture et des matériaux qui sont utilisés pour la construction de ces écoles ?
Les principes généraux pour la conception des établissements scolaires qui ont été clairement énoncés aux architectes sont : fonctionnalité, rationalisation et flexibilité des espaces, intégration des normes de confort, d’hygiène et de sécurité. A ceci s’ajoutent l’accessibilité des handicapés aux espaces extérieurs, aux bâtiments et aux locaux, l’utilisation de techniques et de matériaux de construction adaptés, permettant une solidité et une durabilité des bâtiments, un entretien facile et peu coûteux, la simplicité de mise en œuvre et l’utilisation de matériaux et de main-d’œuvre locale. La qualité architecturale met l’accent sur l’intégration à l’environnement naturel et au bâti de la région ou de la localité concernée, la création d’une ambiance agréable au sein de l’établissement, la contribution à la formation des élèves à l’apprentissage du goût, de l’esthétique et de la sensibilité.

Pensez-vous que l’avenir du système scolaire est écologique?
La question de l’écologie à l’école concerne bien sûr la pédagogie mais aussi les aspects liés à l’environnement dans et vers l’école: qualité des bâtiments, matériel, produits d’entretien, alimentation, mode de transport, etc. Le manque d’influence que nous pensons pouvoir avoir sur ces questions peut nous faire douter de notre capacité à agir. Pourtant, des pistes et des solutions existent pour sinon régler la question, du moins initier des changements. Le Programme international d’éducation à l’environnement et au développement durable (EEDD), Eco-École est un label, décerné aux écoles élémentaires, collèges et lycées qui s’engagent vers un fonctionnement éco-responsable et intègrent l’EEDD dans les enseignements. Dans les établissements volontaires, les élèves, les enseignants, la direction et les personnels travaillent successivement sur six thèmes prioritaires : l’alimentation, la biodiversité, les déchets, l’eau, l’énergie et les solidarités. En partenariat avec des élus locaux, des associations locales et des parents d’élèves notamment, les établissements scolaires diagnostiquent leur lieu de vie en relation avec la thématique choisie, et l’améliorent progressivement en se basant sur le plan d’action qu’ils élaborent. Les enseignants disposent avec Eco-École d’un contenu et de supports pédagogiques approfondis, qui leur permettent de traiter des thèmes pluridisciplinaires, au carrefour de la citoyenneté et de l’environnement. L’amélioration progressive de la gestion environnementale du bâtiment scolaire et la mise en place des actions de solidarité font de l’école un véritable lieu d’expérimentation du développement durable. En prise avec les enjeux de notre temps, en lien avec les dynamiques et les acteurs engagés de leur territoire, ces projets fédèrent et mobilisent à l’intérieur et autour de l’établissement.Tous les partenaires impliqués dans la démarche bénéficient ainsi de retombées en terme d’éducation à l’éco-citoyenneté, d’image, grâce à une démarche environnementale de progrès, d’économie de ressources, grâce au travail accompli pour améliorer les bâtiments, de développement local. L’Eco-Ecole a plusieurs objectifs. Il s’agit de permettre aux enseignants d’intégrer l’éducation à l’environnement vers un développement durable dans leurs cours, en établissant des liens avec les matières qu’ils enseignent. Il est aussi question de sensibiliser les élèves aux enjeux du développement durable, en commençant par les thèmes de l’alimentation, de la biodiversité, de l’eau, des déchets, de l’énergie et des solidarités, tels qu’ils se posent dans leur environnement de proximité, dans ce lieu de vie qu’est l’établissement scolaire. L’Eco-Ecole vise à rendre les élèves conscients de l’impact de leurs comportements sur l’environnement et favorise ainsi l’éducation à la citoyenneté.

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