Mohamed Hafid, l’homme qui a osé

Au lendemain des législatives du 14 novembre 1997, Mohamed Hafid, militant de la jeunesse Ittihadia de l’USFP, jetait un énorme pavé dans la marre, dénonçant sa propre élection en tant que député de la circonscription de sidi Othmane de Casablanca. Fait sans précédent. Le bouillonnant jeune homme, qui allait par la suite présider aux destinées de la jeunesse du parti du Premier ministre, dénonce les truquages qui l’ont porté à la députation, laquelle fonction devait normalement revenir à son concurrent, un candidat islamiste. Il démissionne, puis soumet un recours au Conseil constitutionnel qui statuera au bout de deux années et demie, confirmant l’irrégularité des élections dans la circonscription en question. Ces dernières sont annulées, une nouvelle consultation est organisée à laquelle Mohamed Hafid s’abstient de présenter sa candidature.
Allant jusqu’au bout de sa logique, cet universitaire qui prépare une thèse de doctorat en linguistique, décide de porter plainte devant la justice pour falsification de résultats, affaire toujours en cours et dans le cadre de laquelle il a été entendu au mois de Ramadan. L’ensemble de l’initiative fut qualifié par beaucoup sur le moment de «hara-kiri» politique. Pas si mortel que cela, du moins pour Mohamed Hafid qui, dit-on, reçut par la suite les félicitations du Premier secrétaire de l’USFP, à travers un jeu de mots, comme sait les tourner le Premier ministre, qui fit le tour des directions des partis. D’autres s’y essaieront et s ‘y brûleront les doigts.
Mohamed Hafid, sans avoir jamais été loin des sphères politiques, venait d’inaugurer par un monumental coup d’éclat, sa vie politique publique. Le jeune responsable, qui fêtera en janvier prochain sa 35-eme année, a déjà 18 années de carrière politique au compteur. Ses débuts, il les fera en 1984 au sein de la section de Sidi Othmane de la jeunesse Ittihadia. Il sera secrétaire de la section de Sidi Othmane, puis secrétaire régional de Casablanca, puis membre de la commission nationale des sections des étudiants. Parallèlement, il participe en 1993, au côté notamment de son prédécesseur à la tête de la Chabiba, Mohamed Sassi, à la fondation d’Anachra, le bulletin de la jeunesse Ittihadia. Là encore, le cheminement est des plus constants.
Coutumier des arcanes médiatiques de l’USFP, où son père avait longtemps été employé à l’imprimerie du parti, Mohamed Hafid devient secrétaire de rédaction, puis rédacteur en chef et finit directeur de publication d’Anachra après son élection à la tête de l’organisation de la jeunesse du parti à l’issue du congrès de septembre 1998.
Ce fut un véritable plébiscite de celui que l’on n’a pas hésité à qualifier de « clone » de son dérangeant prédécesseur, Mohamed Sassi. Ne serait-ce que sur le plan de l’intransigeance, Mohamed Hafid aura maintenu à la Chabiba Ittihadia le même cap, en rupture avec les tentatives dirigeantes de tel ou tel courant. Avec «les organes et non les personnes» issus d’élections dénoncées en leur temps. Avec toute tentative de contredire le principe de base cher au secrétaire général : «la Chabiba Ittihadia appartient à toutes les composantes de l’USFP, sans être l’apanage d’aucune d’elles».

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