Mohamed Talib : «La décision du Polisario de suspendre les négociations est maladroite»

Mohamed Talib : «La décision du Polisario de suspendre les négociations est maladroite»

ALM : Le représentant du Polisario auprès de la Minurso, Mohamed Khaddad, vient de déclarer dans une interview au quotidien espagnol El Pais l’intention du front de suspendre unilatéralement les négociations sur le Sahara. Quelle lecture faites-vous de cette déclaration ?
Mohamed Talib : Cette déclaration reflète, d’une manière qui ne laisse aucune place au doute, l’état de cafouillage que vit la direction du Polisario après les conclusions de l’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU, Peter van Walsum. Le diplomate néerlandais, faut-il le rappeler, avait qualifié d’ «irréaliste et d’irréalisable» l’option de «l’indépendance», et clairement défendu l’offre marocaine d’octroyer un statut d’autonomie aux provinces sahariennes. Ces conclusions onusiennes, pertinentes et audacieuses, avaient été accueillies très favorablement par la majorité écrasante des pays membres du Conseil de sécurité, avec à leur tête les Etats-Unis. Le président américain, George Walker Bush, a ouvertement exprimé dans une récente lettre à SM le Roi Mohammed VI le soutien de son pays à la proposition marocaine, en rejetant la thèse des séparatistes. La sortie de l’ambassadeur US Robert S. Ford, lors d’une conférence de presse lundi dernier, à Alger, en a rajouté à la confusion de la direction du Polisario, surtout quand le diplomate américain a réaffirmé l’impossibilité de la thèse séparatiste. C’est dans ce contexte favorable à l’offre marocaine qu’intervient la gesticulation (encore une !) du Polisario, qui vient de commettre une grave maladresse. Ce dernier, aujourd’hui plus que tout autre temps isolé sur la scène internationale, ne trouve plus aucun autre moyen pour continuer de fuir en avant, alors il décide, de manière unilatérale, et donc irresponsable, de suspendre les négociations.

Que cherche finalement le Polisario par sa décision de suspendre ces négociations ?
C’est une nouvelle manoeuvre de la part de ce front pour se dérober aux engagements qu’il a pris, avec son parrain l’Algérie. C’est ce qui montre, à qui veut bien voir, que ce front n’était pas sérieux quand il prétendait qu’il était prédisposé à contribuer au règlement du conflit par la voie des négociations. Son intention de ne pas reprendre le chemin de Manhasset s’inscrit en porte-à-faux avec sa profession de foi pacifiste claironnée sur tous les toits. Maintenant, l’unilatéralisme du Polisario ne fait que renforcer davantage son isolement sur la scène internationale et régionale, d’autant plus que le Maroc a fait de nombreuses concessions dans sa tentative sincère et sérieuse de tourner la page du conflit. La communauté internationale est appelée à assumer ses responsabilités face à la tension que cherche à susciter le Polisario à la frontière avec le Maroc, précisément dans la zone marocaine démilitarisée de Tifariti. Face aux dérobades polisariennes qui sont légion, le Conseil de sécurité qui est convaincu du bien-fondé et de la pertinence de l’offre marocaine doit maintenant imposer l’initiative d’autonomie puisqu’elle s’est avérée la seule alternative à un conflit qui a causé autant de drames inutiles.

La suspension des négociations ouvre-t-elle la voie à la reprise des hostilités de la part du Polisario ?
Le Maroc ne veut pas d’une guerre avec le Polisario, mais il ne la craint pas non plus. Notre pays sait que, de l’autre côté de la frontière, à Tindouf, il y a des civils sahraouis marocains séquestrés. Le mieux pour notre pays est de poursuivre son offensive diplomatique avec la même détermination, la même hargne et la même rage de vaincre pacifiquement. D’autant plus que les droits de l’Homme dans les camps de Tindouf subissent les pires violations. Nous avons non seulement le devoir mais l’obligation de penser en tant que Marocains à nos concitoyens sahraouis en proie aux pires infamies dans les camps de la honte.

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