Mohamed Yatim : «Les parents ont une fausse conception de l’éducation sexuelle»

ALM : Quelle définition peut-on donner à l’éducation sexuelle ?
Mohamed Yatim : L’éducation sexuelle est l’une des composantes de l’éducation au sens large du terme. Au même titre que l’esprit qui a besoin de l’éducation intellectuelle, morale et sentimentale, le corps a aussi besoin d’une éducation, et l’éducation sexuelle en fait partie. De mon point de vue, l’éducation sexuelle peut être définie comme étant la connaissance scientifique des fonctions des organes génitaux, leur constitution ainsi que leur rôle physiologique. Aussi la connaissance des risques et des infections sexuellement transmissibles et les moyens pour les prévenir. Parmi les fondamentaux que les théologiens musulmans ont fixés, il y a la préservation de la procréation et de l’intégrité. Et puisque la préservation de la procréation passe par la préservation des organes génitaux des maladies et des risques ainsi que par la préservation des fonctions normales de ces organes, l’éducation sexuelle est indispensable parce qu’elle permet à l’individu de connaître les moyens et méthodes de prévention et de préservation. La connaissance est le premier niveau. Il y a un deuxième niveau qui est celui du comportement et des mœurs. Un troisième niveau qui se rapporte aux capacités sexuelles. Enfin, on cite un quatrième niveau concernant l’attitude à adopter dans la vie sexuelle. Il y a donc plusieurs niveaux, et chaque niveau doit correspondre à un âge défini.

Le PJD a toujours appelé à l’introduction de l’éducation sexuelle dans le cursus scolaire. Comment doit se faire l’enseignement de l’éducation sexuelle?
Le terme éducation sexuelle est un terme large. Il s’agit d’une notion qui nécessite d’être traitée graduellement. Traiter cette notion de manière graduelle signifie qu’il faut prendre en compte l’âge intellectuel, sentimental et physiologique de l’individu dans l’éducation sexuelle. Pour des notions scientifiques dans des matières comme les mathématiques, la physique ou encore les sciences sociales, on applique la méthode graduelle. Certaines notions en mathématiques peuvent être inculqués à travers des illustrations et des exemples concrets, comme elles peuvent être inculqués selon une approche purement théorique. On peut retenir la même méthode pour ce qui est de l’éducation sexuelle. L’enfant, lorsqu’il est tout petit n’a pas conscience et ne peut imaginer les dimensions de l’acte sexuel. Il peut toutefois comprendre les spécificités et les fonctions de l’appareil génital et ce qui diffère les deux sexes. Dans la phase de la puberté, l’enfant vit quelques changements. Durant l’adolescence, l’éducation sexuelle revêt une autre forme. Même, lorsque l’individu devient adulte et atteint une certaine maturité et se prépare à la vie conjugale, l’éducation sexuelle reste nécessaire. En ce qui concerne les cours d’éducation sexuelle, et bien comme tous les autres cours, il faut qu’ils soient régis par les règles pédagogiques et les méthodes d’enseignement efficaces basées sur l’observation et la conclusion, mais qui respectent l’âge de l’élève. Les nouvelles technologies de l’information sont d’une grande utilité dans ce domaine. Il faut noter, par ailleurs, que l’enfant dans le milieu rural, a la possibilité d’observer les relations sexuelles chez les animaux, qui lui donnent une idée sur la sexualité.

Sur quoi il faut insister dans les cours et doivent-ils être enseignés dans des classes mixtes ou non ?
Il importe de souligner qu’il y a des spécificités en matière d’éducation sexuelle, pour les garçons et les filles. Mais il y a des points communs pour les garçons et les filles, notamment les maladies qui peuvent affecter l’appareil génital. Dans le Coran et la Sunna, il y a des consignes qui touchent la vie sexuelle qui sont destinés aux hommes et aux femmes. La Sunna fait référence aux réunions que le prophète tenait avec les femmes, durant lesquelles ces dernières l’interrogeaient sur des points qui concernent l’intimité des femmes. Et aussi bien dans le Coran que dans la Sunna, il y a des consignes sur la propreté, la bonne conduite entre époux, les règles de la vie sexuelle dans la relation conjugale, etc. Je crois qu’en ce qui concerne les fonctions des organes génitaux, il n’y a aucun problème à assurer les cours dans des classes mixtes. Mais, lorsque le cours s’articule autour de l’intimité sexuelle, les spécificités de chacun des deux sexes et l’éducation qui a pour objectif de préparer l’individu à la vie conjugale, il devient nécessaire que ces cours se fassent dans des classes non mixtes. Pour ce qui est du nombre de séances d’éducation sexuelle par semaine, je crois que la question ne se pose pas. Nous considérons que l’éducation sexuelle ne doit pas se faire dans le cadre de séances à part, mais doit être intégrée dans les sciences naturelles, l’instruction islamique, la littérature. Bref, toute matière pouvant contenir des cours d’éducation sexuelle.

Comment peut-on convaincre les parents de l’importance de l’éducation sexuelle ?
Le problème c’est qu’il y a des parents qui ont une fausse conception de la notion de l’éducation sexuelle. Pour eux, l’éducation sexuelle est la voie vers la déviance et les relations sexuelles illégitimes. Ces parents ignorent l’importance de l’éducation sexuelle. En fait, ces parents sont victimes des points de vue de certains, qui veulent que l’éducation sexuelle soit un moyen pour éliminer les tabous. L’éducation sexuelle a figuré dans les cours de sciences naturelles et d’instruction islamique, sauf que ces cours ne prenaient pas en considération la spécificité de chaque phase de la vie de l’élève et en particulier l’adolescence. Et dans l’enseignement secondaire et supérieur, il n’y a pas de cours ou de formation qui a pour objet le volet sexuel dans la vie conjugale. Les parents ne s’occupent pas de la transmission des connaissances en matière de sexualité. Et il faut dire que les médias et les sites Web spécialisés remplacent les parents dans ce domaine.

Qu’en est-il de la formation des enseignants dans ce domaine ?
Il faut une mise à niveau de la formation des enseignants pour qu’ils soient aptes à traiter l’éducation sexuelle de manière idéale. Il est temps par ailleurs que les spécialistes de l’éducation se concentrent sur l’élaboration des méthodes pédagogiques qui fixent tous les volets et les aspects de l’éducation sexuelle et ses objectifs pour chaque phase, pour que cette question sorte du domaine de l’idéologique et des tabous et reste scientifique et didactique.

L’éducation pour les pairs à l’école
Au Maroc, plus de 60% de la population atteinte du VHI sont des jeunes de 15 à 35 ans. Selon l’association ALCS, les jeunes étant les plus actifs sexuellement représentent le lit de l’épidémie du sida. Ainsi plusieurs moyens de prévention et d’éducation sexuelles sont destinés au jeunes à l’école, en plus des Compagnes de sensibilisations, des programmes d’éducation pour les pairs . D’après l’Unicef, plusieurs d’écoles dans le monde offrent une opportunité d’apprentissage unique à leurs élèves. Elles les mettent dans le rôle d’éducateurs et leur confient la tâche essentielle de prévenir le VIH auprès de leurs camarades de classe. Les éducateurs pour les pairs ont des moyens de communiquer et de comprendre qui ne seront jamais accessibles aux adultes les mieux intentionnés, et peuvent servir de modèles. Il faut noter que l’éducation pour les pairs ne se limite pas exclusivement aux programmes basés sur l’école, mais a été utilisée dans un grand nombre de contextes auprès de populations très diverses, y compris des jeunes des rues, des ouvriers d’usine, des travailleurs sexuels, des consommateurs de drogue et des détenus. n

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