«Mon fils n’est pas un cyber-criminel»

«Mon fils n’est pas un cyber-criminel»

ALM : Vous venez de faire appel du verdict de votre fils condamné à deux ans de prison pour un acte de cyber-criminalité. Pensez-vous que ce verdict est sévère ?
Mohamed Sebbar : Ce verdict est très sévère. Il n’a pris en considération ni l’âge de mon fils, qui était à son dix-septième printemps, ni son casier judiciaire vierge et encore moins son comportement irréprochable à l’égard de son entourage. A la prison de Salé, mon fils jouit d’une grande estime. Tout le monde, y compris les employés, peut en témoigner. Inoffensif, mon fils ne ferait pas de mal à une mouche. Ses professeurs peuvent également témoigner du sérieux et des bons résultats qu’il a réalisés. Arrêté le 25 août 2005, Farid m’a dit : « Papa, on ne va quand même pas m’empêcher de passer mon baccalauréat ». Il a réussi. Jusqu’au-boutiste, il s’inscrit cette année à la Faculté des sciences économiques de Salé. 

Votre fils est accusé d’avoir conçu avec son complice turc les virus « Zotob », « Rbot » et « Mytob », à l’origine de la paralysie de milliers d’ordinateurs à travers le monde et surtout aux Etats-Unis.  Savait-il que ces faits sont répressibles par la loi ?
Jusqu’à ce moment, il n’y a aucune preuve matérielle impliquant mon fils dans les faits qui lui sont reprochés. Mon fils est un passionné des dessins animés. Depuis sa plus tendre enfance, il caressait l’espoir de monter ses propres films d’animation. Il a eu recours à Internet parce que cela devait lui permettre d’acquérir les moyens techniques pour réaliser son rêve d’adolescent. Il n’a jamais eu l’intention de saboter quoi que ce soit. Et son acte est loin d’être prémédité.

Etiez-vous au courant des activités de votre fils avant son arrestation ?
Cela fait dix ans que j’ai un ordinateur à la maison. C’était le moyen pour mon fils de combler sa passion pour les jeux vidéo. Après l’arrivée de l’Internet, il a eu droit à de nouvelles possibilités. Grâce à ce dernier, il a pu assouvir sa soif de communication. C’est par ce biais qu’il est entré en contact avec un cybernaute d’origine turque. Je vous assure que mon fils n’a jamais vu ni rencontré ce dernier, sinon via le tchat. Cela peut arriver à n’importe qui de nouer des contacts avec des cybernautes d’autres nationalités. Je ne comprends pas pourquoi on a voulu présenter ce rapport virtuel comme une preuve de complicité supposée pour soi-disant saboter des systèmes informatiques.

Pourtant, votre fils a revendiqué son acte sur Internet en se donnant le pseudonyme « El-Diablo» et en publiant une photo où son visage était à moitié masqué. Pourquoi l’a-t-il fait ?
Comme tout adolescent, mon fils avait besoin d’affirmation de soi et de reconnaissance. Loin de lui était l’idée de nuire à qui que ce soit. Il n’avait ni la conscience ni la volonté de ce qu’on lui reproche. Il avait trop d’amour pour son pays pour l’impliquer dans des affaires de cyber-criminalité ou de cyber-délinquance. Il y a un an, je l’ai envoyé en Russie, où il est né le 22 mars 1987. Il devait y poursuivre ses études. Il y est resté à peine un an en dépit des encouragements de sa mère de nationalité russe. Il voulait tellement rentrer au pays … mais il ne pouvait deviner qu’il allait écoper de deux ans de prison. Un cauchemar…

Pourriez-vous nous décrire les conditions de sa détention ?
Je tiens d’abord à remercier la Fondation Mohammed VI pour la réinsertion des jeunes pour les efforts qu’elle a déployés. Depuis l’arrestation de mon fils, elle n’a ménagé aucun effort pour l’accompagner. Mais cela n’est malheureusement pas suffisant pour la réhabilitation morale et psychologique de mon fils. J’ai peur que ses ambitions ne soient sérieusement affectées par son incarcération, sachant que les études qu’il poursuit en sciences économiques nécessitent une présence régulière notamment aux travaux dirigés. Privé de cette possibilité, il doit également supporter la vie loin des siens. Mon fils a encore besoin d’encadrement et de tendresse paternelle. Il ne mérite pas un tel sort. Ce n’est pas un criminel du tout.

Comment envisagez-vous l’issue de l’appel que vous venez de faire du jugement de votre fils ?
Je souhaite que justice soit rendue à mon fils. Je suis convaincu de son innocence.

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