Mort sur le chemin du travail

Dimanche 27 février. 8h30mn du matin. Le téléphone à la salle de trafic du commissariat de police de la Brigade urbaine de la PJ de Hay Hassani-Aïn Chock sonne. «Police, qui est à l’appareil ?», répond l’agent.
La voix d’un homme qui garde l’anonymat : «J’ai découvert le cadavre d’un jeune homme gisant dans une mare de sang dans le terrain vague situé près du lycée Tarek Bnou Ziyad». Et il raccroche. Le policier alerte sur le champ ses supérieurs. Avertis, les éléments de la brigade qui assurent la permanence se lancent à destination des lieux désignés par l’interlocuteur où quelques badauds s’attroupent déjà autour du cadavre. Qui d’entre eux a appelé la police ? Pourrait-il être l’auteur du crime ? Qui sait ? Toutes les hypothèses sont plausibles pour les enquêteurs puisqu’ils n’ont pas encore un indice les mettant sur une piste à même de les amener à l’auteur du crime. Avant tout, ils doivent effectuer le constat d’usage.
L’inspecteur “constateur“ ouvre son dossier et commence à noter tout ce qu’il remarque : sur un terrain vague, situé près du lycée Tarek Bnou Ziyed, pas loin d’un lac d’eau, près du complexe administratif, au quartier El Oulfa, le cadavre d’un jeune homme, la trentaine, étendu sur le dos, gisant dans une mare de sang, présentant une grande et profonde blessure à sa cuisse gauche. Qui est-il ? Qui l’a tué ? et pourquoi ? Les enquêteurs scrutent quelques badauds, les fixent aux yeux, mais n’interrogent personne. Certes, ils ont tenté de savoir si l’un d’eux avait remarqué quelque chose pouvant leur indiquer au moins un indice, mais en vain. Personne n’était auparavant dans les lieux. Ils viennent tous de le découvrir. Entre temps, un jeune homme, la trentaine également, se présente à la police. Il s’appelle Kamal. «C’était mon ami ? J’étais en sa compagnie avant sa mort», crache-t-il.
Un important témoin qui soulage plus ou moins les enquêteurs puisqu’ils arriveront au moins à identifier la victime et auront quelques signalements de l’auteur du crime. «Nous travaillons dans le chantier des logements économiques Doha», lance-t-il aux enquêteurs. Un chantier qui n’est loin du lieu où le cadavre a été découvert que de quelques dizaines de mètres. Le jour du drame, les deux ouvriers se dirigeaient vers leur lieu de travail quand un jeune homme les a croisés, puis un deuxième et d’autres les ont rejoints. Ils étaient six. Kamal et Mohamed, c’est le prénom de la victime, ont tenté tous les deux de fuir. Mais les menaces par des couteaux bien aiguisés les en ont dissuadées. Ils ont commencé à leur fouiller les poches quand Kamal, voulant se défendre, a donné un coup de poing à l’un de ses agresseurs et a pris la poudre d’escampette. Deux jeunes voyous l’ont suivi en courant mais n’ont pas réussi à le rattraper.
Mohamed est resté entre leurs mains. Quand il a tenté de s’enfuir à son tour, l’un des malfrats lui a asséné un coup de couteau violent à la cuisse gauche au moment où les autres lui ont donné des coups de poings et de pieds. Mohamed s’est effondré et les six voyous ont pris la clé des champs.
Les limiers entament leurs investigations, tentent d’identifier au moins l’un des six agresseurs. Ils lancent le jour même de la découverte du corps une campagne d’assainissement dans les rues et quartiers adjacents. Mais sans résultat. Le lendemain, les enquêteurs de la police judiciaire mettent la main sur deux jeunes hommes qui avaient agressé un père de famille. Le duo a été conduit au commissariat de police. «Ils peuvent être complices dans ledit l’homicide. Qui sait ? Tout est possible», pense le chef de la brigade. De coutume, le soupçon est une arme essentielle pour les enquêteurs. Aussitôt, il convoque Kamal, le compagnon du défunt et lui présente cinq jeunes hommes dont le duo qui vient d’être arrêté. Kamal scrute les jeunes et indique deux des suspects. «Ce sont eux qui étaient en compagnie de nos agresseurs», crie-t-il avec les larmes aux yeux. Soumis aux interrogatoires, les deux agresseurs ont avoué avoir été ce jour-là en compagnie de quatre autres jeunes hommes.
Après avoir acheté la veille du crime, samedi 26 février, quelques bouteilles de vin rouge auprès de l’hypermarché Marjane, ils ont commencé à s’enivrer. Après les avoir vidées, ils se sont déplacés au quartier El Oulfa, avec l’objectif d’agresser un éventuel passager. C’était entre 6h 30mn et 7h de ce dimanche. Ils sont tombés sur Kamal et Mohamed. Une semaine plus tard, les autres quatre membres de la bande ont été mis hors d’état de nuire et ont été traduits devant la justice.

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