Mortelle jalousie

Hlima, 30ans, scrute du regard les quatre coins de la cellule, puis elle jette un regard vers Karima, 19ans. Elle s’avance vers elle, la prend dans ses bras. «Je regrette tout, qu’ai-je gagné maintenant ? …Voilà, je l’ai tuée pour un homme et je t’ai jetée avec moi dans ce puits et j’ai abandonné mes quatre enfants…», lui dit-elle, les larmes aux yeux. «C’est notre destin», lui répond Karima tentant de la calmer. «Non, ce n’est pas le destin, c’est moi qui ai fait ça…Plusieurs femmes se débrouillent pour gagner leur vie honnêtement. Même celles qui vivent dans le pétrin, pourquoi pas moi ?».
Hlima a vu le jour dans une famille pauvre d’Ouled Bouziri, dans la province de Settat. A son quinzième printemps, elle rejoint son frère à derb Takaddoum, Hay Mohammadi, à Casablanca. Au fil des mois, elle fait la connaissance d’un jeune homme, qui l’abandonne après qu’elle est tombée enceinte. Elle accouche d’une fillette. Mais «quand une porte se ferme, une autre s’ouvre», dit l’adage marocain. Hlima a épousé Hammadi, avec lequel elle a eu trois enfants. Un mariage de neuf ans qui a fini par la mort, en 1997, de Hammadi. Hlima reste avec ses quatre gosses.
Son époux ne lui a rien laissé, même pas une pension de retraite. Elle devait se débrouiller seule pour nourrir les quatre bouches. Elle a choisi le plus court chemin : la débauche et le proxénétisme. Entre-temps, elle a fait la connaissance de son voisin, Laghlimi. Laghlimi est un retraité de soixante-neuf ans qui occupe une chambre mitoyenne à la sienne. Il était berger dans les années cinquante et soixante. Ce n’est qu’en 1965 qu’il a trouvé du travail dans le privé. Il avait une femme, avec laquelle il a sept enfants. Mais il l’a répudiée en 1985. Depuis, il se contente des filles de joie. Quand Hammadi est mort, Laghlimi devient son amant. Pour ne pas attirer l’attention des voisins, ils ont creusé un grand trou reliant leurs chambres, leur permettant de se rendre visite tranquillement. Il passe chez elle quand il la désire et vice- versa. De temps en temps, il lui donne un peu d’argent pour l’aider. Au fil des jours, Laghlimi fait la connaissance de Ghita, vingt-neuf ans.
C’est une droguée qui boit et se prostitue. Elle vient chez lui de temps en temps pour se soûler et partager son lit contre des sous. Ghita et Hlima commencent à se rencontrer chez Laghlimi. La jalousie commence à dévorer leur coeur. Chacune voudrait garder Laghlimi à elle seule. Quelques jours plus tard, Karima les rejoint. C’est une fille de dix-neuf ans, qui a abandonné son époux à Ben Guerir pour regagner Casablanca.
Pourquoi ? «Il me maltraite presque quotidiennement», affirme-t-elle. Elle a rencontré, par hasard, Hlima. Cette dernière l’a invitée chez elle et a commencé à l’exploiter. Chez Laghlimi, Ghita fait la connaissance de Karima. Hlima s’est énervée. «Tu ne dois pas accompagner Ghita n’importe où», dit Hlima à Karima. Mais loin de là, elle continue à l’accompagner. Aussitôt Hlima pense à liquider Ghita. «Laghlimi et Ghita? non, non, elle ne doit pas rester en vie», décide-t-elle.
L’après-midi du 4 janvier. Ghita arrive chez Laghlimi. Hlima la rejoint, lui parle de tout et de rien. Elle l’invite chez elle. Elles sont passées par le trou creusé entre les deux chambres. Elles ont continué à converser, quand soudain Hlima se saisit d’un bâton et lui assèné des coups sur le crâne. Ghita tombe à terre et rend l’âme. Quand Karima arrive, Hlima lui raconte tout.
Toutes les deux mettent le cadavre dans un sac et le descendent dans une cave. Elles attendent deux jours pour ressortir le cadavre du lieu où il était dissimulé, profitant de la nuit pour le jeter près d’un collège. Voyant qu’un passant avait observé toute la scène, elles ont pris la fuite. Il les a poursuivies et a réussi à attraper Karima. Il a ensuite avisé la police.

loading...
loading...

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *