Mustapha Rassi : «Il y a une atteinte narcissique entraînée par le vieillissement»

Mustapha Rassi : «Il y a une atteinte narcissique entraînée par le vieillissement»

ALM : Comment une différence d’âge importante peut-elle impacter sur la sexualité du couple?
Mustapha Rassi : Les problèmes qui peuvent se poser, dans ce cadre, sont ceux liés au vieillissement. Quand on vieillit, on est naturellement en train de perdre beaucoup de capacités et d’habilité sexuelles. Mais ce qui est plus important encore dans le phénomène de vieillissement chez l’être humain, c’est la perte de l’estime de soi. Il y a une atteinte narcissique entraînée par le vieillissement et due à des conflits internes. Ces conflits freinent l’activité sexuelle. Les modifications de l’image corporelle provoquée par le vieillissement dévalorisent et altèrent l’estime de soi.

Comment le vieillissement agit-il sur la sexualité de l’homme?
Vous savez que l’acte sexuel passe par quatre étapes: l’excitation, la phase de plateau, la phase de l’orgasme et la phase de résolution. Concernant l’excitation, les réponses à cette phase sont ralenties chez l’homme, avec l’âge, il a besoin d’une stimulation plus longue et ses érections sont moins fermes. Concernant la phase plateau, elle devient plus longue avec l’âge avec absence quasi totale d’émissions prééjaculatoires. Sur la phase orgasmique, la durée de l’orgasme chez l’homme est plus courte, les contractions sont plus faibles et moins nombreuses et une nette diminution du volume éjaculé. Concernant la résolution chez un homme d’un certain âge, elle est plus rapide et la période réfractaire est plus longue. C’est-à-dire qu’il aura besoin pour avoir un autre rapport sexuel de deux ou trois jours alors que, chez un jeune, la phase réfractaire est généralement d’une demi-heure, voire même quelques minutes.

Qu’en est-il des femmes?
La femme âgée, dans la phase de l’excitation, connaît des réponses ralenties et une diminution à la congestion génitale (ce qui est l’équivalent de l’érection chez l’homme) avec une altération de la lubrification et des dyspareunies. Dans la phase plateau, la femme d’un certain âge peut souffrir d’une diminution de l’élévation utérine. En effet, au cours de l’excitation, le sexe de la femme connaît certaines transformations, ce qu’on appelle la ballonisation, dont l’allongement du vagin pour permettre l’accueil du pénis de l’homme et l’utérus qui s’élève pour aller plus loin et laisser de la place au pénis. C’est-à-dire qu’un jeune qui a un rapport sexuel avec une femme âgée peut avec son pénis buter contre son utérus, s’il passe directement à la pénétration. Aussi, dans la phase orgasmique, la durée de l’orgasme devient plus courte et les contractions sont, tout comme chez l’homme, plus faibles et moins nombreuses. Dans la phase réfractaire, la femme âgée a un retour très rapide à l’état de préstimulation. Les périodes réfractaires deviennent également plus longues. C’est-à-dire que la femme est rassasiée pour plus longtemps d’un seul rapport sexuel.

Quels sont les moyens thérapeutiques conseillés dans ce cas?
Pour parler de thérapie, il faut d’abord expliquer que, tout comme la femme connaît au cours de sa vie un cycle de ménopause, l’homme connaît une andropause. Cette andropause est consécutive à une diminution de la production de testostérone. Et donc la science permet, avec les précautions de l’art de la médecine, de prescrire de la testostérone associée aux médicaments qui traitent les troubles de l’érection. Pour la femme, c’est l’hormone de substitution qui est prescrite en général, mais, dans les cas de contre-indications, on peut utiliser des hormones localement qui ont moins d’effets secondaires ou encore des lubrifiants.

Quels sont les ingrédients pour réussir sa vie de couple en dépit de la différence d’âge?
Quand le partenaire se sent valorisé par l’autre, et qu’il sait manifester son estime pour son partenaire. Quand les deux parties obtiennent un certain soulagement à leurs tensions au sein du couple et qu’elles savent prodiguer assez d’attention pour garantir le bien-être psychologique et tisser des liens plus forts. Il faut que chacun des conjoints rehausse son sentiment de pouvoir personnel et qu’il sache respecter le pouvoir du partenaire. Il faut aussi qu’ils partagent leurs expériences de plaisir et qu’ils aient des enfants ensemble.

Quels sont les critères d’âge dans le choix du conjoint au Maroc?
Dans la culture commune, les gens choisissent généralement pour conjoint des personnes de la même couleur de peau, de la même croyance, de la même race, du même niveau culturel ou social. Ces détails sont importants pour réussir une vie de couple. Et donc, les hommes acceptent facilement une femme plus âgée de 2 à 3 ans et les femmes une différence de 4 à 5 ans.
Cependant, dans notre culture musulmane, le Prophète a pris pour épouse une femme, son aînée de 15 ans. Cela prouve qu’il n’y a pas d’interdits et que tant que les ingrédients précités existent, la différence d’âge n’aura aucune importance.

Quelle est la différence d’âge idéale tolérée dans le couple?
Dans ce cas, il n’y a pas de données scientifiques à communiquer. Mais, il y a une vérité qui est sûre. Quand une femme et un homme ont le même âge, la femme a tendance à vieillir plus vite que l’homme. Cependant, il existe des exceptions. Une femme qui se soigne bien et se préserve restera jeune plus longtemps.

La ménopause
La ménopause correspond à l’arrêt de fonctionnement des ovaires. Il existe des fluctuations d’une femme à l’autre et la ménopause peut se produire naturellement entre 40 et 55 ans. Elle est, en règle générale, avancée d’un an ou deux chez les grandes fumeuses. Des facteurs génétiques influencent sa date de survenue. Les chercheurs ont constaté que l’âge de la ménopause est souvent le même d’une mère à une fille, mais ce n’est pas obligatoire. À la différence de l’âge de la puberté, l’âge de la ménopause a peu évolué depuis plusieurs décennies et il n’est pas modulé par la prise de la pilule. Témoignant de l’arrêt de la fabrication d’hormones par les ovaires, le début de la ménopause est délicat à identifier avec précision car la cessation de l’activité ovarienne se fait progressivement. La ménopause est ainsi précédée d’une période, qui dure en moyenne 3 à 4 ans, où les ovaires commencent à moins bien fonctionner. On parle de périménopause pour caractériser cette phase de la vie des femmes qui apparaît vers 47 ans en moyenne, mais parfois bien plus tôt. Pendant la périménopause, les ovulations se font moins bien, ce qui débouche dans un premier temps sur un déficit de la production de progestérone, alors que la sécrétion d’estrogènes est préservée. L’excès relatif d’estrogènes par rapport à la progestérone peut être source de gonflements des seins ou de l’abdomen ou de prise de poids. Les règles tendent aussi à devenir de plus en plus irrégulières avec le temps. Lorsque la cinquantaine s’approche, la production d’estrogène baisse à son tour et sécheresse vaginale et bouffées de chaleur peuvent se manifester. Après quelques mois ou années de turbulence, le dérèglement hypothalamique va s’arrêter, le taux d’hormone folliculostimulante qui avait pu être multiplié par dix diminue et les ovaires cessent définitivement de produire toute hormone.

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *