Nouvelle provocation de Madrid

Nouvelle provocation de Madrid

À vingt jours des élections générales en Espagne, le Parti populaire espagnol (PP) commence à se servir de l’invasion de l’îlot marocain Leïla (Perejil) dans sa campagne électorale que les candidats présentent comme un succès du gouvernement dirigé par le président sortant José Maria Aznar.
Le premier à avoir ressuscité le sujet de l’invasion de Leïla, que Madrid considère comme une récupération d’un territoire espagnol, est le ministre de la Défense, Federico Trillo. Dans un meeting organisé à Alicante à l’occasion de l’inauguration de sa campagne électorale en tant que tête de liste pour le Parti populaire dans cette région, Trillo a fait une déclaration polémique sur l’invasion de l’îlot marocain dont le but était de séduire l’électorat de cette province espagnole dont la majorité des habitants travaillent dans le secteur de la pêche. « Moi ce que j’aurais aimé c’est être ministre de la Défense, il y a huit ans – cela ne signifie point que cela m’intéresse de passer une autre année comme celle que je viens de passer – mais cela m’aurait fait plaisir pour une seule chose, j’aurais aimé prendre l’îlot Perejil (Leïla), il y a huit ans et que nos pêcheurs puissent pêcher dans les eaux marocaines, Caramba », a-t-il dit. Les paroles du ministre espagnol de la Défense ont été reçues par des ovations des assistants dont la majorité était composée de pêcheurs qui opéraient dans les eaux marocaines avant la rupture des négociations entre le Maroc et l’Union européenne sur la pêche en 2001.
Un jour avant cette déclaration, Trillo avait annoncé officiellement que le président sortant du gouvernement espagnol, José Maria Aznar, se rendra mercredi prochain à la caserne militaire de Rabassa où il décorera, lors d’une cérémonie officielle, les 64 soldats de l’armée de terre ayant participé à l’invasion militaire de l’îlot marocain le 17 juillet 2002. Cette cérémonie devait être organisée en octobre 2002, mais elle fût reportée à maintes reprises afin de ne pas gêner le processus de normalisation des relations maroco-espagnoles. La cérémonie, qui sera organisée pour rendre honneur aux soldats ayant envahi Leila, est justifiée, selon Trillo, par le fait qu' »ils ont été capables, pour la première fois en soixante-dix ans, de défendre la dignité nationale face au Maroc en récupérant l’île de Perejil qui avait été illégitimement envahie par le Maroc et qui constitue plus qu’un îlot comme le pense tout le monde ». Réagissant aux déclarations de Trillo, la ministre espagnole des Affaires étrangères, Ana Palacio, a révélé à la presse, qu’elle s’est entretenue à quatre reprises avec deux hauts responsables marocains sur ce sujet. Palacio a affirmé que les relations entre les deux pays ne seront pas affectées par les décalvations de son collègue chargé de la Défense. « Ce n’est pas un incident agréable pour quiconque et cela il faut le comprendre », a-t-elle affirmé.
La chef de la diplomatie espagnole a aussi affirmé avoir eu des entretiens avec Trillo avant que celui-ci ne tente de rectifier le tir en affirmant devant la presse que « si quelqu’un veut les utiliser (ses propos) hors de leur contexte et avec l’objectif d’envenimer l’excellente relation entre l’Espagne et le Maroc, qu’il considère mes paroles comme non-dites ». Malgré cette rectification peu convaincante du ministre espagnol, ses déclarations ont suscité des réactions d’indignation au sein de la classe politique espagnole toutes tendances confondues.
« Ces déclarations montrent qu’il est devenu fou », a affirmé Gaspar Llamazares, coordinateur général d’Izquierda-Unida. Ainsi, en l’espace de deux semaines, le gouvernement espagnol commet deux actes de provocations à l’égard du Maroc, premièrement, en violant son espace aérien, et deuxièmement, par le biais des déclarations de Trillo.
Dans les deux cas, la réaction de l’Exécutif espagnol a été de recourir à la bonne volonté de la ministre des Affaires étrangères, Ana Palacio, pour rectifier les erreurs du ministre de la Défense en intensifiant les contacts avec les autorités marocaines afin de les convaincre de ne pas donner suite aux bourdes de ses collègues. C’est dire que l’on peut se permettre d’agresser matériellement ou verbalement son voisin et se contenter de rectifier par la suite. Il s’agirait là d’un nouvel usage dans la diplomatie que l’Espagne est en train de vouloir instaurer.

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