On veut «Casser de l’Arabe» en Corse

On veut «Casser de l’Arabe» en Corse

C’est la panique au sein de la communauté marocaine vivant en Corse. Dans la nuit de dimanche à lundi, un attentat a visé une boucherie appartenant à une famille de Marocains à Porto-Vecchio dans le sud de la Corse. Peu avant minuit, une charge de moyenne puissance, déposée devant l’entrée de la boucherie, en a endommagé la porte et la façade. Aucun blessé n’est heureusement à déplorer. L’attentat n’a été ni revendiqué, ni signé mais ce n’est pas le premier du genre qui cible ce commerce tenu par une famille de Marocains. La boucherie a été «visée à plusieurs reprises par le passé par des attentats similaires, ont assuré les gendarmes», selon l’AFP. Cet attentat intervient deux jours seulement après une triste action.
Le drapeau du consulat du Maroc à Biguglia, une commune au sud de Bastia, a été enlevé et brûlé au cours de la nuit de vendredi à samedi par des inconnus. Ce n’est pas la première fois que ce consulat fait les frais de l’hostilité de certains Corses contre les étrangers. Ce bâtiment a déjà été victime dans le passé d’actes à caractère raciste : tags et une tentative d’incendie. Selon une source bien informée, parmi les inscriptions qui ont été apposées sur les murs du consulat quelques jours avant le vol et l’incendie du drapeau marocain, on pouvait lire : «Cassez de l’Arabe». Jusque-là, seul le maire de Bastia, député du Parti Radical de Gauche (PRG) et ancien ministre de la Fonction publique de la république française, Emile Zuccarelli, a réagi. Il a exprimé sa «consternation» après cet incendie «manifestement criminel qui a visé le drapeau marocain sur la façade du consulat».
Sa réaction est d’autant significative qu’il est membre du groupe d’amitié entre la France et le Maroc. «Quelle que soit l’origine de l’acte, je veux redire l’attachement des Bastiais au peuple marocain qui a largement contribué à la libération de notre ville, et ma détermination à ce que les différentes populations qui vivent à Bastia cohabitent pacifiquement dans le respect de chacun», a affirmé M. Zuccarelli dans un communiqué.
Interrogée à ce sujet, Delphine Lida, chef du service de presse à l’ambassade de France au Maroc, déplore n’avoir «pas de déclaration officielle à transmettre». Et les tentatives d’obtenir des informations auprès de Nezha Chekrouni, ministre déléguée chargée des Marocains résidant à l’étranger, sont restées sans suite. Pendant ce temps-là, la communauté marocaine vivant en Corse craint le pire. Il faut savoir que «l’hospitalité corse», que les «nationalistes» de cette île louent à tout bout de champ, cache bien des misères. Les chiffres du racisme et de la xénophobie s’intensifient en Corse plus qu’en toute autre région de la France. Mieux : le rapport 2003 de la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH) indique que la Corse a enregistré davantage d’actes racistes et xénophobes “violents“ que l’ensemble des régions de l’Hexagone. Il y a eu en effet 56 actes racistes et xénophobes violents en Corse, contre 36 actes violents sur le reste du territoire français.
Dans le volume de ces chiffres, les Marocains paient un lourd tribut. L’année dernière, deux Corses «voulant se faire des Arabes», selon l’expression utilisée par le journal linvestigateur.info, ont blessé quatre jeunes Marocains, à coups de fusil de chasse, à Ajaccio. Dans cette même ville, un attentat à l’explosif a été commis contre une mosquée appartenant à une association de Marocains. Une charge de moyenne puissance a été jetée par-dessus le mur du bâtiment qui sert de mosquée à la communauté marocaine de la région d’Ajaccio. Le gardien qui se trouvait à l’intérieur a été commotionné par la déflagration. Ces actes de racisme sont régulièrement confortés, en Corse, par des propos appelant à chasser «les envahisseurs».

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