Où et comment les ex-résidents de Bouya Omar seront-ils hébergés ?

Où et comment les ex-résidents de Bouya Omar seront-ils hébergés ?

Louardi l’a fait. L’évacuation du mausolée Bouya Omar restera comme l’un des exploits du mandat de l’actuel ministre de la santé. Aussi courageuse soit-elle, cette décision soulève, néanmoins, une question primordiale: Les centres psychiatriques du Royaume ont-ils la capacité d’accueillir ces nouveaux malades ? Détails.

En avril dernier, le ministère avait mené une étude de terrain sur les personnes internées dans le mausolée. Il en avait dénombré près de 800, dont la plupart souffrent de troubles mentaux et portent des signes de maltraitance. Parmi elles, 177 ont aujourd’hui été évacuées: deux ont été accueillies par leurs familles tandis que le reste est réparti sur les différents centres psychiatriques du Royaume.

Pour placer ces malades, le ministère se base sur une règle de proximité, selon la ville d’origine de chacun d’eux. La région de Marrakech-Tensift-El Haouz se retrouve, ainsi, en tête de liste. Où sont passés ces ex-résidents du mausolée ? Le service de psychiatrie du Centre hospitalier universitaire (CHU) Mohammed VI de Marrakech étant saturé, ces patients ont tous été transférés à l’hôpital psychiatrique régional Essaâda, dans la même ville.

«Nous avons reçu, jusqu’à aujourd’hui, 91 patients qui viennent s’ajouter à la vingtaine qu’accueillait l’hôpital», nous explique Dr. Amjahdi, directrice de l’hôpital Essaâda. Interrogée sur le problème de surpeuplement qui pourrait survenir, «nous nous débrouillons comme nous pouvons», nous répond-elle. Alors que l’hôpital avait une capacité initiale de 60 lits, l’opération d’évacuation de Bouya Omar, appelée «Opération Karama», est venue installer 100 lits supplémentaires.

«Nous accueillons 48 malades originaires de Marrakech, les autres viennent d’autres régions et devront être transférés. Nous ne savons cependant pas quand cela va se faire», précise le Dr. Amjahdi. En ce qui concerne les moyens humains, l’hôpital a reçu 9 infirmiers polyvalents en renfort, en plus d’un bon nombre de stagiaires venus de l’institut régional de formation paramédicale. Les cinq médecins du centre devront, à eux seuls, gérer cet afflux exceptionnel pour une durée encore indéterminée.         

Même son de cloche sur la rive du Bouregreg, l’hôpital psychiatrique Errazi de Salé aurait mobilisé tout un service pour accueillir ces nouveaux transferts, selon des sources de l’hôpital. «Nous avons reçu des patients pendant le week-end, et d’autres lundi matin», nous livre le Pr. Wanassi, l’un des médecins de l’hôpital. «Pour l’instant, la capacité de l’hôpital entermes de lits est suffisante», précise-t-il. L’hôpital Errazi, un des établissements du CHU Ibn Sina de Rabat, se chargera de soulager les centres hospitaliers de la région de Rabat-Salé Zemmour-Zaer devant accueillir les ex-résidents de Bouya Omar.

Il faut dire que la question du surpeuplement des établissements hospitaliers psychiatriques ne date pas d’aujourd’hui. En 2012, le Conseil national des droits de l’Homme (CNDH) avait tiré la sonnette d’alarme quant à la situation des centres de psychiatrie au Maroc. Le manque de moyens humains, de lits et de logistique était notamment pointé du doigt.

La même année, le ministère de la santé avait pris la situation en main et avait érigé la santé mentale en priorité dans son plan sectoriel 2012-2016. Trois ans plus tard, peu de choses ont changé.

D’un côté, aucun des trois hôpitaux dont la construction était prévue à Agadir, Kénitra et Kalaât Sraghna n’a encore vu le jour, de l’autre, la capacité et la qualité des établissements psychiatriques publics sont encore loin de répondre aux normes internationales. Le nombre de psychiatres exerçant au Maroc est, lui aussi, extrêmement faible. Selon le ministère de la santé, il n’y a pas plus de 0,83 psychiatres pour chaque 100.000 habitants. Un chiffre qui fait, malgré tout, état d’une légère amélioration, puisqu’en 2012 il n’était que de 0,63. Pour les quelques années à venir, le département de Louardi se fixe l’objectif d’atteindre 1 psychiatre pour chaque 100.000 Marocains et le volet formation est l’un des chevaux de bataille du ministère pour y arriver.

Il y a actuellement 80 médecins psychiatres en formation dans les facultés de médecine du Royaume, en plus de 480 médecins généralistes bénéficiant de formations continues en psychiatrie. Du côté du personnel paramédical, l’objectif de former annuellement 100 infirmiers en psychiatrie que s’était tracé le ministère a été dépassé en 2013 avec 157 infirmiers qui ont obtenu leurs diplômes cette année-là. 

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