Ouvreuse au cinéma, un destin indéfini

Ouvreuse au cinéma. Une fonction qui existe depuis longtemps, mais qui est méconnue, non réglementée. Aucune loi ne définit exactement sa tâche chez l’employeur. On la recrute pour placer les clients à l’intérieur de la salle, mais on lui demande également d’effectuer d’autres tâches. Malika, 36 ans, mère de quatre enfants, travaille comme ouvreuse dans une salle de cinéma au centre- ville de Casablanca depuis plus de treize ans.
Pendant les heures de la projection, on la trouve avec une lampe de poche à la main, circulant entre les couloirs pour placer les clients à leurs places. Après, elle se charge du ménage de la salle et le nettoyage des toilettes. « Un misérable salaire et aucune couverture sociale. C’est un travail très dur. Comme ouvreuse et femme de ménage à la fois. On vit grâce aux pourboires des clients.
Un jour, j’ai été contrainte de nettoyer les toilettes. Les latrines se sont cassées et j’ai dû tout laver. J’étais à quatre pattes pour tout récurer. C’était complètement répugnant. Et l’on me dit que tout cela fait partie du boulot», affirme amèrement Malika. Toujours dans l’univers du septième art. Une fois le rideau tombé, une autre tâche l’attend. Certaines sont sommées d’effectuer même des travaux de ménage chez leurs patrons. «Une fois par semaine, je suis appelée à aller faire le ménage à la maison du chef. Je n’ai pas le choix», explique-t-elle, en précisant que si elle décline la demande un jour son sort sera le licenciement. Et c’est dans des cas pareils que la femme exerçant comme ouvreuse découvre que ce métier n’est plus réglementé. Généralement, les responsables déclarent celles qui exercent cette fonction comme des femmes de ménage.
Lorsque le propriètaire du cinéma «Opéra» a mis la clé sous le paillasson, une femme, qui a sacrifié pas moins de trente-quatre ans de sa vie au service de cette entreprise comme ouvreuse découvre qu’elle n’était même pas déclarée en tant qu’employée de l’entreprise. Au moment de la fermeture, en septembre 2000, de la salle en question, le patron lui a fait savoir qu’elle n’était pas employée chez lui. «Elle venait demander la charité et on la laissait s’occuper des toilettes en vue d’obtenir de quoi satisfaire ses besoins au lieu d’aller demander la charité», a-t-il déclaré.
Toute une carrière dans une fonction et en fin de compte elle découvre que celle-ci n’existe pas. «Vraiment c’est inconcevable. J’ai sacrifié toute ma vie au service de l’entreprise et en fin de compte voilà la récompense. J’ai tapé à toutes les portes et finalement la loi du plus fort a été applicable. J’ai accepté ce qu’il (le patron) m’a proposé, comme indemnité, de peur de continuer à traîner dans les couloirs des tribunaux. Et en plus je n’ai pas les moyens», déplore Fatma, 52 ans, veuve et mère de cinq enfants. Dans les différentes salles du cinéma du royaume, les femmes, travaillant comme ouvreuse, sont légion. Mais savent-elles que dans les déclarations des responsables aux inspecteurs du travail, si déclaration il y a, elles sont considérées, dans la plupart des cas comme des femmes de ménage.

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