Parcours d’un résistant

Haj Thami Naâmane a 78 ans. C’est un résistant vétéran qui incarne le courage et la bravoure des patriotes. Lorsqu’il entame le discours sur la résistance au Maroc, il n’en finit pas. Même les détails les plus fins sont relatés, avec précision. Une mine d’informations sur le parcours de la résistance dans le pays depuis son déclenchement jusqu’à l’indépendance. Né en 1925 à Mohammadia, il adhère au mouvement de la résistance en bas âge. En 1940, à peine âgé de quinze ans, il connut la prison. «C’est là que j’ai appris beaucoup de choses. Le facteur de la peur n’existait plus. Ce qui comptait pour nous en cette période délicate c’était de combattre l’occupant par n’importe quel moyen», se souvient-il.
Après sa libération, au terme de trois mois de taule, il rejoint Casablanca. En 1946, il intègre le parti de l’Istiqlal, et devient très actif. «La rencontre avec Belhaj El Maâti qui m’a intégré au Parti de l’Istiqlal m’a beaucoup encouragé. Juste après, on allait créer une cellule pour la résistance à Mohammadia. Et pour échapper aux contrôles des services secrets de l’occupant, on se réunissait dans la forêt limitrophe de la ville et l’on y donnait en même temps des cours d’alphabétisation», se rappelle-t-il. Avec Mohamed Zerktouni, Hmidou El Watani, Hmidou Berrada et Mohamed Mansour ainsi que d’autres, la famille de la résistance devient très solide et homogène. La sensibilisation continue. Et les manoeuvres des forces du colonisateur, dit-il, notamment en 1947, les violences perpétrées par les soldats africains contre les familles marocaines à Casablanca et les multiples arrestations n’ont pas réussi à décourager les membres du mouvement de la résistance. «Nos pas étaient surveillés. Nos activités contrôlées, dans nos habitations ou ailleurs», indique-t-il. En 1948, il crée une librairie au quartier des Habous à Casablanca. «Librairie des frères. Le lieu était exploité également pour des activités de la résistance en dépit du risque et des contraintes imposées par la conjoncture.
Certains traîtres qui travaillaient au compte de l’occupant compliquaient notre tâche. Il fallait les liquider en premier lieu. C’etait dans ce sens que nous avons abattu tous ceux qui étaient au service du colonisateur», dit-il, en précisant que les arrestations et les bombardements se succédèrent. Les éléments de la famille de la résistance visaient les points sensibles de l’occupant et ses biens. Et le colonisateur visait les activistes de la résistance. En décembre 1953, il se retrouve une deuxième fois derrière les barreaux. Le combat prend alors une autre dimension.
Après sa libération, il rejoint l’armée de libération. Il consent aux côtés des différents membres de la famille de la résistance et l’armée de libération d’énormes sacrifices, recourt aux armes et au maquis, pour défendre la liberté, l’indépendance et la dignité du pays et activer le retour triomphal de Feu Mohammed V, qui fut contraint à l’exil à Madagascar par le colonisateur. Après l’indépendance, il continue le combat au sein de l’armée de libération dans les provinces du sud. «J’ai servi ma nation, et j’en suis fier», conclut-il, en contemplant sa carte de résistance n° 515077. Mais ni retraite, ni aucune autre récompense, comme c’est le cas de ses compagnons.

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