Parité : Un rapport alarmant du CESE

Parité : Un rapport alarmant  du CESE

Activités peu valorisantes, discrimination salariale, chômage et harcèlement. La situation des femmes au Maroc, telle que décrite par le dernier rapport du Conseil économique, social et environnemental (CESE), est très alarmante.

Du point de vue de la parité dans le milieu économique, le Maroc est en train de régresser. Le taux d’activité des femmes est passé de 28% en 2000 à 25% en 2013, soit trois fois moins que celui des hommes. Parallèlement, le nombre de femmes au foyer a, lui, très rapidement augmenté, passant de 6 millions à 7,3 millions sur la même période.

Ainsi, six femmes sur dix, en âge d’être actives, sont considérées comme femmes au foyer sans activité économique reconnue. Pour mettre ces données en perspective, il faut noter qu’au Maroc, 12,3 millions de femmes sont en âge d’activité, soit 2,5 millions de plus qu’en 2000. «Indépendamment de leur niveau scolaire, et comparativement à leurs homologues masculins, les femmes ont toujours plus de difficultés à trouver un poste d’emploi», affirme le rapport du CESE, citant une enquête du Haut-Commissariat au Plan (HCP).

En milieu urbain, le taux de chômage est de 20,6% chez les femmes, contre 11,5% chez les hommes. Quelle que soit leur situation, les femmes sont plus touchées par le chômage, et ont une durée moyenne de chômage de près de 45 mois, contre 38 mois pour les hommes.
Le taux d’emploi des femmes affiche des disparités entre les différentes régions du Royaume.

Ce taux est généralement plus élevé dans le milieu rural que dans le milieu urbain, les régions à prédominance agricole dépassant souvent la moyenne nationale (qui est de 22,7%) : La région de Doukkala-Abda inscrit, ainsi, 34,4%, Chaouia-Ouardigha 32,4%, et Souss-Massa-Draâ 31,1%. Ces disparités sont, cependant, à prendre avec précaution. Derrière les taux élevés d’emploi des femmes dans le milieu rural se cachent de véritables fléaux tels que le travail des enfants et la déperdition scolaire.

Un chiffre pour en attester : 92,7% des femmes actives et occupées dans le milieu rural sont analphabètes. Dans le milieu urbain, le constat est moins frappant mais tout aussi alarmant, 82,6% des citadines actives et occupées ne savent ni lire ni écrire.     

La situation vire à la catastrophe lorsqu’on considère les droits fondamentaux liés au travail. La moitié des femmes dans le milieu urbain ne dispose pas de contrat de travail, et seulement 8,7% d’entre elles dans le milieu rural disposent d’un contrat de travail écrit et à durée indéterminée.

Pire encore, la quasi-totalité des femmes travaillant dans le milieu rural (98,8%) ne dispose d’aucune couverture médicale, c’est aussi le cas pour plus de la moitié des femmes actives et occupées dans le milieu urbain.

Même topo en matière de retraite et d’assurance maladie : 30,4% des hommes âgés disposent d’une retraite contre seulement 3% des femmes.

Dans le domaine de l’entrepreneuriat et de l’investissement, il semblerait que Miriem Bensalah-Chaqroun, présidente du patronat, ne soit rien de plus que l’exception qui confirme la règle. Selon le rapport du CESE, il existe une «discrimination verticale» apparente, qui empêche les femmes d’accéder aux postes de responsabilité autant dans le secteur public que privé. Ainsi, seulement 0,8% des femmes actives occupées au niveau national sont des entrepreneures.

Cela représente entre 9.000 et 10.000 femmes, soit seulement 10% du nombre total des entrepreneurs. Selon le CESE, la difficulté d’accès au financement serait l’un des freins principaux à l’entrepreneuriat féminin : 50% des entreprises féminines sont autofinancées et seulement un tiers du financement provient des ressources externes. 

Ce rapport, se penchant sur la discrimination à l’égard des femmes dans la vie économique, est le deuxième d’une série de rapports consacrés à la promotion de la parité que le CESE prévoit d’élaborer suite à une auto-saisine décidée lors de sa dixième assemblée générale en décembre 2011.

Parité : Un classement mondial peu flatteur pour le Royaume

Cette série de constats, plus préoccupants les uns que les autres, place le Maroc dans une situation délicate sur le plan mondial. Tous les indicateurs liés à la parité placent le Royaume parmi les plus mauvais élèves de la planète. Sur la question de l’écart de genre, le Maroc occupait en 2014 le 133ème rang sur 142 pays, alors qu’il était classé 129ème en 2013 et 127ème en 2010.

En termes de participation économique des femmes, le Royaume se situe au 135ème rang. Même constat lorsqu’on considère l’efficacité des politiques et mesures d’autonomisation économique des femmes, où le Maroc est 116ème sur 128 pays.

Il est 24ème sur 30 en matière de politiques et de mécanismes d’appui et d’accompagnement des entreprises féminines à fort potentiel et figure parmi les pays considérés «de culture conservatrice» en matière d’acceptabilité du rôle socio-économique des femmes au sein de la société.

A titre d’exemple, comme cité précédemment , le taux d’activité des femmes au Maroc est de 25% tandis que la moyenne mondiale est de 51,8%. Le Maroc ne fait cependant pas figure d’exception dans la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du nord (MENA). Les pays de la région affichent les taux d’activité des femmes les plus faibles au monde, entre 15,2 et 33,2%. Le Maroc se situe, dans ce sens, dans la moyenne des pays arabes.

Le CESE ne veut plus que l’on parle de «femmes au foyer»

Le rapport du CESE ne se limite heureusement pas à un état des lieux de la parité dans le milieu économique au Maroc, mais émet une série de recommandations, accompagnée de mesures concrètes et adressées au gouvernement.

Ainsi, le département de Nizar Baraka appelle, entre autres, à l’adoption de l’âge de 15 ans comme âge minimal définitif d’activité, à la suppression de la notion de « femme au foyer», jugée sexiste, pour la remplacer par les catégories «personne adulte au foyer» et «enfant déscolarisé» et à l’introduction du contrôle de «non discrimination » dans le champ d’action de l’inspection du travail. Du point de vue législatif, le CESE appelle à la promulgation de la loi sur le travail domestique, à la ratification des engagements du Maroc envers l’Organisation internationale du travail (OIT) et à la mise en conformité des lois et réglementations nationales avec les dispositions des conventions de l’OIT.

Avec l’objectif de favoriser l’activité des femmes et de faciliter leur accès à l’emploi, le CESE conseille, par ailleurs, d’introduire des quotas de 1/3 de femmes dans les postes de responsabilité mais également de mettre en place des avantages fiscaux pour les entreprises ayant inclu la parité. Le CESE recommande, enfin, la promotion de l’entrepreneuriat féminin à travers, notamment, le développement de mécanismes d’accompagnement dédiés aux femmes et à la capitalisation sur les expériences précédentes de financement via le microcrédit.

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