Pas de vacances pour « 2007 Daba »

Pas de vacances pour « 2007 Daba »

Les animateurs de «2007 Daba», l’association fondée à l’initiative du publicitaire casablancais Noureddine Ayouch qui n’en est pas à son premier haut fait de citoyenneté militante, n’ont pas l’intention de se reposer cet été. L’objectif est clairement annoncé : susciter au moins 25% de votants en plus que lors des dernières élections législatives. En d’autres termes, il s’agit pour l’association de «redonner à l’engagement politique un statut valorisant», de «créer chez les jeunes un véritable élan en faveur de la chose politique», de «donner envie aux élites de s’engager concrètement dans les partis» et de «mobiliser les citoyens pour une participation forte aux prochaines élections».
Mission impossible, répondront ceux qui se contentent de constater d’une part, l’absence de repères idéologiques chez 95% des jeunes qui ne s’identifient à aucun courant politique et d’autre part, le fossé qui ne cesse de se creuser entre les élites, intellectuelles ou économiques, et le monde politique. Ce à quoi vient s’ajouter la multiplication des partis qui, loin d’encourager la démocratie, ne fait que déconcerter les citoyens. Avec en prime la présomption de corruption généralisée qui achève de disqualifier des élus traditionnellement clientélistes.
Au deuxième étage de la résidence Zerktouni, à Casablanca, siège de l’association, un groupe «de citoyennes et de citoyens indépendants, soucieux de l’avenir de leur pays, démocrates avec des sensibilités diverses…» ont pourtant l’ambition de jouer un rôle de catalyseur de ce projet de mobilisation démocratique en préparation des élections législatives prévues pour septembre 2007. Ils commencent donc par nous dire : «Les élections de 2007, c’est maintenant, «daba» si vous préférez, qu’il faut y penser». Avec un premier rendez-vous pris pour septembre 2006, date du lancement de leur première campagne nationale de communication, destinée à révéler au grand public les fondements, les objectifs, le programme et les moyens mis en œuvre par l’association.
Pour l’instant, leur première action a consisté en une série de rencontres avec une dizaine de partis politiques qui ont accepté de répondre à un questionnaire portant notamment sur leurs visions idéologiques et leurs programmes électoraux. Le questionnaire en question est articulé en six thèmes structurants : l’idéologie et le référentiel religieux; la gouvernance ; le programme électoral ; la mobilisation et l’intégration au sein du parti ; la recomposition du champ politique ; la vision 2012.
Premier résultat remarquable de cette série d’entretiens et contre toute attente, le fait qu’ils se sont déroulés dans un réel climat de sérénité, «sans langue de bois ni surenchère politicienne» souligne Mme Fathia Bennis, vice-présidente de l’association. Comme si pour une fois, ces responsables partisans s’étaient sentis en confiance, comme si pour la première fois également, ils avaient le sentiment que l’on s’intéressait enfin à leurs idées et à leurs projets plutôt qu’à leurs stratégies de conquête du pouvoir. D’autant qu’ils ont été nombreux, révèle Mme Bennis, à saisir l’association d’attentes précises : «Certains d’entre eux, précise-t-elle à cet égard, nous ont déclaré qu’ils estimaient que l’association avait été créée au bon moment, tandis que d’autres sont allés jusqu’à nous prier de les aider à mieux communiquer…»
Voilà donc 2007 Daba propulsée au rang de médiateur public, une fonction qui vient de toute évidence combler un vide sur la scène socio-politique marocaine. L’occasion pour l’association d’aborder le thème de son programme d’action dès la rentrée. Pour commencer, reprendre contact avec les formations politiques déjà sensibilisées afin d’affiner la formulation de leurs programmes. En parallèle, poursuivre le travail entrepris au niveau des trois commissions constituées dans le but de prendre contact avec les forces vives de la société marocaine : «Jeunes et ONG», «Elites » et «Partis». Poursuivre ensuite, en étroite collaboration avec les ONG locales, la stratégie de maillage du territoire national par le biais d’antennes régionales. Enfin, s’adresser directement à la population, les futurs votants, en utilisant tous les moyens disponibles, notamment audiovisuels. «Que les choses soient claires, soulignent fondateurs et animateurs de 2007 Daba : nous n’avons nullement l’intention d’institutionnaliser notre action et encore moins de nous constituer en parti politique. D’ailleurs, l’association est appelée à s’auto-dissoudre au lendemain des élections législatives car telle est notre seule échéance»
On peut donc raisonnablement espérer que les élections de septembre 2007, qui constituent une étape importante dans le processus d’ancrage des pratiques démocratiques dans la vie politique des marocains, seront l’occasion d’une participation massive et de votes nettement plus éclairés que par le passé.


 Le travail des fourmis


Un jour, la route de Leïla Hamili a croisé celle de l’association. Depuis, cette jeune femme française d’origine marocaine, doctorante à l’école des hautes études en sciences politiques de Paris, est chef de projet «Elites politiques» au sein de «2007 Daba».
Sa mission consiste à identifier, à approcher et à rassembler dans le cercle des élites de référence de l’association tout ce que la société marocaine compte de personnalités.
C’est ainsi qu’Amina Messaoudi, professeur de droit constitutionnel à l’Université Mohammed V de Rabat, Rida Lemrini, président de la fédération nationale du Micro- crédit ou encore Khaddouj Gharbi, membre de l’association Solidarité sans frontières sont venus grossir la liste des citoyens marocains susceptibles d’éclairer de leurs avis le travail de l’association. Pour Leïla, qui appartient à la famille de nos compatriotes nés à l’étranger, l’approche a-t-elle quelque chose de spécifique ? Pas forcément : «Par mon vécu en France, je suis beaucoup plus familière de la pratique démocratique mais depuis que je travaille sur le terrain marocain, je me rends compte que la défiance vis-à-vis de la politique est sensiblement la même…»
Consciente des enjeux de la prochaine échéance électorale, elle s’emploie donc rigoureusement à contribuer à l’objectif de l’association : inciter les Marocains à voter en masse, en se gardant de tout jugement de valeur sur l’éventail des orientations, dans la mesure où elle prône la nécessaire «diversité dans la façon d’aborder le politique et le civique».


 Mohamed Boussaïd (Rni)

«Les hommes politiques ne peuvent que se réjouir de l’initiative de l’association 2007 Daba. Car les politiciens ne se résument pas à cette image d’opportunisme qui leur est malheureusement attachée. Il était donc important de rappeler que le vote est un devoir citoyen, que le pouvoir de voter n’est pas vain et qu’il faut se donner tous les moyens de choisir en connaissance de cause.
D’autant qu’il y a un réel danger, encore plus grand dans nos sociétés en transition démocratique, de laisser se creuser le fossé entre les citoyens et la politique. C’est pourquoi nous avons répondu avec enthousiasme à l’invitation de 2007 Daba, convaincus que le taux de participation est un enjeu beaucoup plus important que le résultat des élections en termes de répartition des voix. Quant à la spécificité idéologique du parti au sein duquel je milite, je me contenterai de souligner que notre message à destination de cette jeunesse que nous appelons à voter massivement est articulé sur deux idées essentielles : le goût de l’effort et la valeur du travail. Il nous reste bien entendu à les convaincre de notre détermination réelle de construire ensemble un avenir fondé sur les valeurs de justice et d’équité».

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