Perpétuité pour le violeur criminel

Samir a déjeuné avec ses parents, ses frères et soeurs. En cette fin du mois de janvier 2001, il n’a pas cours l’après-midi. Et il est pressé d’aller jouer dehors avec ses amis.
« Viens te reposer un peu et faire une petite sieste… », lui dit sa mère qui ne pouvait s’imaginer que c’était la dernière fois qu’elle voyait son fils vivant… Samir fait semblant celui qui n’entend pas et sort dans les rues du quartier, à la recherche de ses amis. Ils ne sont pas encore sortis pour jouer au football. Il s’assied au seuil d’une maison voisine, les attend.
Rachid, qui habite dans le même quartier, se tient sur le seuil de son domicile comme s’il guettait quelqu’un.
Il voit Samir et lui fait un signe de la main. Samir sourit, quitte sa place, se dirige vers lui. Rachid lui tend deux dirhams :
« S’il te plait Samir, va m’acheter deux cigarettes au détail ».
Samir court chez le détaillant, achète les cigarettes et les ramène à Rachid.
Rachid est le septième enfant d’une famille dont le père est menuisier, et la mère femme au foyer. Ils ne lui refusent rien. Et ses désirs sont des ordres. Sa famille n’est pas dans le besoin. Il est allé à l’école, mais n’a pas dépassé la septième année de l’enseignement fondamental. Ses parents l’ont inscrit au centre de formation professionnelle où il a décroché un diplôme en électricité, mais il n’a pas trouvé de job.
Il reste chez lui, contacte quelques uns de ses amis, qui lui font fumer sa première cigarette, boire son premier verre, et tirer sur son premier « joint ». Il découvre qu’ils ont un bon goût et un excellent effet pour oublier, au moins pour quelques moments, son chômage et sa situation morale désastreuse. Au fil du temps, il devient « accro », violent, agressif, brutal, irascible. Il occupe une chambre à la terrasse avec l’un de ses frères. Puis après, il le chasse pour occuper tout seul la chambrette. Ses frères et soeurs l’évitent comme la peste. Ses parents aussi.
Il violente tout le monde, surtout sa mère. Il oblige son père à lui verser dix dirhams le matin et cinq l’après-midi. Il n’a plus d’amis, plus de copains. Il est seul, méchant et cruel. Et personne n’a jamais pensé un jour à s’approcher de lui, de se mettre à côté de lui, de parler à lui gentiment, de faire semblant de partager ses soucis et préoccupations. A quoi et comment pense-t-il ? Tout le monde s’arrête à sa méchanceté. Il mange, boit, mais un autre désir le tenaille, lancinant. Le sexe. Comment le satisfaire ?
« J’ai besoin d’une fille… Oui j’en veux une ! », se dit-il en son fort intérieur. Il ne peut pas s’adresser aux filles de joie. Et puis d’abord, elles sont hors de prix pour lui.
« Un enfant sera très facile pour en avoir et ça coûte moins cher… », pense-t-il, cyniquement.
Il commence alors à fréquenter la rue, à échanger quelques sourires avec des enfants du quartier. Il se familiarise avec Samir, commence à lui parler de ses études, de ses amis, de ses enseignants. Samir lui répondait avec naïveté et innocence.
« Quel est le jour de ton repos, Samir ? »
« Demain, après-midi ».
Ce jour du mois de janvier, Rachid a fumé quelques joints. La tête lui tourne.
« Vous ne devez pas rester cet après-midi à la maison…vous m’entendez ? » crie Rachid, en s’adressant à ses parents, ses frères et soeurs. Personne d’entre eux ne réagit. Ils doivent obtempérer…
Vers quatorze heures, tout le monde a quitté la maison. En fait, il a inventé cette histoire de cigarettes pour attirer le petit Samir chez lui.
Rachid prend les cigarettes et demande à Samir de l’accompagner. « On va boire un verre de thé et en même temps on va voir la télévision ensemble ».
Samir l’accompagne, monte à la terrasse, accède à la chambre. Rachid lui demande de s’asseoir sur le lit. -« Mais, où est la télévision ? »
-« Elle est dans la chambre du premier étage…On va se reposer et discuter un peu».
Il s’assied près de lui, allume une cigarette, garde le mutisme. A quoi pense-t-il ? Effrayé, Samir tente de s’en aller.
« Assied-toi donc! As-tu quelque chose à faire? »
« Oui, oui, Hamid m’attend pour jouer un match de football ».
Rachid se lève brusquement, verrouille la porte de la chambre, se saisit d’un couteau et se dirige vers Samir. Ce dernier se lève en sursaut du lit, frémit, frissonne, jette des regards effarés à droite et à gauche, tente de crier. Rachid le baîllonne avec la main droite. Samir s’agite violemment. Rachid le met sur le lit, l’allonge sur son ventre. Samir gesticule, essaie d’échapper à son agresseur. La lame du couteau est appuyée sur ses côtes gauches. Rachid lui enlève le pantalon, déboutonne le sien et viole l’enfant. Samir hurle de douleur et le violeur lui appuie la tête contre le matelas. Lui entravant la respiration. Le couteau lui blesse les côtes. Samir s’agite violemment. Rachid continue à lui presser violemment la tête contre le matelas. Quelques secondes plus tard, Samir ne bouge plus. Il n’est plus qu’un corps sans vie. Rachid se reboutonne, sort dans la rue, ne sait pas quoi faire du cadavre du petit garçon qu’il vient de violer et de tuer. La rue est encore archi-comble.
« Je dois le garder jusqu’à la nuit », pense-t-il.
Il se rappelle que sa famille sera de retour dans quelques heures. Il retourne à la chambre, recouvre le cadavre et sort.
Comment est-il arrivé à Rabat ? Il ne sait pas, il le fait dans un état second. Comment et pourquoi a-t-il tué Samir, si gentil avec lui. Et le seul qui discutait avec lui.
La nuit, Rachid occupe un siège dans un jardin de Rabat. Les policiers qui effectuent une ronde l’interpellent, le fouillent. Le couteau est resté dans sa poche.
« J’ai besoin du couteau, car je suis un marchand de légumes », prétend-il.
Les policiers le laissent partir. Mais l’âme et le souvenir de Samir lui hantent et torturent l’esprit. Il se présente, quelques heures plus tard, devant la police judiciaire de Rabat, prend une chaise, s’asseoit et crie:
« Arrêtez- moi, j’ai violé et tué Samir à Settat ! ».
C’est la même phrase qu’il répètera devant la Cour de la Chambre Criminelle près la Cour d’appel de Settat. Il a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité.

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