Petit budget, petit plaisir

«Je ne veux plus rester à Casablanca, une ville qui ne m’a donné que le malheur, la souffrance et où j’ai éprouvé tant de mal… », confie, amer, Farid à l’un de ses amis du douar. Ils sont attablés dans un café du centre ville à Casablanca qui donne sur un grand palace. Il était invité par son ami. Autrement, il n’aurait pu se permettre de dépenser dix dirhams pour siroter un café dont la couleur ressemble à sa situation. Il n’a pas de bon souvenir dans cette ville. « Rester, pourquoi faire ? », demande-t-il à son ami qui paie le café. Ils se saluent. Farid est décidé à repartir dans son douar à Ouled Frej. Il n’a jamais mis ses pieds à l’école. Il s’est contenté d’apprendre quelques versets du Coran au M’sid (école coranique) du douar. Il a travaillé dans les champs durant son enfance. Mais les rêves d’une ville où du ciel pleuvrait de l’argent lui hantent l’esprit : Casablanca. Tous les jeunes du douar en rêvent. Il l’a regagnée à l’âge de dix-huit ans. Il a fait tout pour avoir de l’agent, sauf les activités illicites. Il a travaillé dans les chantiers de construction, gardé les voitures dans des ruelles et boulevards, vendu les légumes, …etc. Il ne retournait chez lui que durant les fêtes. Il s’est même marié dans cette ville, mais « ça n’a pas marché ». Il a répudié sa femme après quatre ans de mariage. Il n’a pas eu d’enfant avec elle. Il n’a même pas cherché à savoir pourquoi. Est-elle ou est-il stérile ?
Cependant, il ne rêve plus de Casablanca à l’âge de quarante et un ans. Farid retourne dans son douar, y vit avec sa mère. Ses cinq frères et soeurs ont chacun fondé, il y a quelques années leur propre foyer. “Mon fils, tu dois te marier…Il y a tant de « Bnate Annasse »…mais il faut les chercher…Jusqu’à quand resteras-tu sans femme et sans enfants ?…“, lui dit sa mère, sexagénaire, veuve depuis une vingtaine d’année.
Farid garde le mutisme. Il partage la même idée que sa mère.“Si je n’ai pas réussi mon premier mariage, ce n’est pas la fin du monde… Je dois me remarier pour avoir des enfants…“ se dit-il. “ Mère, tu peux me chercher une des filles du douar“ demande-t-il à sa mère. Elle s’adresse à sa voisine et amie du douar, Fatna, lui demande la main de sa fille Khadija. Khadija a dix-neuf ans, n’est pas belle, mais elle n’est pas moche non plus, souriante. Elle est encore célibataire. Lorsque sa mère lui a appris que Farid l’a choisi comme épouse, elle n’a rien dit. Mais il s’est avéré qu’elle était pleine de joie. Les traits de son visage l’expriment sans doute comme si elle se disait“ enfin je vais me marier… je vais devenir moi aussi une femme avec des enfants…“. Elle n’a pas pensé à la différence d’âge entre elle et Farid, ni à sa situation matérielle, ni à son avenir. Elle ne rêve depuis, que du jour où elle sera à côté de son mari, dans son propre foyer, avec ses petits enfants. “Quel beau rêve qui se réalisera dans les prochains jours“ aurait-elle pensé.
Ils se marient et Farid doit travailler, gagner de l’argent, veiller sur son épouse. Ce sont des obligations. Il ne peut rien faire dans son douar. Il pense regagner Sidi Bennour. Là, Khadija a une soeur qui peut leur faciliter la tâche. Ils la rejoignent. Elle les accueille chaleureusement. Quelques jours plus tard, Farid et Khadija se sont mis d’accord de lutter pour vivre. Il regagne Casablanca pour chercher une fois encore un job et elle reste à Sidi Bennour avec sa soeur. Mais non pas sans activité, elle décide de se donner au commerce. Sa soeur, commerçante, l’y aidera. Les jours passent. Khadija s’est habituée à la vente des effets vestimentaires. Farid ne la rejoint que de temps en temps. Fatna est une vielle dame qui marchande dans ce souk depuis belle lurette. Outre les effets vestimentaires, elle vend des cigarettes au détail. Elle s’adresse à Khadija : “ tu plais à ce jeune homme et il veut que tu passes avec lui au moins une nuit“.
Stupéfaite, Khadija ne répond pas. Elle ne sait ni quoi dire, ni quoi faire. “Qu’est ce que tu en dis, Khadija ?“. Elle garde toujours le mutisme. Fatna retourne près de sa marchandise. Le jeune homme tend quelque chose à la main. Elle retourne chez Khadija, lui verse un billet de cent dirhams et lui demande de l’attendre vers dix-huit heures. Dix-huit heures pile. Le jeune homme arrive. Khadija et Fatna ramassent leurs affaires, traînent derrière le jeune homme. A deux cents mètres du souk, il hèle à un taxi. Khadija le rejoint. Fatna retourne chez elle. Le taxi stoppe près d’une petite maison. Ils descendent, entrent. Khadija passe la nuit avec lui. Elle boit de la mahia (eau de vie) et fume des cigarettes. Le lendemain matin, elle retourne chez elle. Sa soeur, en sanglots, lui demande:“Ou tu as passé la nuit ? Je t’ai cherchée partout et je ne t’ai pas trouvé“. Khadija se jette dans les bras de sa soeur, sanglote : “ lorsque j’ai ramassé ma marchandise pour retourner chez moi, un homme m’a attaquée, m’a menacée avec un couteau et m’a obligé à l’accompagner…Il m’a emmenée chez lui où il a abusé de moi avant de me jeter ce matin dehors…“. Sa soeur l’oblige à déposer plainte auprès de la Gendarmerie Royale pour que son violeur soit châtié. Plainte est donc déposée et l’enquête est ouverte. Mais l’enquête dévoile rapidement a vérité et Khadija est arrêtée pour débauche et fausses déclarations.

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